L’après-Mulcair

L’élection partielle dans Outremont sonnera-t-elle le glas de ce qui reste de la vague orange de 2011 ?

Le Parti québécois n’est pas le seul à faire la chasse aux vedettes en vue d’un scrutin qui s’annonce difficile l’automne prochain. Le Nouveau Parti démocratique a lancé un avis de recherche depuis que son ex-chef Thomas Mulcair a confirmé qu’il quitterait la Chambre des communes avant les élections générales de 2019.

M. Mulcair tirera sa révérence lorsque le Parlement ajournera ses travaux pour l’été, en juin. Pour éviter de faire concurrence au scrutin québécois du 1er octobre, le premier ministre Justin Trudeau n’enverra vraisemblablement pas les électeurs d’Outremont aux urnes avant le mois de novembre. Ce sera toujours trop tôt pour le nouveau chef du NPD, Jagmeet Singh, qui a beaucoup à perdre dans cette élection partielle.

La victoire néo-démocrate dans Outremont lors d’une élection complémentaire, en 2007, avait eu l’effet d’un tremblement de terre pour les libéraux fédéraux. Le leadership de Stéphane Dion, dont c’était le baptême du feu électoral à titre de chef, avait été ébranlé.

L’équipe Dion ne s’est jamais complètement remise de la perte emblématique d’une circonscription montréalaise jusque-là considérée, sinon comme une forteresse libérale, tout au moins comme un des sièges sûrs de cette formation au Québec.

On connaît la suite. L’arrivée triomphale de M. Mulcair à la Chambre des communes ainsi que sa victoire aux élections générales un an après avaient contribué puissamment à l’élan qui allait mener à la fameuse vague orange trois ans plus tard.

La vengeance est un plat qui se mange froid. En 2018, les libéraux de Justin Trudeau ont bien l’intention de rendre la monnaie de leur pièce aux néo-démocrates dans Outremont, en vue de faire déferler une vague rouge sur le Québec l’année suivante.

Encore faudra-t-il cependant que le Parti libéral ne se tire pas une balle dans le pied à la faveur du genre de guerre intestine dont il a le secret lorsqu’il s’agit de présenter un candidat dans une circonscription prometteuse.

La bataille d’Outremont verra le NPD défendre un de ses propres sièges pour la première fois depuis les dernières élections générales. Mais le caucus de Jagmeet Singh pourrait s’appauvrir davantage à l’approche du scrutin de 2019.

En 2007, Stéphane Dion n’avait pas répondu aux avances de Justin Trudeau, qui aurait pu vouloir se présenter contre Thomas Mulcair dans Outremont. Et plus récemment, lors du remplacement de M. Dion comme député dans Saint-Laurent, la bisbille qui a entouré la course à l’investiture a coûté au PLC non pas une, mais deux candidates ministrables.

La division du vote aidant, l’ancienne ministre québécoise Yolande James et la fiscaliste Marwah Rizqy, qui avait plutôt brillamment porté les couleurs du PLC dans Hochelaga en 2015, ont toutes les deux été coiffées au fil d’arrivée de l’investiture par la novice politique Emmanuella Lambropoulos. Les libéraux ont conservé le siège, mais perdu une belle occasion d’étoffer leur conseil des ministres.

Ils ont d’autant plus de raisons de regretter d’avoir échappé le ballon que Mme Rizqy est devenue une des critiques les plus efficaces de la décision de la ministre du Patrimoine, Mélanie Joly, d’exempter Netflix de l’obligation de percevoir la TPS.

Les sondages de début d’année sont favorables au PLC au Québec. À l’inverse, la cote du NPD, malgré l’arrivée à sa tête de Jagmeet Singh, est en déclin d’un bout à l’autre du Canada.

Lors de l’élection partielle de l’automne dernier dans Lac-Saint-Jean, le NPD est passé de la deuxième place, avec 28 % du vote au scrutin de 2015, à la quatrième place, avec 11 % des suffrages. Dans South Surrey–White Rock, en Colombie-Britannique, et dans Scarborough–Agincourt, en banlieue de Toronto, à la mi-décembre, les candidats néo-démocrates ont recueilli à peine 5 % des suffrages.

La bataille d’Outremont verra le NPD défendre un de ses propres sièges pour la première fois depuis les dernières élections générales. Mais le caucus de Jagmeet Singh pourrait s’appauvrir davantage à l’approche du scrutin de 2019.

Parmi les 43 députés restants, il y a une poignée de vétérans politiques qui sont remontés au front électoral avec Thomas Mulcair dans l’espoir d’une victoire historique. Le résultat crève-cœur de 2015 et la performance médiocre du parti dans les intentions de vote n’ont rien pour leur donner le goût de rester dans les rangs.

Les 15 survivants de la vague néo-démocrate de 2011 au Québec surveilleront attentivement la campagne dans Outremont. Six d’entre eux ont été réélus avec moins de 1 000 votes d’avance sur leurs plus proches rivaux en 2015. Et à de rares exceptions près, ils ont franchi la barre des six ans en poste, au-delà de laquelle les élus fédéraux ont droit à une pension de député.

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11 commentaires
Les commentaires sont fermés.

Je partage l’analyse de Chantal Hébert . La vague orange est terminée et la page est déjà tournée. Les québécois sont passés depuis à autre chose et ont été très déçus du manque de reconnaissance et du sort que le parti à réservé à leur Chef québécois, un chef bagarreur, insistant et très performant en chambre. Ce parti a préféré demeurer la conscience du parlement plutôt que de vouloir exercer le pouvoir. Il en payera le prix par la désaffection des électeurs québécois.

Euhhh…c’est parce que la dite « vague orange » au Québec s’est produite lorsque Jack Layton, un non-Québécois (et non Mulcair), était à la tête du NPD…

@ François 1,

Euhhh…… Comme Jack Layton est né à Montréal, yiiii….. me semble qu’il était Québécois aussi.

@ Serge Drouginsky 14 février 2018, 12 h 49 min:

Lors de la vague orange Layton demeurait à Montréal? Savais pas…

Dites-nous en plus SVP. Nous sommes avides de vous lire sur ce sujet.

@ François 1 – 15 février 2018, 4 h 25 min :

La Constitution du Canada permet aux Canadiens de vivre où bon leur semble. Si vous êtes né au Canada, vous êtes automatiquement Canadien. Si vous êtes né au Québec vous êtes automatiquement Québécois. C’est aussi simple que ça.

Si une personne est née à Montréal elle est montréalaise de naissance, autant que je sache Montréal est une ville du Québec. Si demain un montréalais souhaite vivre à Toronto, c’est son droit, cela ne change rien à ses origines.

Vous étiez avide de me lire. Eh bien vous voici exaucé. Hallelujah !

Le NPD est déboussolé et son leader actuel ne semble pas en mesure de lui donner un second souffle. Qui plus est, la première ministre NPD de l’Alberta va à contre-courant de tout ce que prêche le NPD fédéral: elle mange du pipeline et avec une hargne revancharde prend des mesures de rétorsion contre sa voisine… néo-démocrate. Ce parti a perdu sa boussole sociale et envoie des messages tellement contradictoires qu’on a raison de penser qu’il est incapable de gouverner le pays.

La gauche canadienne est sans but et faudra voir comment elle va se relever, si jamais elle le fait. Reste les libéraux et les conservateurs et Trudeau peut encore compter sur l’héritage Harper qui rebute tant d’électeurs. Tant que le souvenir de l’administration Harper restera dans la mémoire des électeurs, le fils de PET peut dormir sur ses 2 oreilles et renier autant de promesses qu’il le souhaite. L’électorat « progressiste » n’a pas d’autre alternative viable pour faire échec au retour des conservateurs.

Si aucuns « novices » ne devaient entrer dans les parlements et seulement des personnes ministrables, le renouvellement n’existerait tout simplement pas, il n’y aurait qu’un seul parti et des élus qui resteraient tous pendant 30, 40 ou 50 ans jusqu’à ce que sonne le glas d’une « heureuse » et « bien mérité » retraite.

À ce titre, je trouve que le choix d’Emmanuella Lambropoulos était adéquat.

Ce que l’on constate, c’est qu’il n’existe que rarement une grande cohésion à l’intérieur de quelque parti que ce soit. Usuellement ces divergences s’estompent lorsqu’un parti est au pouvoir… tant et aussi longtemps qu’il reste au pouvoir.

Jagmeet Singh n’est encore pas connu des canadiennes et des canadiens ; au Québec la simple vision d’un turban est associée par certains à l’islam radical…. Cela, ne démontre qu’une seule chose : « l’ignorance crasse » d’une large partie de la population.

Je pense à ce titre quels que soient les résultats des élections de la partielle d’Outremont, les canadiennes et les canadiens sont prêts à faire un pas de plus vers la décadence qui déferle à très grande vitesse sur notre nation. Ces pourquoi les libéraux de Justin Trudeau sont les mieux placés pour organiser cette « chienlit », petite référence ici aux mots du Général de Gaulle qui fut « tellement bien traité » par Lester B. Pearson et le propre père de Justin Trudeau en leurs temps lointains.

Laissons donc aux libéraux le soin d’accomplir le « sale boulot »….

Heureusement, si ce n’est en 2019, ce sera aux élections suivantes, il y aura une reprise en main de la civilisation… sans les libéraux de Justin Trudeau (peut-être avec de nouveau libéraux plus ouverts sur le vrai monde). Le pouvoir n’appartient-il pas usuellement aux maîtres du temps ?

Comme l’écrivit le philosophe Alain dans ses écrits politiques : [ Les hommes libres ] « savent bien que tout pouvoir abuse et abusera ». Alors qui sait ? Même l’option d’une réelle indépendance du Québec comme État libre et pleinement indépendant pourrait également faire son chemin.

Quand une Confédération n’est pas assurée de souffler ses 200 bougies. Il est légitime et sain de se poser des questions. Toutes les options sont sur la table en ce moment.

Par chance, il y a toujours des gens ou des partis qui deviennent émergeants.

La victoire ou la défaite repose sur la communication essentiellement. Bonnes chances aux communicatrices et communicateurs de tout crin puisque l’avenir, notre avenir repose encore entre vos belles mains.

Non, le PQ n’est pas le seul parti à faire la chasse aux vedettes, la CAQ et QS sont dans la même situation.

Là est tout le problème. On désire nous présenter l’apparence au lieu de la compétence (ex.: Mélanie Joly).

Un turban démontre qu’on a besoin d’artifices pour penser.

Qu’on n’épouse pas les valeurs de tous.

Suicidaire en politique.

De votre commentaire, détrompez vous… selfie kid, ne dors plus sur ces deux oreilles …. les seules places où ça va bien pour les libéraux , c’est le québec et les maritimes…. le reste du canada… est redevenu plus bleu…. ça nous promet un belle confrontation ….