L’autre Robinson

«Débordant d’optimisme, Claude Robinson voit dans sa réussite la preuve que le système judiciaire est accessible. Il dit tout haut ce qu’il ne pense pas tout bas, car il ne veut pas décourager des citoyens qui se sentent lésés de faire valoir leur point devant les tribunaux», dit le blogueur Brian Myles.

De mémoire de journaliste, je n’ai jamais vu Claude Robinson aussi enjoué que lundi matin, lors d’une conférence de presse atypique au cours de laquelle il a pris le crachoir presque sans interruption pendant 45 minutes.

Claude Robinson a trouvé, grâce à l’arrêt unanime de la Cour suprême en sa faveur, «une sérénité et une quiétude» comme il n’en avait pas connu depuis près de 20 ans. Même si sa santé reste hypothéquée par ce trop long litige, il s’agit d’un gain inespéré.

Cet homme traîné dans la boue et traité de fou par ses adversaires a retrouvé la joie de vivre. C’est le plus beau pied de nez qu’il pouvait faire au principal architecte de ses malheurs, le producteur Ronald Weinberg, qu’il a dépeint comme «un bandit» d’une mauvaise foi inégalée.

Claude Robinson a affronté des multinationales : Cinar, Ravensburger et France-Animation. Il s’est frotté à deux producteurs qui étaient les enfants chéris du Canada inc., Ronald Weinberg et feu Micheline Charest. Un couple qui cultivait ses amitiés et ses contacts dans les plus hauts rangs du Parti libéral du Canada. En 1996, lorsque Claude Robinson a crié au plagiat, leur parole valait bien plus que la sienne.

Pour seule arme, Claude Robinson avait la vérité. Le «petit bonhomme» à l’écran dans les aventures de Robinson Sucroé, c’était lui ! Le concept, les personnages principaux et secondaires, encore lui !

Trois tribunaux ont conclu sans l’ombre d’un doute qu’il avait été victime de plagiat. La Cour suprême lui a accordé 4,4 millions de dollars, une somme qui grimpe à huit millions avec les intérêts et les frais d’avocats. Et surtout, le plus haut tribunal du pays a raffermi la protection dont bénéficieront désormais tous les créateurs, lorsqu’ils présenteront des projets en développement à des producteurs.

Les affairistes ne pourront plus s’approprier aussi facilement des idées et des concepts imaginés par les créateurs. C’est déjà beaucoup.

Claude Robinson, débordant d’optimisme, voit dans sa réussite la preuve que le système judiciaire est accessible. Il dit tout haut ce qu’il ne pense pas tout bas, car il ne veut pas décourager des citoyens qui se sentent lésés de faire valoir leur point devant les tribunaux.

Mais quand on regarde froidement l’affaire Robinson, on y trouve toutes les tares du système judiciaire.

Des individus ou des entreprises malintentionnés, aux poches profondes, peuvent épuiser un requérant avec la complicité tacite de leurs avocats.

Si Claude Robinson n’avait pas bénéficié d’une entente spéciale avec son cabinet et de la générosité du public, il aurait dû rendre les armes avant la fin du XXe siècle. Ses frais d’avocats, toujours impayés, grimpent à quelque trois millions. Il faut un mélange de folie, d’entêtement et de droiture pour entreprendre un combat comme le sien. Qui en aurait le courage ?

Le monde judiciaire doit tirer des leçons de l’affaire Robinson. Les ministres de la Justice, le Barreau, les juges en chef doivent en faire plus pour protéger les simples citoyens qui n’ont pas les moyens de se défendre à armes égales contre les puissants de ce monde. Les acteurs du système judiciaire ne doivent plus tolérer que l’argent, les arguties et les délais se mettent en travers de la justice.

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