Laïcité, religion, immigration: les Québécois plus religieux que les nouveaux arrivants

Le débat autour du projet de  Charte des valeurs québécoises du gouvernement Marois (que personne n’a encore vue) donne l’impression que les Québécois sont les champions canadiens de la laïcité et que les immigrants sont les plus ardents pratiquants de leur religion. Un bémol et même deux s’imposent.

Selon les données de l’Enquête nationale sur les ménages (ENM) réalisée en 2011, près du quart des Canadiens disent n’avoir aucune appartenance religieuse (23,9 %) alors qu’au Québec, seulement 12,1 % de la population totale dit la même chose.

Quand on examine les données détaillées, on a droit à de nouvelles surprises. Au Canada, c’est parmi la population non-immigrante que l’absence d’appartenance religieuse est plus fréquente (24,8 %). Dans la population immigrante, le taux est de 20,1%.

Au Québec… c’est l’inverse. Un plus fort pourcentage de l’ensemble de la population immigrante dit n’appartenir à aucune religion (14,7%) alors que seulement 11,6 % de la population non-immigrante déclare la même chose. Et si on s’arrête aux immigrants arrivés depuis 20 ans, soit les cohortes arrivées entre 1991 et 2001 et entre 2001 et 2011, on constate que 17 % d’entre eux n’adhèrent à aucune religion.

J’ai cru que ça vous intéresserait.

(1er septembre 2013: Certains commentaires m’incitent à préciser un point que j’aurais dû clarifier dès le départ. Ces chiffres portent sur l’adhésion à une religion et non pas sur la pratique religieuse. Ils me paraissaient quand même intéressants puisqu’on entend souvent que les immigrants sont plus religieux que les Québécois, sans trop définir ce qu’on veut dire par là. De toute façon, le débat sur les symboles religieux ne doit pas dévier sur un débat sur l’immigration puisque leur port n’est pas l’apanage des immigrants. La grande majorité des juifs orthodoxes, par exemple, sont nés ici et leur communauté y est depuis plusieurs générations. Et ce n’est qu’un exemple.)

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Vous confondez laïcité (pas de religion dans la sphère publique) et la la pratique religieuse personnelle.
J’ai pensé que ça vous intéresserait de faire cette nuance fondamentale.

C’est quoi la sphere publique ? Voulez-vous dire le secteur public (administrations de l’état) ou l’espace ouvert à tous dans la société ?

Voilà un billet vraiment intéressant. On voit une forme de déconexion entre le discours public et la pratique individuelle. On peut tenter de déduire qu’il y a plus de laïque au Canada anglais qu’au Québec. Je souspçonne que si l’on confrontait les faits sur d’autres valeurs « québécoises » (solidarité, écologisme), on arriverait à un constat similaire.

Franchement Mme Cornellier, vous me décevez!
Si la grande majorité des Québécois vont encore se définir comme catholiques (moi le premier), la grande majorité ne pratique plus depuis fort longtemps (moi le premier).
Rien à voir avec ces musulmans que l’on voit à genoux à la mosquée où jeuner en plein été.

Est-ce à dire que les québécois continuent de se dire catholiques comme on prend une police d’assurance? En raison d’une peur sourde de l’enfer, improbable aujourd’hui mais tout de même possible, comme on peut avoir peur des musulmans, du pétrole, du gaz, du nucléaire, des anglais, des américains, ou des OGM?
Quelles valeurs « québécoises » seraient susceptibles de vaincre ces peurs diffuses? Je les cherche encore. Peut-être devrait-on plutôt réfléchir aux valeurs universelles comme l’égalité homme-femme (eh oui, d’autres y ont pensé avant Adélard Godbout, les britanniques surtout), la tolérance, les « Lumières », l’urbanité…
Les rituels religieux ne menacent en rien les québécois. Respecter le temps du Ramadan vaut bien des funérailles catholiques où les curés ne savent plus à qui ils s’adressent et où les communiants n’écoutent pas.

Jacques Saint-Cyr, athée

Je crois que vous n’avez pas raison en laissant entendre que ce ne devrait pas être un débat sur l’immigration car on ne peut y échapper puisque ce qui a déclenché ce débat ce sont surtout des comportements religieux propres à de nouveaux immigrants. Par exemple, le port du turban, kirpa ou du hijab, burqa, niqab, a le plus attiré l’attention ces dernières années et c’est surtout pratiqué par des immigrants plus ou moins récents.

Ce qui pour moi est remarquable dans ce débat c’est l’échec des politiques d’immigration du Canada depuis des décennies et le soit-disant multiculturalisme. Le Canada n’a jamais réussi à intégrer ses immigrants à la société d’accueil et n’a jamais rien fait pour le faire. On se retrouve avec des ghettos, des enclaves culturelles et, en conséquence, une mise à l’écart des immigrants qui ne savent à quel saint se vouer (sans jeu de mots).

À défaut d’intégration dans la société d’accueil, on se retrouve avec des concepts comme les « accommodements raisonnables » et la laïcité alors que les chartes des droits canadienne et québécoise protègent essentiellement les droits fondamentaux qui sont reconnus à l’échelle internationale. Est-ce qu’une charte « québécoise » des valeurs se veut être une alternative (une dérive?) aux droits fondamentaux, une réduction de ces droits? Est-ce que les sociétés canadienne et québécoise ne devraient pas plutôt constater l’échec de l’intégration de ses immigrants et se mettre à la tâche pour remédier à cette situation?

On peu si vous me le permettez, dire que les Québécois sont plus attirés par le »Charlatanisme » que les immigrants !