L’autre héritage de René Lévesque

Photo officielle de l'Assemblée nationale

Il y a 25 ans que René Lévesque s’est éteint. Un grand politicien.

Je ne vais pas revenir en long et en large sur ses réalisations et ses discours, mes collègues des journaux et de la télé font de très bons dossiers sur l’ancien chef du Parti québécois depuis quelques jours. Inutile de répéter.

(Si vous voulez replonger dans les archives, L’actualité a concocté un livrel sur René Lévesque pas piqué des hannetons.)

Toutefois, il me semble manquer quelque chose. Un morceau de son héritage qu’il serait utile de se rappeler en ces temps troubles de la commission Charbonneau et de la confiance en chute libre envers les politiciens.

René Lévesque a mis de l’avant la loi sur le financement populaire des partis et lutté contre la corruption. Il a tenté de mettre des barrières, des règles, des garde-fous aux déviances humaines, notamment celles de la cupidité et du pouvoir.

Pourtant, on a l’impression que tout est à recommencer, 25 ans plus tard. Comme si le cycle Lévesque avait expiré et qu’il fallait remettre l’horloge des moeurs à zéro.

C’est dommage, mais ce n’est pas étonnant. C’est un combat perpétuel. Et si la mémoire de Lévesque, ses principes et ses lois (qui doivent s’adapter à la réalité d’aujourd’hui) peuvent nous guider, tant mieux.

Mais un autre pan de l’héritage de René Lévesque doit aussi nous inspirer: sa fierté d’être Québécois et sa confiance envers les politiciens.

Ça semble presque hérétique de le mentionner tellement le cynisme est fort de nos jours. (Avant de me lancer des tomates, mettez ça sur le compte de mon côté idéaliste!)

Et pourtant…

Le courage de passer à l’action en politique provient de deux sources: la volonté populaire et la personnalité des élus. L’un ne va pas sans l’autre. Et ces deux axes du changement doivent se faire confiance.

Or, depuis Lévesque, le cynisme envers la politique a grimpé en flèche. On a des problèmes à régler, mais les citoyens croient de moins en moins en la capacité des politiciens de relever ces défis.

Les causes du désabusement sont nombreuses.

Une partie du blâme revient aux députés et ministres, dont certains perçoivent trop la politique comme un jeu, où la victoire prime sur le reste. Ou alors, ils considèrent qu’il s’agit d’un métier comme un autre, sans mettre l’intérêt public au centre de leur action. Pourtant, la vaste majorité est honnête et prend son rôle au sérieux.

Une partie du blâme revient aux journalistes, dont certains traitent trop la politique comme un jeu, où la recherche du vainqueur prime sur le reste. (Si vous avez l’impression que je me répète, c’est normal!) Là encore, ce n’est pourtant pas un métier comme un autre. Un citoyen bien informé est un citoyen plus libre, comme disait René Lévesque. Le moindre écart de langage d’un ministre ou d’un chef prend le pas sur la réflexion et le fond des dossiers. (Moi-même je tente de faire attention, mais je n’y arrive pas toujours…)

Et une partie du blâme revient aux citoyens, qui ne font pas toujours l’effort d’aller chercher l’information fouillée, complète, utile, lorsqu’elle existe. On préfère les nouvelles brèves ou les titres à fort impact. Les gaffes d’un élu sont parfois montées en épingle. Les réseaux sociaux et les nouvelles en continue accentuent ce phénomène de l’anecdote. Il y a pourtant une responsabilité à la citoyenneté.

L’objectif ici n’est pas de désigner un coupable.

Mais de montrer que le triangle élus-médias-citoyens doit mettre l’épaule à la roue afin de surmonter ce cynisme.

Comme la cupidité, l’arrogance ou la soif du pouvoir, le cynisme ne disparaîtra pas. Mais il faut le combattre avec la même force que la corruption. Se méfier de nos instincts et faire des efforts.

Il faut essayer d’être à la mesure du «grand peuple» que René Lévesque aimait tant. L’une des manières d’y parvenir est de garder suffisamment confiance envers nos institutions pour avoir envie de les adapter, de les réformer.

Il y a de l’espoir. La commission Charbonneau réclamée à grands cris pendant deux ans par la population est en place. Visiblement, les Québécois n’étaient pas encore assez cyniques pour laisser passer sans rien dire ce que les journalistes d’enquête ont découvert. La pression a eu raison du gouvernement libéral. Le PLQ pourrait même, un jour, être fier des résultats…

Cette commission ne fait pas dans la dentelle. Elle fait mal, suscite un malaise. Mais au moins, les Québécois ont le courage de braquer la lumière vers les coins sombres de notre société pour mieux pouvoir les combattre. Tous les peuples n’ont pas la maturité de se regarder dans le miroir.

C’est un dur moment à passer, mais il pourrait s’avérer salutaire.

Les députés à Québec semblent déterminés à agir. Modifier les lois, resserrer les contrôles… Le PQ a de bonnes idées, la CAQ aussi. Et les candidats à la chefferie du PLQ s’imposent des contraintes plus sévères dans leur course au leadership. L’UPAC agit, Marteau frappe… Bref, on a peut-être «viré le coin», comme disent les anglophones.

Les politiciens actuels tentent de trouver des réponses pour combattre de nouveau la collusion et la corruption. Il faut rester attentif, critique et juger des résultats… Mais parce qu’il croyait à l’action politique pour faire avancer un peuple, René Lévesque leur aurait donner leur chance.

Être assez fiers pour se faire confiance, tous ensemble, c’est aussi un antidote au cynisme.

Et un pan important de l’héritage de René Lévesque.

 

Laisser un commentaire

En augmentant le rôle et les fonctions de l’État québécois, René Lévesque a été l’un des principaux responsables (inconscient sans doute…) de la corruption au Québec.

LA seule et unique solution est de réduite l’État québécois à ses rôles premiers et lui enlever tous ses monopoles (syndicats, Hydro-Québec, SAQ, SAAQ, etc…).

La concurrence et la diversité des services sont les meilleurs ramparts contre la corruption.

Très bien résumé MM.Castonguay, si la grande majorité des citoyens, des journalistes et des politiciens étaient conscients de l’importance de leurs attitudes et de leurs comportements face aux questions publiques et agissaient en conséquence c.à.d en ne perdant jamais de vue l’intérêt public une grande parties de nos problèmes trouveraient rapidement des solutions, le cynisme et la morosité actuels feraient place à l’optimisme et à la fièreté et en prime nous serions probablement donnés en exemple à suivre à travers le monde.

Je ne voudrais pour rien au monde voir par exemple des élections au Québec se dérouler comme ça se passe présentement aux USA : pas de limite sur les budgets des campagnes électorales, aucune restriction non plus sur leurs provenances, pas de réels débats sur les idées on met plutôt l’accent sur les slogans bidons et la pub négative, les médias jouent le jeu, les citoyens se font remplir et au us fort la poche le pouvoir !

@ François I
Votre suggestion de réduire au strict minimum les interventions de l’État et de laisser le maximum de place aux entreprises privées (la philosophie du gouv Harper ) nous mène droit dans le mur, les crises financières cycliques et à l’échelle de la planète en sont de beaux exemples. Ça n’enlève pas l’importance et la nécessité de faire jouer la concurrence, mais lorsqu’il est question de services publics, un État qui se respecte et qui joue pleinement son rôle met un minimum de balises et les fait respecter pour précisément protéger l’intérêt public.

@ C.Lafontaine (# 2):

« Ça n’enlève pas l’importance et la nécessité de faire jouer la concurrence, mais lorsqu’il est question de services publics, un État qui se respecte et qui joue pleinement son rôle met un minimum de balises et les fait respecter pour précisément protéger l’intérêt public. » (sic)

C’est précisément ce que j’écrivais.

En quoi l’intérêt public est-il « protégé » avec les monopoles étatiques tels qu’Hydro-Québec? La SAQ? La SAAQ? Plusieurs ponts et routes? Les hôpitaux? Les écoles? Et tutti quanti?

Oui, l’État a un rôle à jouer dans la protection et la sécurité publique, la justice et jusqu’à un certain point, dans l’éducation et la santé quoique… Mais au Québec, on a depuis longtemps dépassé la mesure et les trop lourdes taxes et les impôts abusifs ne sont même plus suffisants pour payer l’épicerie. L’État est tentaculaire, obèse, inefficace et corruptible et les exemples
sont légion.

Je répète, LA solution est de réduire le rôle de l’État et ainsi réduire sa sensibilité et les possibilités d’être corrompu.

@ François I
Je vois et c’est clair vous avez une vision et vous êtes convaincu que c’est la bonne soit de mettre l’État sur la voie d’évitement le plus possible sous prétexte qu’elle est généralement inefficace par rapport aux secteurs privés et corruptible en plus.

À défaut de pouvoir aller complètement et directement dans cette direction là le Gouv Charest au cours de ses 9 années au pouvoir a pris cette voie là aussi souvent qu’il a pu (il a je crois la même vision que vous), ils ont tenté de mettre de l’avant plusieurs projets en PPP, dû reculer pour l’essentiel parce que plus on découvrait ce que ça impliquait et ce que ça coûtait réellement à long terme plus on découvrait qu’il n’y avait pas d’économie à faire là (des échos de l’Angleterre pionnière en la matière allaient dans le même sens), très grossièrement l’approche consiste à créer pour l’entreprise privé des opportunités d’investissement avec rendement garanti et bien très bien rémunéré (j’appelle ça du déroulement de tapis rouge aux investisseurs souvent étrangers), ils n’attendent que le OK par exemple de prendre en PPP la réfection des réseaux d’aqueduc et d’égoût des grandes villes, le CHUM et le CUSUM sont en cours de réalisation en PPP (orchestré par l’ancien ministre Couillard) est-ce que vous trouvez toujours la formule rassurante ?

Quant à notre H.Q imaginez deux minute le Québec sans le contrôle et les retombées économiques de ce secteur de nos ressources naturelles, sans la détermination d’un René Lévesque nous serions encore exploité par des Shawinigan water & power et je n’ose imaginer le genre de service que nous aurions et le prix que paierions, c’est certain que cette compagnie et ses actionnaires seraient malgré ça très très prospère (se dirait très efficace). À travers le monde les pays ont été et sont encore colonisés pour leurs ressources naturelles, il serait déplorable qu’on ne contrôle pas encore les nôtres.

La SAAQ c’est un peu comme la RRQ, c’est clair, ce sont des services publics qui nous reviennent beaucoup moins chers que de se laisser tomber dans les bras du privé, c’est indiscutable; mais c’est vrai que ce serait encore de très belles opportunités d’affaires pour le privé, nous avons fait un choix collectif.

Avec la SAQ on s’éloigne un peu de ces principes de base, l’État est là un peu par défaut, par opportuniste et c’est une autre vache à lait pour le Québec, elle a peut-être ses défauts mais elle nous sert bien, une multitude de petites SAQ privées feraient elles mieux pour nous ?

Ça ne veut pas dire que l’État doit se pointer et contrôler et/ou nationaliser tout ce qui est payant, mais lorsque c’est dans l’intérêt public de le faire, oui.

Nous avons un différend parce que nous avons des visions différentes du rôle de l’État dans notre société.

Effectivement, M.Lévesque a mis en place des jalons, fournis des outils pour redonner un sens à l’action politique, dans son sens noble du terme, soit d’agir au nom et pour le peuple. Il aurait certainement aimer faire plus, aller encore plus loin, alors qu’il a compris un moment donné, que le peuple n’a pas la capacité d’avancer au rythme qu’il souhaitait.

Son principal héritage est d’avoir donné cet espoir d’une façon de faire de la politique autrement. Il a amorcé des changements qui malheureusement n’ont pas autant inspiré les chefs qui lui ont succédé. Il a aussi démystifié, rendu accessible le discours de la chose publique et par le fait même démocratiser son impact sur le quotidien.

Cela fait grand bien, de retrouver cet homme qui a marqué mon adolescence. Il m’a donné le goût à l’implication citoyenne que j’ai aussi transmis à mes enfants.

Comme l’histoire continue, disons nous à une prochaine fois. Dans l’intervalle, battons nous pour perpétuer cet héritage d’une pratique véritable de la politique. Honnêteté,intégrité et compétence, tels devraient être les motivations de base de l’élu.

François 1 a le dont de se mettre les deux pieds dans la bouche, jusqu’aux genoux en plus.

Selon son principe de gouvernance, c’est en réduisant le nombre de policiers qu’on devrait réduire les infractions au code de la route. C’est également selon lui en réduisant les employés qui contrôlent les déclarations d’impôts que le nombre de fraudeurs fiscaux diminueront.

La pensée de cette personne provocatrice s’apparente au néolibéralisme libertarien qui ne prône ni plus ni moins que le retour à la loi de la jungle.

L’histoire économique du XXième siècle montre clairement que ce sont outrancièrement les plus riches, ce triste 1 %, qui se sont outrageusement enrichis et que c’est la classe moyenne qui a été le plus grande perdante. Et c’est le tatcherisme auquel a adhéré les USA de Reagan qui en a été le plus formidable accélérateur.

François 1 préfère que ce soit les grands spéculateurs qui mettent la main sur les milliards de profits d’Hydro-Québec, la SAQ etc.
Elle est belle sa conscience sociale. Comparées à celles de René Lévesque, ses valeurs sociales sont aussi évoluées que celles des sangsues collées à la peau.

«La bêtise est infiniment plus fascinante que l’intelligence. L’intelligence, elle, a des limites, tandis que la bêtise n’en a pas.»
[Claude CHABROL]

Monsieur Laurin a trouvé je pense ce qui résume le mieux l’impact du passage de René Lévesque en politique québécoise : » il a donné un sens à l’action politique « , si on ne perd pas de vue que cette action doit toujours être faite dans le meilleur intérêt des citoyens, qu’elle doit avoir pour but d’améliorer leur sort avec le temps et non le contraire.

J’ai toujours perçu René Lévesque un peu comme un missionnaire constamment à la recherche de l’intérêt public, c’était un incorruptible plusieurs en ont témoigné; ce passionné avait autant à coeur de faire avancer ses auditeurs avec l’information qu’il nous livrait / la formation qu’il faisait indirectement à ses Points de Mire, que de faire avancer le Québec au sens large lorsqu’il était en politique, bien sûr avec les membres de ses équipes.

René Lévesque avait une vision du développement à long terme du Québec qu’il savait nous communiquer et jamais (moi en tout cas) on pouvait en douter, il était intègre il l’avait démontré, on ne se demandait jamais s’il avait un agenda caché !! La langue de bois ce n’était pas fait pour lui. On ne se demandait pas non plus si nous pouvions lui faire confiance ! Je n’alignerai pas de noms de politiciens qui ne méritaient pas notre confiance parce qu’il était douteux qu’ils travaillaient vraiment dans l’intérêt des collectivités qu’ils représentaient.

Il y en a eu d’autres missionnaires comme René Lévesque et il y en aura d’autre j’espère (plusieurs ont du potentiel), mais Lévesque aura été un des plus grand et un chef de file.

J’ai rencontré et travaillé avec René Lévesque, le politicien. Je n’étais pas d’accord avec lui, et pas pour les raisons que la plupart de vos lecteurs pourraient croire…

C’est vrai qu’une partie du blâme revient aux journalistes, dont certains traitent trop la politique comme un jeu. Selon moi René Lévesque fut un bien meilleur journaliste que politicien. Il était candide, honnête. Il exposait les faits, il ne les embellissait pas pour se faire du capital politique. Les gens l’aimaient parce qu’il ne leur mentait pas. Trudeau était pareil, et ils furent tous les deux aussi populaire l’un que l’autre, et en même temps, pour les mêmes raisons : on connaissait le fond de leur pensée parce qu’ils ne nous prenaient pas pour des valises. Dans une société de millions de gens, c’est inévitable qu’il y a une grande variété d’opinions. On n’a pas besoin d’être d’accord avec un politicien pour le respecter.

@ C.Lafontaine (# 5) & @ Denis Drouin (# 6):

Nous avons effectivement de profondes différences de points de vue sur le rôle de l’État et des libertés individuelles dans nos vies.

Elles sont, je crois irréconciliables.

À l’époque où j’étais jeune et naïf, je partageais votre point de vue mais à un moment de ma vie, le temps et la sagesse aidant, j’ai commencé à m’interroger sur les libertés (l’argent!) qui m’étaient arrachées au goutte à goutte par les politiciens et leur horde de fonctionnaires (avec leurs privilèges et avantages scandaleux et hors de nos moyens!!!) qui avaient en plus le culot d’appeler ces vols un « choix de société » alors qu’en fait, ce n’étaient que des choix de petits groupes de pression ou de politiciens qui étaient pour la plupart illettrés économiquement mais qui utilisaient MON argent pour acheter des votes plutôt que d’agir en bons pères de famille avec celui-ci. Et ça m’a toujours fasciné de voir des gens, gauchistes pour la plupart, vouloir a tout prix que nous transférions encore PLUS de nos libertés à ces corrompus, eux que nous considérons tous, sondage après sondage, comme aussi crédibles que des « vendeurs de chars de seconde main »..

L’État est devenu tellement lourd, inefficace et tentaculaire qu’il se suffit à lui-même.

Vous favorisez l’étatisme sauvage? Le Big Brother (le socialisme n’a d’autre choix que de centraliser)? C’est votre choix.

Pour ma part, j’opte pour la LIBERTÉ de choix et la responsabilité individuelle qui l’accompagne. Je crois en l’individu mature, adulte et intelligent plutôt qu’en un système débilitant qui le déresponsabilise et l’infantilise.

Les plus populaires