Lac Meech, 20 ans plus tard

Pour souligner la mort de l’accord du lac Meech, Jean-François Lisée présente ici, en feuilleton, des extraits de son livre Le tricheur, qui relate la façon dont les acteurs politiques québécois ont vécu cet échec.

Lac Meech, 20 ans plus tard
Photo : Jacques Boissinot / PC

 

 

 

 

 

 

Meech 1 : Le constat de décès
Le « trouble » est arrivé dans le bureau du premier ministre québécois à 18 h 30, le vendredi 22 juin 1990. Il était visible, en couleur et en direct, sur l’écran de télévision. Il avait le visage de Clyde Wells. >>

Meech 2 : Les trois conseillers au front
Un trio de conseillers, véritables chevilles ouvrières du pouvoir, va tenter de débroussailler le terrain pour Bourassa : John Parisella, Jean-Claude Rivest et Pierre Anctil. Méconnus du public, ces trois hommes constituent les principaux relais politiques du pouvoir québécois… et seront au centre de toutes les contorsions à venir. >>

Meech 3 : Quoi qu’on en dise…
Robert Bourassa nage. C’est un exercice auquel il s’astreint quotidiennement, pour garder la forme. C’est aussi une cérémonie. Un rituel qu’il accomplit chaque fois que sa fonction l’oblige à un effort particulier, à une décision difficile. « Dans les moments importants, je vais nager pour dégager l’esprit de la déclaration – comme je ne lis pas de texte écrit. J’improvise d’une certaine façon, dans la forme sinon dans le fond. » >>

Meech 4 : La rectification
Bourassa avait mis quatre ans à arracher le texte de Meech à ses partenaires canadiens-anglais. L’accord devait permettre au Québec de se réconcilier avec le Canada légal, d’apposer sa signature sur une constitution amendée sans son accord, neuf ans plus tôt, par Pierre Trudeau. « Politiquement, c’est un affront à la dignité du peuple québécois de se faire imposer la loi fondamentale du pays, explique Bourassa. On a voulu réparer cette injustice-là. » >>

Meech 5 : Le grand absent : le « S word »
Il y a une grande absence dans ce débat à huis clos entre les conseillers du prince, ce soir de la mort de Meech, le 22 juin 1990. Un bon observateur de la politique québécoise dirait qu’il y a un bris dans la continuité logique. Que la question essentielle n’a pas été posée. >>

Meech 6 : Le silence de Claude Ryan
« J’ai toujours comparé le caucus à un tigre qui dort, explique Henri-François Gautrin, député de Verdun et ancien président de la Commission politique du parti. Un tigre qui est repu et qui dort. Dans le fond, tu peux lui faire faire n’importe quoi. Sauf qu’il faut pas trop le réveiller, parce qu’il peut devenir terrible. » >>

Meech 7 : Plus jamais !
Journalistes, députés, ministres, quelques membres du corps diplomatique sont assemblés au Salon rouge pour entendre le programme de l’après-Meech. Mme Andrée Bourassa s’est déplacée, autre signe que la partie se corse. Plus nationaliste que son mari, elle a le sourire aux lèvres. « Mmc Bourassa, quand elle entend son Robert faire des déclarations nationalistes, ça la met de bonne humeur », commente un proche. >>

Meech 8 : La main tendue de Parizeau
Robert Bourasse a parlé. « Quoi qu’on dise, quoi qu’on fasse… ». C’est la veillée funèbre de l’accord du Lac Meech, le 22 juin 1990. Devant lui, Jacques Parizeau se lève. Un discours bref, ni triomphal (je vous l’avait bien dit), ni dénonciateur (dans quel pétrin vous nous avez mis), ni partisan (vous avez échoué, démissionnez). Plutôt, des phrases d’ouverture, des mots de compatriotes, une proposition d’avenir. >>

Meech 9 : Le PQ dans le piège de Bourassa
Parizeau a tendu la main. Il a son parti derrière lui. Ce n’était pas évident. Depuis plusieurs mois, alors que se jouait l’agonie de Meech et qu’émergeait dans l’opinion un sentiment souverainiste pour la première fois nettement majoritaire, le PQ se heurtait à un mur : le calendrier politique. Bourassa ayant été élu en 1989, il tient le pouvoir jusqu’en 1994 s’il le veut. Vague souverainiste ou pas, le PQ est condamné à attendre. Et pendant ce temps, le nombre de souverainiste croît jour après jour, dans l’opinion, chez les hommes d’affaires, dans le caucus libéral, chez les ministres, même. >>

Meech 10 : La grande parade des députés fédéraux
Sur le plancher du Centre des congrès de Calgary, une cinquantaine de militants libéraux fédéraux portent leur doute sur le bras en ce 23 juin 1990, lendemain de la mort de Meech. Jean Lapierre, député de Shefford, a distribué des brassards noirs, en signe de deuil. La mort de Meech, bien sûr. Celle de leurs convictions fédéralistes, aussi. Celle de leur appartenance à un parti et à un chef, surtout. Jean Chrétien, que le congrès libéral couronne avec enthousiasme, incarne ce que Lapierre et ses compagnons abhorrent. >>

Meech 11 : La triche
Montréal n’est guère habituée aux convois officiels de limousines noires qui narguent le trafic et intimident les piétons de leurs escortes policières, toutes sirènes hurlantes. Quelques jours après la mort de Meech pourtant, le spectacle se déploie, entre Dorval et le centre-ville, à la demande expresse du premier ministre Bourassa. >>

Le tricheur : le film
Un dimanche soir de juin 1994, un demi-million de Québécois étaient au petit écran pour regarder, sur le réseau TVA, le documentaire produit à partir du livre Le tricheur. Ce document, réalisé par Daniel Creusot, n’a plus jamais été disponible sous quelque forme que ce soit. Or, le voici, en exclusivité pour vous, fidèles lecteurs, et pour tous vos amis. >>