Laïcité, langue et Joseph Stiglitz

Je vais vous faire un petit triplé aujourd’hui, un peu fastidieux je vous l’avoue. Certaines plumes du souvent excellent L’aut’journal ont pris la mauvaise habitude de me prêter des propos et des intentions qui me sont pourtant parfaitement étrangers.

Je reviens sur trois cas récents: Louise Mailloux, Charles Castonguay et Pierre Dubuc.

Pour une Charte de la laïcité

J’ai publié récemment sur ce blogue une proposition de mise en œuvre d’une politique de la laïcité. Dans mon esprit, il s’agit de réfléchir à l’application concrète d’une future Charte de la laïcité que j’appelle de mes vœux.

Je le précise ici car j’ai été étonné de lire, sous la plume de Mme Louise Mailloux, que ma proposition devait remplacer la Charte. C’est évidemment faux.

Mme Mailloux est en désaccord avec ma tentative de concilier les progrès de la laïcité avec le fait majoritaire et avec mon approche progressive, étalée dans le temps. C’est son droit le plus strict.

Mais elle affirme que ma proposition d’éteindre progressivement les subventions aux écoles religieuses « ne s’appliquerait cependant pas aux écoles catholiques et protestantes ». C’est évidemment faux. Il s’agit de toutes les écoles, de toutes confessions, qui prodiguent un enseignement religieux dans leur pédagogie et profitent de fonds publics.

Le français, langue officielle, commune et prédominante

Dans un autre texte Charles Castonguay se montre perplexe face à l’application du concept de la « nette prédominance du français ». Il me pose quelques questions auxquelles il me fait plaisir de répondre.

Par exemple:

Lisée consacre, quant à lui, un chapitre entier de son livre Nous (2007) à prôner sans plus de précision la « nette prédominance du français ». Tout le monde est sans doute censé savoir d’instinct ce que ça veut dire.

Concrètement, qu’impliquerait donc, par exemple, faire du français la langue nettement prédominante en milieu de travail? Est-ce que ça voudrait dire que la nette majorité des communications entre travailleurs doivent se faire en français? […]

Il faut souligner que Lisée ne préconise pas d’abandonner l’objectif du français langue commune, mais d’y accoler celui de la nette prédominance du français. Sans préciser, cependant, comment ces deux objectifs s’articuleraient, ni en général ni en particulier, notamment dans le domaine crucial des communications entre personnes de langue maternelle différente en milieu de travail.

Eh, bien cher Charles, puisque vous semblez avoir en main un exemplaire de mon livre Nous, vous trouverez la réponse à cette question en pages 40 et 41. D’abord je montre dans quelle hiérarchie je place cette nette prédominance, — je la subordonne aux autres principes — puis j’illustre ce qu’elle signifie dans les entreprises où l’anglais gruge la place du français à cause de la mondialisation de l’économie québécoise:

À mon avis, au niveau des principes généraux, le Québec devrait bien sûr réaffirmer que :

1. Le français est la seule langue officielle du Québec
2. Son objectif est de faire du français la langue normale et habituelle du travail, de l’enseignement, des communications, du commerce et des affaires
3. Son objectif est de faire du français la langue commune des Québécois
4. Le gouvernement devrait ajouter dorénavant à ces objectifs le concept clé de prédominance du français.

La réalité du français au Québec est et doit demeurer celle d’une langue commune qui occupe la place centrale, mais qui cohabite avec d’autres langues, principalement la langue anglaise.

Cela est vrai dans notre économie : l’extraordinaire succès des produits Québécois sur le continent anglo-américain – le Québec y exporte plus de la moitié de tout ce qu’il produit – et, grâce au dynamisme de ses entreprises, son statut d’employeur de dizaines de milliers d’anglophones du Canada anglais et des États-Unis – 320 entreprises québécoises emploient directement plus de 60 000 citoyens états-uniens -, font de l’anglais une composante incontournable de la vie économique du Québec.

Cette tendance va se renforcer, c’est certain. Il serait désormais illusoire de vouloir faire du français « la seule langue » utilisée dans chacune des composantes d’une entreprise. Cela n’a d’ailleurs jamais été l’objectif de la loi 101. Mais ce qui était vu à l’époque comme des « exceptions » pour des entreprises exportatrices est en train de devenir la norme à l’heure où l’économie québécoise en son entier est exportatrice, à hauteur de 60% de son produit intérieur brut.

Il est cependant essentiel d’établir la prédominance du français, y compris au sein des entreprises exportatrices, pour ne pas se retrouver, de glissement en glissement, vers une généralisation de l’usage de l’anglais, parti du secteur des ventes à l’étranger, s’étendant à l’administration, puis à la production et jusqu’à demander au concierge et au manœuvre, au moment de l’embauche, une bonne connaissance de l’anglais.

Il ne s’agit plus d’imposer le français là où il était absent (bien que ce travail ne soit pas encore terminé). Il s’agit maintenant d’accepter, puis de défendre la prédominance du français dans une portion croissante de la vie économique québécoise.

Bref, loin de vouloir faire reculer l’usage du français dans l’entreprise (j’appuie d’ailleurs l’extension de la loi 101 aux entreprises de moins de 50 employés), je m’inquiète ici de la résurgence de l’anglais induite par la mondialisation et à laquelle la Charte de la langue française ouvre la porte par son article 142.

Je dis qu’il faut s’assurer du français langue de travail, partout, et de sa prédominance dans les composantes d’une entreprise où l’anglais est présent à cause de la fonction de cette composante: exportation, mise en marché à l’étranger, gestion des employés anglo-américains hors-Québec.

Charles Castonguay affirme que la force d’une langue est fondée sur son statut, davantage que sur son nombre. Étant l’auteur de la proposition voulant instituer au Québec une citoyenneté qui suppose pour tous les nouveaux arrivants une connaissance du français, je suis de tout coeur favorable à la défense et au rehaussement du statut du français.

Cependant je crois que le nombre y fait aussi. Et je suis très inquiet de la réduction de la proportion de francophones au Québec, dans la région métropolitaine et particulièrement sur l’ile, depuis le recensement de 1991 où cette proportion avait atteint un de ses sommets historiques, que j’ose appeler « point d’équilibre ».

Ma proposition consiste à indiquer que l’objectif national légitime, multiforme, devrait tendre à retrouver à peu de choses près ce point d’équilibre. Cela signifie, évidemment, davantage de français, en statut et en nombre.

Mais cela indique aussi aux autres composantes de la société québécoise, les nations autochtones, notre minorité nationale anglophone, les allophones qui retiennent leur langue en plus de connaître la langue commune, que notre objectif n’est pas leur éradication. C’est un concept qui, ajouté aux autres qui sont nos guides, nous permet d’affirmer notre force et notre volonté de maintenir cette force — voire, en l’espèce, de la rétablir — mais qui indique aussi notre respect pour nos concitoyens, autochtones et anglophones, qui n’ont pas le français comme langue d’usage.

De troublantes divagations

Le scribe le plus divertissant de L’aut’Journal est cependant Pierre Dubuc. Dans une série d’articles qu’il m’a consacrés ces derniers mois, puis dans un petit livre qu’il vient de mettre en vente, Pour une gauche à gauche, (et je le remercie de m’en avoir envoyé une copie), Dubuc m’apprend des choses étonnantes sur mon compte.

D’abord, et c’est en quatrième de couverture, il affirme sans rire que François Legault est « mon mentor » ! Legault, que j’ai beaucoup critiqué sur ce blogue,  en sera aussi surpris que moi.

Un mentor est quelqu’un qui nous guide, nous conseille, nous inspire. Malheureusement, je ne crois pas en avoir. La personne qui s’en rapproche le plus serait plutôt Jacques Parizeau, à qui je dédie mon livre « Pour une gauche efficace » et où je le cite abondamment (et où on ne trouve pas une seule citation de mon « mentor » Legault, c’est bizarre).

M. Parizeau a d’ailleurs pris la parole au lancement de Pour une gauche efficace et m’a ravi en citant plusieurs fois mon livre dans son excellent ouvrage, Pour un Québec souverain.

Bref, cette affaire de mentor est étrange, mais moins encore que d’apprendre sous la plume de Dubuc que Joseph Facal était associé au concept de « gauche efficace » ! Le signataire du Manifeste des lucides n’appréciera pas, j’en suis certain, lui qui ne s’est jamais, au grand jamais, présenté comme un homme de gauche.

Le moment le plus amusant du livre vient cependant lorsque Dubuc discute des propositions avancées dans Imaginer l’après-crise, l’ouvrage collectif que j’ai codirigé avec Éric Montpetit, dans lequel on trouve des contributions des regrettés Paul Bernard et Gilles Dostaler. Dans la seconde partie du livre, je signe un texte intitulé « Le capitalisme: en sortir, le dompter ou le dépasser? »

Pour bien rire il faut connaître le contexte. Dans ce texte, je tente de mettre en ordre un certain nombre de propositions existantes et je cite le comité d’experts réunis par l’ONU et dirigé par le prix Nobel Joseph Stiglitz. Ce grand critique de la mondialisation propose une réforme des organisations internationales qui enlèverait aux seuls Fonds monétaire international, Organisation mondiale du commerce et Banque Mondiale, qui penchent toujours à droite,  le monopole sur les interventions économiques onusiennes.

Il propose plutôt de chapeauter l’ensemble des institutions de l’ONU, dont l’UNESCO et l’Organisation internationale du travail, plus « sociaux », d’un « Conseil mondial de coordination économique » qui aurait un statut analogue au Conseil de sécurité et qui intégrerait les aspects sociaux et environnementaux (ignorés par l’OMC et le FMI) dans son diagnostic économique continu.

C’est Stiglitz qui parle, et j’ai la faiblesse de le trouver brillant. Dubuc cite ces propos, mais sans les attribuer à Stiglitz comme je le fais. Au contraire, il me les attribue: « Lisée a un plan, » écrit-il. Puis — cramponnez vous — il ajoute: « Lisée est trop modeste pour dire que le CERIUM qu’il dirige pourrait très bien servir de secrétariat à cette nouvelle Internationale ». Hum…  Puisque nous savons que l’auteur de ces lignes, Pierre Dubuc, est sain d’esprit, comment expliquer ces âneries ?

Dans le reste des écrits, Dubuc est parfois d’accord, parfois en désaccord avec moi, ce qui est fort bien. Mais il use à répétition d’une détestable habitude: le rejet par association. Par exemple, je m’inspire depuis plusieurs années de l’expérience d’Indianapolis qui a démontré que les cols bleus, syndiqués, pouvaient faire mieux que le privé dans la livraison des services, lorsqu’on leur en donnait les outils.

Dubuc applique à cet exemple son principe-clé: le maire d’Indianapolis, écrit-il, et un républicain pro-Bush. Il nous dit tout le mal qu’il faut en penser. Donc, l’expérience d’Indianapolis est à rejeter. CQFD. Lorsqu’on est de gauche et pro-syndical, ne serait-il pas utile de demander ce qu’en pensent les syndiqués et leurs organisations ? Dubuc n’en a cure. Pire, il a tort sur les faits. L’idée ne vient pas du maire, comme il l’écrit. Le maire voulait sous-traiter, comme tout bon maire de droite.

C’est le syndicat des cols bleus qui a imposé au maire le principe qui fut ensuite employé, avec pour effet d’augmenter le revenu et le nombre des syndiqués et d’améliorer l’efficacité des services publics.  (Remarquez, je suis à la recherche de textes récents sur le sujet.)

Dubuc répète le procédé à plusieurs reprises. Sur l’éducation, je me permets un jeu de mots dans Pour une gauche efficace. Les Américains ont voté la loi No child left behind, (aucun enfant laissé derrière), il faut au Québec s’assurer qu’aucun adolescent ne soit laissé derrière. Puis je propose une panoplie de mesures qui n’ont rien à voir avec l’approche américaine et qui se fonde entièrement, pour le secondaire, sur les écoles publiques actuelles. Mais Dubuc s’appuie sur le jeu de mots pour dire tout le mal qu’il pense de l’expérience américaine, donc de la mienne. Re-CQFD.

Et encore et encore. Si Jean-Paul Gagné, du journal les Affaires, est favorable à une mesure que j’avance, elle est donc mauvaise. (Mais Gagné est aussi favorable à une Commission d’enquête sur la construction. C’est fâcheux. Faut-il donc être contre?). Si Marcel Boyer, du Cirano et un temps de l’IEDM, propose d’aider les entreprises d’économie sociale à obtenir, plutôt que Tony Accurso, des contrats publics, c’est nécessairement mauvais.

En gros, Dubuc pratique un genre de MacCarthysme de gauche. Il nous invite à la fermeture d’esprit.

Ah, il faut dire aussi que Dubuc est foncièrement opposé à l’économie sociale et solidaire. Une vraie divergence entre nous. (Si j’étais comme lui, j’invaliderais son opposition par association, en indiquant que les libertariens y sont aussi opposés. Mais ce serait de la pure démagogie.)

Il me trouve trop pro-américain, cela ne me surprend pas. Il insiste par contre pour donner un « Avis à ceux qui ne le sauraient pas: Jean-François Lisée est d’un anticommunisme virulent… »

Ah, oui, là, je suis coincé, je dois avouer. Je m’oppose avec virulence à un des systèmes les plus répressifs et les plus meurtriers que la planète ait connue. Je suis également opposé au fascisme, à la peste et aux feux de forêts. Je m’étonne que cela puisse étonner qui que ce soit !

Les commentaires sont fermés.

Bon.

Il faudra donc se procurer ce livre pour savoir ce qu’il en est.

Cela dit, comme le disait John Lennon: » Give peace a chance ».

Et Jésus: » Aimez-vous les uns, les autres ».

Marx: » Nationalistes québécois de toutes les gauches, unissez-vous! »

Raphaël Erkoréka,
Débardeur,
Port de Montréal.

L’espèce de guéguerre que s’est lui-même inventé Pierre Dubuc a votre sujet me fait penser a la pseudo guerre qui existe entre Montréal et Québec. Il n’y a bien que les gens de Québec qui attisent la confrontation…

Article hétéroclite.

Commentaire général sans prétendre tout savoir.
La notion d’efficacité défendue par monsieur Lisée va en provoquer plusieurs à gauche puisque celle ci est essentiellement identifiée à la réussite brute matérialiste du capitalisme historique et contemporain.

Si l’on pense au capitalisme sans le gâchis humain de son développement en Europe et en Amérique du Nord, si l’on pense le capitalisme sans la dépendance des marchés qu’il entretient dans les continents du Sud du monde. Si l’on pense le capitalisme sans l’individualisme radical et nihiliste qu’il a créé réduisant l’homme à une marchandise humaine. Si l’on pense le capitalisme sans l’hypertrophie de la valeur économique qui en résulte qui fait de l’argent un veau d’or, la première forme de communication chez les êtres humains nonobstant qu’elle soit abstraite et mécanique cette communication par l’argent. Si l’on pense le capitalisme sans sa capacité innée d’engendrer de fortes inégalités humaines structurelles.

J’ajouterais que le capitalisme est une machine remarquable positivement pour produire principalement de l’innovation technique et une quantité illimité de richesses indescriptible à croire qu’Adam Smith ne s’est pas trompé lorsqu’il a parlé que le vice pouvait être productif à la condition de se traduire dans une valeur travail toute aussi infinie. Étant donné que le capitalisme est aussi le résultat d’une humanité qui fait du travail sa valeur normative première.

Le capitalisme est un océan de richesses qui a fait du château de Versailles non plus un palais d’une aristocratie mégalomane simplement une sorte de musée à caractère historique pour s’investir plutôt ce capitalisme dans la transformation du monde sans concessions. Mais voilà des accidents collatéraux issus du capitalisme ont fait des milliers ou des millions de victimes depuis un siècle et demi selon différentes variantes suscitant c’est selon misère ou pauvreté parsemé de forte aliénation sociale et psychologique.

Cela c’est le capitalisme engendrant historiquement le mouvement ouvrier qui a encouragé en accompagnement le socialisme, socialisme qui dans sa version rouge a engendré Staline et tout son héritage politique. Comme si le communisme ne pouvait pas être traduit également comme au moins partiellement comme un des effets collatéraux du capitalisme historique!

On pourra reprocher maintenant à ce texte de créer des associations, d’alimenter une série de paradoxes qu’on pourrait qualifier de byzantins pourtant pour être capable de réfléchir un peu plus loin, il faut pouvoir être en mesure de créer des liens, d’alimenter des déductions d’enchaîner la notion de prévention dans le raisonnement.

Sans partager toute la pensée un peu trop réflexe effectivement de M. Pierre Dubuc, plus d’un Québécois peut comprendre que pour les gens de l’Autre Journal, de Québec Solidaire, l’idée d’efficacité ne soit tellement reliée à la droite, au marché mondial que toute référence à l’efficacité ne soit motif au déclenchement d’une sornette d’alarme. Au Québec, la notion de –gauche efficace- défendue par M.Lisée et dans une orbite pas si lointaine par M.F.Legault créé un arrière goût, un doute, du scepticisme qu’il soit primaire ou plus raffiné cela se détermine comme compréhensible pour tous ceux qui sont à la gauche du centre.

La notion de gauche efficace dit vulgairement ceci a priori : la gauche classique est bureaucratique et peut être parasitaire, la droite est productive et efficace.

L’idée d’efficacité dans son axe langagier courant est consensuel, l’efficacité ça ne se discute pas c’est quelque chose d’impeccable c’est efficace quoi!

Or, justement, cette même efficacité dans la période du prolétariat en Occident du capitalisme qui a justifié la misère de masses d’ouvriers dans les villes anglaises, françaises et à Montréal dans l’ancien Canada français entre 1780 et 1910 au nom du progrès a servi après dans les métropoles embourgeoisées plus tard pourvues de classes moyennes a engendrer le nouveau mal du 20ème siècle celui du stress conduisant une masse à son tour de travailleurs à col blanc intoxiqués de cigarettes à la journée dans les brumes de la dépression ou de la crise cardiaque actrice de morts subites nombreuses chez les mâles humains entre le début des trente glorieuses et 1990.

Comme le début de ce siècle connaît le capitalisme du secteur tertiaire, du secteur financier et de l’explosion informatique, l’efficacité du stress connaîtra encore de bons jours incluant dans ses victimes, les personnes de la féminité plus reléguées au foyer comme avant!

L’efficacité ainsi s’expose à son revers de médaille. Ce que M.Lisée ne saisit pas suffisamment. Par exemple, l’efficacité de l’intervention occidentale en Libye peut être questionnée a priori et en future conclusion sans pratiquer le lyrisme envers la guerre à prétention humanitaire.

L’esprit critique est plus fort que tout. M.Dubuc peut agacer M.Lisée, ce dernier peut répondre à M.Dubuc, il en a le droit aussi. Tout comme le citoyen est libre dans un blogue de pratiquer l’esprit critique dans l’abus peut être!

Laissant la réflexion poussée de côté.

Sur la question de la langue, autre sujet de l’article de M.Lisée.

Cette description de cas banal acceptable socialement mais révélatrice du français à Montréal en tant que fausse langue prédominante.

Dans l’animalerie de la Place Versailles, centre commercial dans l’Est de la ville. Un employé québécois francophone approximativement d’âge de 24 ans au prénom anglais de Jason discute en anglais dans son rapport de travail avec un employé québécois non francophone pouvant parler français avec les clients.

Dans cette description, tout ne semble pas négatif. L’employé non francophone sait parler français, oui mais, il ne pense pas en français mais en anglais et réussit à communiquer dans cette langue avec Jason, l’employé francophone. Quant à ce dernier, il n’est pas intéressé à faire du français une langue contagieuse avec tous, ses parents lui ont donné curieusement un prénom anglais à sa naissance.

Le français dans l’est de Montréal commence à ressembler à cela, une langue qui dans le domaine public n’est pas sexé, attractive qui semble voué pour le futur à la vie privée. Une langue ringarde quoi, comme disent les Français!

Dernier mot sur l’employé Jason, cas réel qui pourrait être fictif, la personne de Jason en tout respect ne servant ici que pour l’exemple. Précision finale, Jason parle un français québécois impeccable sans accent étranger, d’autant plus alors matière d’interrogation sur la valeur actuelle et à venir du français à Montréal. En espérant pour conclure que si mon texte précédent ennui J.F.Lisée, celui-ci tout au moins l’interpelle positivement.

Bonsoir Jean-François,
Je note que tu écris: « Mais ce qui était vu à l’époque comme des « exceptions » pour des entreprises exportatrices est en train de devenir la norme à l’heure où l’économie québécoise en son entier est exportatrice, à hauteur de 60% de son produit intérieur brut. »
Or cette statistique de « 60% » a déjà été près de la vérité (58.6% en 2002) mais le tendance est à la baisse depuis (51.3% en 2008)
Amicalement,
Carl Grenier.

Sur l’économie sociale et solidaire, un article ici pour vous faire déchanter de ce qui n’est que du parasitisme économique:
http://www.leblogueduql.org/2010/09/economiesociale.html

En pensant, ça ne fait pas de moi un adorateur de Dubuc. Contrairement à lui, les libertariens autrichiens ne privilégient point les pistes de l’étatisme et de l’interventionnisme. Ils préfèrent l’épargne à l’endettement massif, l’action des acteurs privés, sans contraintes ou incitatifs puisés des fonds publics, à celle des États.

C’est un keynésien alors que bien des libertariens se diront plus près d’Hayek, Von Mises ou même de Frédéric Bastiat.
Votre tentative de rapprochement entre les deux est donc nulle.

À propos de rapprochement, que pensez-vous aussi de vos similitudes avec l’extrême-droite (nationaliste-socialiste) française?
http://www.antagoniste.net/2011/03/20/le-nationalo-socialiste-mystere/

Bonjour,
Et pour tous ceux dont la devise est ce : Je Me Souviens !, qui ne se souvient pas de cette émission de Madame Janette Bertrand qui faisait fureur dans la société distincte, soit Parler pour Parler ? Car pour tous ceux qui ne sont pas frappés par cette émotivité dite nationaliste, cela ressemble tout à fait à du surréalisme made in Québec. Pour consommation nationale seulement entre nationalistes de la chapelle. Et quand la Cause va mal, on sort à nouveau dans l’Agora les vieux démons pour exciter la fibre nationale. Cela n’est pas sans rappeler les furieux débats causés par les péquistes de Montréal Centre au début des années 1980 avec Monsieur Bruno Viens qui proposait le français comme langue commune partout dans l’Agora sous peine de sanctions. En précisant bien que l’Office de la Langue Française n’irait pas jusqu’à sévir dans les chambres à coucher, tout de même ! Pendant que nos nationalistes à nous s’exciteront sur cet OS, la caravane passe et continuera de passer, qu’on se le dise avec la mondialisation tant désirée, sacralisée et voulue par nos amis les nationalistes. Et pendant ce temps, nos nationalistes gaspillent leurs énergies et se mettent à plat avec toutes ces élucubrations qui les empêchent de voir que le réel danger pour la langue française est tout simplement à l’intérieur de nos murs, soit le joual du pays encore bien plus dangereux que l’Anglais. Au plaisir, John Bull.

Ça tombe bien j’ai moi aussi en main le fameux Nous. Je l’ai lu, et au fur et à mesure de la progression de ma lecture mes yeux s’ouvraient un peup plus grand, jusqu’a la fin où j’ai fini par me demander, si ma foi vous n’étiez pas tombé sur la tête…

Vous dites en pages 40 et suivantes en effet « Il serait désormais illusoire de vouloir faire du français « la seule langue » utilisée dans chacune des composantes d’une entreprise.»

Pierre Bouchard vient de montrer un peu plus avant dans son commentaire #4 la parfaite inanité de votre concept de prédominance.

La vraie question en effet est la suivante : comment se fait-il si le français prédomine, (synonymes de prédominance ascendant, avantage, dessus, dominance, généralité, précellence, prééminence, préexcellence, préférence, prépondérance, primauté, règne, supériorité, suprématie) que l’on doive impérativement s’exprimer en anglais dans l’espace public, que ce soit dans les commerces et dans les entreprises, chaque fois qu’un unilingue anglo ouvre la bouche ?

Une statue est équestre quand elle présente un cavalier monté sur un cheval Jean-François, autrement elle ne l’est pas. À force de manger du chou et de la chèvre, vous allez finir par vous étouffer.

Et je vais aussi finir par me demander si le gars qui a écrit que les orientations politiques que vous montrez servent davantage votre auto-promotion plutôt que la cause que vous prétendez servir…

Au sujet de la langue, il me semble suffisant d’affirmer que le français est la LANGUE COMMUNE au Québec. Le concept de prédominance a été mis de l’avant, si je ne m’abuse, à titre de compromis afin de désamorcer la crise de l’affichage sous Bourassa.

Une fois ce grand principe reconnu, il va de soi que toute loi linguistique fasse la part des choses dans les contextes particuliers.

Les compromis mènent parfois à des compromissions.

Et dire qu’il s’en trouvent pour ne pas chercher à protéger la langue Française sous des prétextes alambiqués. Comme un serpent qui se mord la queue, on finit par ne plus avoir d’ennemis lorsque la solidarité autour d’un projet est impensable à cause des divisions idéologiques multiples. Que ce projet soit de gauche, de droite ou d’extrême centre, la cohésion est nécessaire pour pouvoir aller de l’avant.

Et le projet visant à promouvoir une langue, une culture et une économie harmonisées et respectueuses des autres ne saurait faire concensus dans un Québec où l’on pratique le tirage de couvertes.

Vive le Québec post-moderne !

Les décideurs divisent pour régner et les électeurs déblatèrent…

Ce qui manque au Québec c’est la mobilisation autour d’un projet porteur.

J’ai l’épiderme du crapeau lorsque la question de la langue française est déclinée, tantôt sous le rapport de la productivité et de l’efficacité, ou encore sous celui de la nostalgie de la mère manquante, la France.

J’ai l’épiderme plus sensible lorsqu’on passe sous silence ou prend pour acquis le trésor que nous tenons entre les mains, une langue à chérir comme espace privilégié de communication. Je m’en tiens ici à deux exemples éloquents.

Premier exemple:
En anglais, sauf erreur, le mot « confrontation » sert tout aussi bien à désigner « confrontation » des idées que « affrontement » entre personnes. Curieusement, l’un mène à la paix et l’autre peut conduire jusqu’à la guerre. Nous disposons en français de deux termes que tout conciliateur ou négociateur connait, les mots de « confrontation » de nos points de vue dans l’espoir d’en arriver à éviter « l’affrontement » entre nos personnes personnes.

(sources: Gérard Dion, Dictionnaire des relations industrielles, U. Laval, Québec et Radio Canada, le français au micro et capsules linguistiques, Guy Bertrand)

Autre exemple:
En anglais le terme « environment » réfère en général à ce qu’il y a autour de soi, ce qui nous environne, ce qui est en dehors de moi, de toi, le fameux mot « entourage » de Bell. Tandis qu’en français, « environnement » signifie « ce dans quoi nous baignons, ce dont nous faisons partie ». Pour mieux comprendre d’où cela vient, la lecture de journaux espagnols, italiens ou portugais est révélatrice de nos racines latines. Ambiante et medio ambiante, dans ces trois langues, signifient « l’environnement », cette affaire bien réelle qu’est notre milieu ambiant. L’accident nucléaire du Japon montre comment les deux sens anglais et français se complètent.

Quand il s’agit par exemple de discuter exploration de nos gaz de schistes, selon que chacun a plutôt une culture francophile ou anglophile, l’un dira: » madame j’ai porté un soin extrême à votre clôture », ce à quoi la dame dira: « et mes poumons et mon verre d’eau vous en pensez quoi »? D’où l’importance de demeurer alerte sur le sens des mots employés pour parler de notre environnement afin qu’en confrontant nos points de vue nous n’en venions pas à un affrontement qui dégénère. Voilà où je voulais en venir.

Nous avons une langue plaquée platine. Cette langue nous permet de faire la paix à la mesure de notre désir, pour peu que nous ayons le souci d’en faire bénéficier d’autres et le souci égal de rechercher dans chaque langue autre que la nôtre la quantité folle de perles sémantiques, chaque perle étant une source d’émerveillement et de bonne entente.

Raphael Erkoréra dit: give peace a chance! A ma manière je dis: convenons des mots justes pour dire à l’autre notre espoir.