L’affaire des détenus afghans

Le gouvernement Harper vient de rendre publics plus de 4000 pages de documents sur le traitement des détenus afghans, une affaire qui avait provoqué une crise parlementaire l’an dernier. À l’époque, le président de la Chambre avait blâmé le gouvernement pour avoir refusé, puis ensuite remis au Parlement des documents tellement caviardés qu’ils en étaient incompréhensibles. Sur ordre du président, les conservateurs avaient dû s’entendre avec l’opposition sur un processus destiné à déterminer ce à quoi le Parlement aurait dû avoir accès pour tenir le gouvernement responsable.

C’est ce processus, mené par un panel d’experts et de députés, qui a pris fin hier. Les ministres des Affaires étrangères et de la Défense, John Baird et Peter MacKay, se sont empressés pour dire que les militaires canadiens en sortaient blanchis. De hauts fonctionnaires ont continué dans la même veine lors d’une séance d’information pour les journalistes.

Le problème est que personne n’a jamais mis en doute le professionnalisme des militaires sur le terrain. Personne ne les a accusés d’avoir maltraité des détenus. Au contraire, de nombreux reportages ont démontré qu’ils se souciaient de leur sort. Ce qui était en cause était les lacunes de notre politique en matière de transfert de détenus aux autorités afghanes et le peu de cas que le gouvernement Harper faisait du sort qui les attendait dans les prisons afghanes.  Combien de fois n’a-t-on pas entendu des ministres et même le premier ministre accuser les députés de l’opposition de prendre le parti des talibans en posant des questions sur les détenus? En fait, c’est l’attitude du gouvernement qui était en retard sur celle des militaires. Il était là, le problème. Cette insistance à défendre les militaires, cet après-midi, n’avait qu’un but: dévier attention de la responsabilité du gouvernement.

Les hauts fonctionnaires ont aussi beaucoup insisté sur le fait que la majorité des documents censurés avait résisté à l’examen du panel. Selon eux, cela vient valider les gestes du gouvernement. Rien n’est plus faux. Ce n’est pas la quantité de documents mis à jour qui compte, mais leur teneur. C’est ce qui est finalement révélé aujourd’hui qui servira de véritable baromètre des actions et de la transparence du gouvernement, Et pour cela, il faudra prendre le temps d’éplucher la masse  de documents. J’y reviendrai.

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Vous avez raison, ce n’est pas le travail des militaires qui est mis en cause. C’est là le travail des politiciens qui laisse à désirer. Peut-être, est-ce le travail des médias et de la presse qui ne se contentent pas toujours d’apporter la meilleure information possible, qu’il jouent aussi à manipuler l’opinion publique qui ne manque pas une occasion de blâmer les politiciens ou le gouvernement, laquelle opinion publique adore manifestement qu’on la manipule lorsque les politiciens raffolent récupérer tout cela.

En la sorte, il devient aisé de prendre position sur des dossiers que nous ne connaissons que très partiellement. S’il est vrai qu’il existe les « Conventions de Genève » qui confèrent des droits aux soldats capturés, il est déplorable de dire qu’elles sont rarement dans leur entièreté respectées sur le terrain. Je conçois que tous les pays du monde commettent des fautes lorsqu’il s’agit de s’assurer d’un traitement humain et équitable pour les prisonniers.

Qui plus est, comme citoyen, j’ai dans un premier temps, commis l’erreur de croire que les talibans n’avaient pas le statut officiel de combattants, que de ce fait ils n’étaient pas régis par les « Conventions », de sorte qu’on pouvait en disposer comme on voulait lorsqu’ils étaient capturés. Mon erreur vient du fait que tous les médias présentaient les talibans comme des insurgés. Hors précisément, les talibans ne sont pas des insurgés, ce sont des personnes qui combattent pour des valeurs dans lesquelles ils ont foi. De ce fait, ils ont juridiquement droit aux même égards que les soldats d’une armée régulière. Si ce n’est que ces « détails » restent souvent ignorés par tout le monde.

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