Laïcité: Un autre jalon sur le chemin

Dans un avis fouillé qu’il rend ce lundi, le Conseil du statut de la femme apporte une importante contribution au débat en cours sur les prochaines étapes du parcours québécois vers la laïcité.

La route est longue mais les laïcs sont en mouvement.
La route est longue mais les laïcs sont en mouvement.

Les auteures abordent, comme je l’ai fait ici, les aspects touchant le port des signes religieux par les employés de l’État, mais va plus loin en proposant l’abandon du volet « culture religieuse » dans les écoles et l’introduction de l’étude de la religion dans les cours d’histoire et de citoyenneté.

Plus audacieux encore, elles proposent de revoir les avantages fiscaux dont profitent les églises. Voici la liste des recommandations:

LISTE DES RECOMMANDATIONS
DU CONSEIL DU STATUT DE
LA FEMME

1 – Affirmer l‘interculturalisme dans une loi qui ferait notamment état des valeurs communes du Québec, dont la laïcité et l‘égalité entre les sexes.

2 – Déclarer que le Québec rejette la « laïcité ouverte ».

3 – Tenir une commission parlementaire, composée de manière paritaire, chargée de faire le point sur la laïcité.

4 – Modifier la Charte québécoise afin d‘affirmer que l‘État est laïque en introduisant cette mention au préambule :

Considérant que l‘État est laïque.

Et en changeant l‘article 9.1 de cette façon :

Les libertés et droits fondamentaux s‘exercent dans le respect de la laïcité de l’État, des valeurs démocratiques, de l‘ordre public et du bien-être général des citoyens du Québec.

La loi peut, à cet égard, en fixer la portée et en aménager l‘exercice.

5 – Modifier la Loi sur la fonction publique afin d‘étendre l‘obligation de neutralité politique et le devoir de réserve aux manifestations religieuses nettement visibles.

6 – Adopter une loi qui prévoirait les modalités d‘application du principe de laïcité de l‘État afin d‘établir clairement sa séparation d‘avec la religion. Cette loi établirait que les agentes et agents de l‘État doivent s‘abstenir d‘afficher leurs convictions religieuses par le port de vêtements ou de signes nettement visibles et de manifester leurs croyances sur leur lieu de travail. Elle interdirait aussi les signes et les symboles religieux dans les institutions de l‘État, sous réserve de leur caractère patrimonial, la récitation de prières d‘ouverture dans les conseils de ville et la participation des officières et officiers de l‘État à des manifestations religieuses dans le cadre de leurs fonctions.

7 – Retirer le volet « culture religieuse » du cours ECR tel qu‘il est actuellement conçu et présenté.

8 – Intégrer l‘étude du phénomène religieux au cours Histoire et éducation à la citoyenneté. Ce cours aborderait les religions dans une perspective globale, historique, culturelle et sociologique, au même titre qu‘il traiterait des courants de pensée séculière et qu‘il parle déjà de la monarchie, des Lumières, de la Révolution tranquille, du combat des femmes pour le droit de vote, de la naissance et de l‘évolution des droits de la personne, etc.

9 – Dans le cadre d‘une commission parlementaire sur la laïcité, procéder à l‘évaluation des liens financiers entre l‘État et le religieux afin que l‘État ne soit pas ou ne paraisse pas associé aux religions. Les subventions aux écoles confessionnelles et les privilèges fiscaux consentis aux communautés religieuses devraient précisément être examinés.

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Wow! Je suis d’accord à 100%.
C’est une rebuffade totale à la laïcité ouverte de Bouchard-Taylor et du gouvernement Charest.

Il faut féliciter le Conseil du statut de la femme, mais les départements universitaires en mènent large au Québec et ils sont pour la laïcité ouverte. Le cours ECR est un exemple concret de l’influence des départements de sociologie ou d’études religieuses. La conception du programme ECR a été confiée aux laïcistes ouverts de ces départememnts universitaires.

Il faut voir la liste des consultants engagés par la Commission Bouchard-Taylor ou au Minsitère de l’Éducation pour concevoir le cours ECR… on se rend compte que ce sont toujours les mêmes idéologues du multiculturalisme et de la laïcité ouverte. Ils sont puissants et influents!

La question du « nettement visible » pourra poser un problème en ce qu’elle semble viser directement le port du voile.

L’idée de « nettement » visible signifie que certains signes religieux, bien que visibles, seront tolérés. Je pense spontanément à la croix (ou la main de Fatma, ou l’étoile de David) en pendentif au cou. Quoi que la question de la taille demeure!

Est-ce que la kippa est nettement visible? Peut-être que non. Mais la Commission Stasi, en France, l’avait déclarée symbole « ostentatoire » et interdite dans les écoles. Est-ce qu’on va avoir droit au Québec à un débat sur le caractère visible de la kippa (moins de 10 cm? moins de 24 cm?).

Mais, chose certaine, tout le monde sera d’accord que le voile est nettement visible.

Si l’État doit être laïque, je crois cependant qu’on doit respecter la liberté des serviteurs de l’État d’afficher leurs convictions religieuses.

Si on n’est pas prêts à ça, je crois qu’il faut interdire tous les signes religieux, quelle que soit leur taille ou leur « visibilité ».

ENFIN une proposition fort valable et clairement formulée sur la laïcité de l’État et légalité absolue des sexes dans le domaine public et dans le domaine privé.

Ajout à mon commemntaire précédent,

Je trouve particulièrement clair le fait que le premier article dise pratiquement tout d’entrée de jeu : »Affirmer l‘interculturalisme dans une loi qui ferait notamment état des valeurs communes du Québec, dont la laïcité et l‘égalité entre les sexes. »

1) Il est plus que temps que les valeurs communes fondamentales du Québec soient inscrites dans un texte de loi.

2) Il faudra aussi clairement statuer que l’égalité entre les sexes doit être comprise et appliquée de façon absolue, et dans le domaine public et dans le domaine privé, de manière à ce que les valeurs religieuses ne puissent servir de prétexte tout trouvé pour opposer les valeurs religieuses aux valeurs civiles et ainsi nier impunément l’égalité absolue entre les sexes dans le domaine privé comme dans le domaine public.

Apparemment, les organismes religieux :
– Ne paient pas d’impôt fédéral
– Ne paient pas d’impôt provincial
– Ne paient pas de taxe municipale, ni scolaire.

Est-ce bien vrai?

Si cela est bien le cas, alors qu’attendons-nous pour éliminer les déductions fiscales aux particuliers qui font des dons aux organismes religieux?

Bonjour de Ste-Marguerite,
Je suis entièrement d’accord avec cette vision de la laïcité de l’état. Les religions sont des choix personnel dans lequel l’état n’a pas s’immiscer et les gens ne paient pas des taxes pour que ce soient détournées vers les religions; s’ils veulent donner aux églises, ils peuvent le faire quand bon ça leur tente. C’est vraiment cela la séparation de l’état des religions.
Clément Marcotte, Ste-Marguerite.

Petit commentaire : il aurait été possible d’écrire « auteures » au lieu de « auteurs » ainsi que d’utiliser « elles » au lieu de « ils », les auteures étant toutes des femmes. Il y est possible de souligner la présence des femmes à l’écrit.

Merci pour ce beau billet!

Amélie Charbonneau

J’ai étudier les religions longtemps en m’i’mpliquant jusqu’au au haut rang. Ce qui nous pousse a mettre la religion a sa place est pour moi le reflet d’une intuition sociale que la religion nous cachent encore beaucoup de choses sur le jeu des influences sociales qui ne seraient pas admise si elles étaient su.
J’encourage votre démarche,
M.Laporte

Parfait. Il manque peut-être un article. Comme il serait criminel de détruire ou de cacher les mosquées du Caire, le Mur des Lamentations, la cathédrale de Westminster ou le bouddha de Borobodur, il ne faut pas remettre en cause les monuments du passé et surtout les fêtes culturelles de notre société. Noël, c’est Noël avec ses arbres, la rue Sainte Catherine, c’est la rue Sainte Catherine, avec ses fastes et ses défilés de la coupe et ses débordements. Sinon, parfait, plus que parfait. Exemplaire.

Bravo au Conseil du statut de la femme. Il y a longtemps que certaines choses devaient être dites. En particulier, il est grand temps qu’on enlève les avantages fiscaux aux églises et aux religions.
Ce qui est certain, c’est que si le Québec adopte une telle charte, ça va aboutir en cour suprème du Canada et que le Québec va perdre. Ça sera alors pour nous une bonne occasion de nous séparer. Nous ne voulons surtout pas de la théocratie évangéliste que Harper nous infligerait si jamais il devenait majoritaire

« …il ne faut pas remettre en cause les monuments du passé et surtout les fêtes culturelles de notre société. Noël, c’est Noël avec ses arbres, la rue Sainte Catherine, c’est la rue Sainte Catherine, avec ses fastes et ses défilés de la coupe et ses débordements. »

Remettre en cause la fête de Noël!?

Jamais cette fête ne sera mise en cause. C’est une fête païenne, commerciale, c’est la fête des grandes entreprise financières.

Mieux vaut s’attaquer à un tsunami.

Bonjour,
Avant d’exiger la laïcité pour les Autres, que les québécois donnent l’exemple en enlevant tous les signes ostentatoires de leur religiosité de l’Agora. C’est à cet exercice que doivent se livrer tous ceux qui croient que le Québec se doit d’être laïc sinon il n’y a pas aucune crédibilité dans cette démarche qui semble un épouvantail, un autre repli identitaire comme si nous n’en avions pas assez dans la belle province….. Au plaisir, John Bull.

Pour mémoire, la dernière strophe d’Ô Canada

Amour sacré du trône et de l’autel,
Remplis nos cœurs de ton souffle immortel!
Parmi les races étrangères,
Notre guide est la loi :
Sachons être un peuple de frères,
Sous le joug de la foi.
Et répétons, comme nos pères,
Le cri vainqueur : « Pour le Christ et le roi! »
Le cri vainqueur : « Pour le Christ et le roi! ».

On l’entend trop qu’en anglais, on n’en remarque plus le sens.

Tout a fait d’accord avec Julien David,la charte de la laïcité ne doit surtout pas s’en prendre à notre patrimoine culturel historique:nos églises ou basiliques, la nomenclature des rues, villages ou villes,nos fêtes religieuses,la croix du Mont-Royal à Montréal. Nos ancêtres qui ont bâti le Québec étaient des croyants catholiques. Nous n’avons pas à le renier. Nous devons au contraire savoir l’assumer. Cela est notre histoire. Un Peuple sans histoire n’est pas un peuple. Dans ce sens, il est indispensable de maintenir des cours d’histoire religieuse. Car la religion, ce n’est pas seulement un Endoctrinement, c’est aussi une approche de la philosophie et de l’histoire. Avec cette laïcité, ne tombons pas dans la paranoïa de vouloir tout oublier et démollir ce qui a fait le Québec.

Il est essentiel de déterminer si c’est bel et bien un état laïque que souhaitent définir les Québécois ou bien une société laïque. Qui prendra le soin d’instruire la population québécoise sur la différence entre la laïcité d’un État de droit et le maintien du droit individuel à la liberté de religion ? Par Québécois j’entends, bien entendu, tous ceux et celles vivant sur le territoire québécois actuel.

Plusieurs éléments de l’article 6 des Recommandations méritent toutefois que l’on s’y attarde. Qui déterminera le caractère patrimonial des symboles religieux dans les institutions publiques ? Les Québécois devront s’entendre sur ce qu’ils désirent léguer aux générations futures en matière d’histoire religieuse sur le territoire en tenant compte du fait qu’une histoire, c’est vivant. Cette histoire ne peut donc débuter avec l’arrivée des colons français ni s’arrêter avec les présentes recommandations du Conseil du statut de la femme. Ce choix patrimonial devra aussi tenir compte de la pluralité patrimoniale religieuse du territoire que constitue aujourd’hui le Québec.

Il en va de même pour les symboles personnels religieux portés par les employés de l’état. Certaines recommandations voilées contreviennent aux libertés individuelles. En quoi le voile (hijab ou shayla) pour une musulmane est-il plus offensant que le port de la perruque pour une juive ? Est-ce que le service offert par ces fonctionnaires est de moindre qualité à cause des vêtements qu’elles portent ? Va-t-on aussi interdire les tatouages apparents, les piercings, les vêtements marqués ou publicitaires ? Va-t-on interdire le port de l’anneau signifiant que nous avons convolé en justes noces – possiblement de façon religieuse ? Qui s’est offensé des fichus de Francine Grimaldi sur la scène télévisuelle ? Si on veut être crédible, c’est tout ou rien. Et si on se dirige vers de telles mesures, je le répète, on vient de dire adieu à nos libertés individuelles.

On lit encore « Elle interdirait […] la participation des officières et officiers de l‘État à des manifestations religieuses dans le cadre de leurs fonctions. » Est-ce à dire que l’on interdira aussi à ces mêmes individus d’afficher leurs couleurs partisanes à toutes autres causes sociétales, sportives, culturelles, etc. et de la même manière sur la place publique ? On se veut crédibles ? Si les élus ne peuvent même plus participer, par solidarité avec leur électorat, ne serait-ce qu’à une célébration de recueillement religieuse multi-confessionnalités soulignant une tragédie ou un autre événement d’envergure, c’est un pas vers une société laïque. C’est à craindre pour les libertés individuelles.

D’un État de droit et laïque, je veux bien. Tant que cela ne contrevient pas avec les droits et libertés individuelles tels que stipulés dans les chartes canadienne et québécoise en matière de liberté de religion et de libertés individuelles.

Bien que je sois plus d’un mois en retard je vais me permettre le commentaire suivant.

Qu’est ce qui justifie de s’en prendre aux signes religieux portés par des employés de l’État? En quoi un employé de l’État portant un signe religieux met en péril la laïcité? Si cet employé fait son travail et respecte la loi sans faire intervenir l’élément religieux dans ses décisions, la laïcité n’est pas attaquée. Par exemple, un employé de la SAAQ qui porte la kippa et qui délivre les permis de conduire conformément à la législation en vigueur, ne fait pas intervenir la religion dans le processus décisionnel.

La laïcité c’est l’État qui ne fait pas intervenir la religion dans ses décisions. Avant de proposer des lois qui s’attaquent à la liberté de religion il va falloir démontrer en quoi le principe de laïcité n’est présentement pas respecté.

Absolument rien ne justifie la position du CSF sur le sujet.