L’Assomption, une ville en perdition

Il faut espérer une tutelle de longue durée à L’Assomption, le temps de faire un ménage. Ni le maire ni ses fonctionnaires ne sont à la hauteur de ce défi.

Jean-Claude Gingras (Photo: Facebook)
Jean-Claude Gingras, maire de L’Assomption (photo : Facebook)

La mise en tutelle de L’Assomption est un premier pas pour rétablir la confiance de ses résidants, durement éprouvée depuis l’élection du maire Jean-Claude Gingras.
Politique

Même le principal intéressé se réjouit de la tutelle. Il la réclamait depuis le début des audiences de la Commission municipale du Québec (CMQ), qui a produit un rapport «accablant» sur sa gestion, selon les termes du ministre des Affaires municipales, Pierre Moreau.

Gingras affirme que les problèmes de gestion interne à L’Assomption précèdent son élection, en novembre 2013. Comme politicien, c’est un néophyte. Sa palette de nuances va du noir au blanc, en passant par quelques teintes de gris.

Ce personnage volubile jure qu’il n’a pas mis un cent dans ses poches, et que les cadres de L’Assomption se sont ligués contre lui. Dans son esprit, la fonction publique veut sa peau, car elle craint de perdre son influence sur les affaires locales. Il n’a pas tout à fait tort, mais la CMQ n’avait que faire de ses explications.

Une opération de destruction de documents (survenue avant son entrée en fonction) et la tenue de conciliabules entre les cadres — qui étaient pourtant en congé de maladie — démontrent au moins une chose : la haute fonction publique ne voulait pas de lui.

Hélas ! la CMQ n’était pas disposée à gratter plus loin qu’en surface. L’enquête qui s’est déroulée l’hiver dernier portait exclusivement sur le maire Gingras et son directeur général, Jean Lacroix.

Le rapport de plus de 300 pages produit par la CMQ contient 29 blâmes visant directement Jean-Claude Gingras et Jean Lacroix. Essentiellement, on reproche au maire de nombreux gestes d’ingérence auprès des employés, des directeurs adjoints et des directeurs de service.

L’introduction résume tout. L’élection de Jean-Claude Gingras a été suivie d’une «chasse aux sorcières». «Dès son élection, le maire a agi comme si la Ville était son entreprise personnelle et qu’il pouvait tout décider à sa guise, constate la CMQ. Omniprésent, il s’est ainsi trouvé au cœur de l’administration municipale, avec un comportement directif et intimidant.»

Le maire, qui est déjà accusé d’abus de confiance au criminel, a fait des interventions inappropriées pour régulariser la situation de sa pension pour chiens, le Loft des quatre pattes, qui ne respecte pas le zonage municipal. Il s’est aussi immiscé dans les affaires de la police en demandant qu’on lui remette des constats d’infraction émis à des motocyclistes dans le cadre d’une opération antibruit. Du jamais-vu, selon le ministre Moreau. Et c’est sans parler de la filature des cadres et de leur congédiement, jugé «abusif».

Le directeur général recruté par Gingras, Jean Lacroix, passe aussi dans le tordeur pour avoir court-circuité le processus d’attribution des contrats et avoir manqué de transparence dans la gestion des fonds publics.

Le ministre Moreau a fait suivre le dossier à sa collègue de la Justice, Stéphanie Vallée. Pour la deuxième fois en six mois, le gouvernement Couillard s’apprête à entreprendre des procédures en destitution contre le maire Gingras. Il n’y a pas que les cadres qui veulent sa peau : les libéraux aussi ! La première tentative, basée sur le fait que Jean-Claude Gingras devra subir un procès au criminel, s’est soldée par un cuisant revers pour Québec.

Le maire n’a plus d’autorité sur sa ville. Il devra y penser à deux fois avant de poursuivre sa cavale pour assainir les mœurs à L’Assomption. Le rapport de la CMQ ne lui permet plus de jouer aux redresseurs de torts.

Il faut espérer une tutelle de longue durée à L’Assomption, le temps de faire un ménage. Ni le maire ni ses fonctionnaires ne sont à la hauteur de ce défi.

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«…la CMQ n’était pas disposée à gratter plus loin qu’en surface.»
La question est: pourquoi?

«Il faut espérer une tutelle de longue durée à L’Assomption, le temps de faire un ménage.»
Ou empirer les choses (ou, du moins, que ça continue comme avant). J’expliquerais ma pensée avec un mot: Laval…

Nous pouvons admirer ici à l’avance de ce qu’un Québec séparé et indépendant aurait l’air sous un PKP président le de Républik du Québek…