L’agent Applebaum

Le ministre des Affaires municipales, Sylvain Gaudreault, ne donnera aucune suite aux récentes allégations au sujet du maire de Montréal, Michael Applebaum. Le dossier de l’agent Applebaum est réglé.

Le maire «a fait la boulette», comme disait le savoureux personnage de François Pignon dans Le Dîner de cons. Fin 2003, alors qu’il siégeait au conseil municipal, il a acquis un duplex au prix de 80 000 $ qu’il a revendu 144 500 $ quatre mois plus tard. Son crime n’a rien à voir avec celui d’Ovide Plouffe. L’élu en lui n’a pu réprimer les pulsions de l’agent d’immeuble qui a flairé un profit vite fait, bien fait.

Nous ne sommes vraiment pas dans un remake de Réjeanne Padovani. Michael Applebaum a omis de demander un permis pour rénover l’immeuble. S’il fallait mettre à l’amende tous les Montréalais qui en ont fait autant, la Ville de Montréal nagerait dans des surplus gargantuesques. N’empêche. M. Applebaum n’a pas prêché par l’exemple.

Le maire n’a pas déclaré les profits dans sa déclaration d’intérêt annuelle, ce qui est légèrement plus grave. Un élu qui fait une déclaration d’intérêt incomplète peut être jugé inhabile à siéger au conseil.

M. Applebaum plaide qu’il n’avait aucune obligation de déclarer ses profits car la vente a été réalisée entre deux échéances annuelles dans la production des déclarations. Quel sophisme! S’il fallait suivre son raisonnement, un élu pourrait multiplier les transactions non déclarées, à la condition de montrer patte blanche une fois par année juste au moment de la production de la déclaration d’intérêt.

Autre sujet de préoccupation: en 2008 et 2009, M. Applebaum possédait une entreprise en compagnie d’un entrepreneur en construction. La firme Applecart ne brassait pas des affaires à Montréal, mais ce n’est pas suffisant pour omettre de mentionner cet actif dans une déclaration d’intérêt.

En marge de son discours à la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, M. Applebaum a annoncé aujourd’hui qu’il rembourserait les 130 $ requis pour le permis de rénovation qu’il n’a jamais demandé il y a plus de dix ans. Pour tout le reste, il plaide le manque de vigilance et l’erreur de bonne foi.

Devant les gens d’affaires, le maire s’est plaint en termes à peine voilés d’un article de ma collègue Kathleen Lévesque et moi, au sujet d’une cocktail de financement auquel il a participé en 2003 à La Cantina, un restaurant fréquenté par la mafia. À l’entendre, un élu ne peut plus manger dans un restaurant sans se faire associer à la mafia.

En réalité, le sujet est tout autre. Ce n’est pas tant de l’éthique dont il est ici question, mais du jugement, une qualité essentielle en politique.

 

 

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