Lac-Mégantic: non à l’attentisme

Le ministre sortant des Transports, Denis Lebel, s’est réfugié derrière une excuse commode aux premiers jours de la tragédie de Lac-Mégantic. «Il ne faut pas présumer de rien avant la fin de l’enquête», a-t-il dit. Les maires de sept municipalités de la Montérégie et de l’Estrie, traversées par les convois de la Montreal, Maine and Atlantic (MMA), n’achètent pas ce discours de pleutre.

Ces maires veulent «forcer la main» de la nouvelle ministre des Transports, Lisa Raitt. À Lac-Mégantic, Sherbrooke, Saint-Jean-sur-Richelieu, Cowansville, Sutton, Farnham et Magog, les maires font un front commun. Ils n’attendront pas la fin des enquêtes de la Sûreté du Québec (SQ), du Bureau de la sécurité des transports (BST) et du coroner pour exiger des mesures de sécurité accrues sur les rails.

Les maires demandent une rencontre avec la ministre Raitt d’ici la fin du mois pour en discuter. Ils s’attendent à ce que le gouvernement fédéral joue son rôle, et qu’il impose son cadre réglementaire et une inspection immédiate des infrastructures déficientes et mal entretenues de la MMA. Le conseil de Lac-Mégantic a adopté une série de résolutions, exigeant notamment le déplacement de la voie de la MMA dans le secteur industriel de la ville.

Lucides, les maires de la Montérégie et de l’Estrie n’espèrent pas l’interruption définitive des activités de la MMA, sachant très bien que la survie de nombreuses entreprises de la Montérégie et de l’Estrie dépend du transport ferroviaire.

Leurs demandes sont modestes, bien ciblées, et elles tombent sous le sens dans les circonstances. Trente-huit victimes retrouvées dans les débris de l’explosion, un centre-ville rasé, un désastre environnemental et la perspective, bien réelle, de futurs accidents, donnent à ces maires toute la légitimité nécessaire pour faire pression sur la ministre Raitt.

Ils ne peuvent guère en faire plus, le transport ferroviaire étant un champ de compétence fédérale. S’ils le pouvaient, ces maires imposeraient volontiers un régime d’inspection à la MMA et aux autres compagnies qui font le transport de matières dangereuses. Au mieux, elles peuvent unir leurs forces pour parler d’une même voix, et espérer créer un rapport de force dans leurs discussions avec Québec et Ottawa.

C’est dans cette optique qu’il faut analyser à la fois la sortie des sept maires et la création d’un comité de travail par l’Union des municipalités du Québec (UMQ), la Fédération québécoise des municipalités (FQM) et la Fédération canadienne des municipalités (FCM).

Le monde municipal envoie un puissant signal aux paliers de gouvernements dits «supérieurs». «Non à l’attentisme» est leur cri de ralliement.

On connaît l’appétit du gouvernement Harper pour la déréglementation et l’autorégulation dans l’industrie ferroviaire. Ce gouvernement à la recherche d’appuis et d’une certaine légitimité au Québec dispose d’une bien mince fenêtre d’opportunité pour montrer que sa compassion à l’égard des endeuillés est assez profonde et sincère pour se traduire en de nécessaires réformes.

La nouvelle ministre des Transports n’aura pas de deuxième chance. Les maires lui donnent deux semaines pour passer à l’action, et mettre un terme à l’ère de la déréglementation. C’est un court délai pour instaurer un changement de cap aussi radical et contraire à l’ADN conservateur. C’est pourtant le premier geste à poser si l’on tient un tant soit peu à éviter de revivre des nuits d’horreur comme celle du 6 juillet 2013.

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