Le 1er novembre 1987, le temps s’est arrêté…

Photo : Jacques Nadeau ©

Il y a de ces vies qui marquent des nations entières. Pour le meilleur.

René Lévesque en fait partie.

Impossible, par contre, de faire ici le tour d’une carrière politique aussi riche et longue que la sienne – avec ses hauts et ses bas.

Cette marque, devenue indélébile depuis, elle s’est révélée au grand jour, le 1er novembre 1987, au moment où des millions de Québécois ont appris qu’il était mort d’une crise cardiaque à 65 ans.

Pendant des jours, des milliers de gens ont défilé devant sa dépouille, placée en chapelle ardente dans le hall majestueux de l’ancien Palais de justice.

Après avoir fait la file dans les rues du Vieux Montréal, parfois même pendant des heures, hommes, femmes, enfants, jeunes et vieux, sont venus lui rendre hommage, un à un, dans le silence et les larmes refoulées.

Je m’en souviens comme si c’était hier.

Arrivée devant le cercueil, le temps s’est arrêté.

À la vitesse de l’éclair, ont défilé dans ma tête les 27 derniers années de l’avènement de ce Québec «moderne» auquel René Lévesque, aux côtés d’une brochette de bâtisseurs exceptionnels, avait tant contribué.

Puis, sortant de l’édifice, j’ai observé attentivement cette mer de monde. Chacun attendait patiemment son tour pour venir voir «son» René.

Frappée par la puissance de l’émotion et de la reconnaissance qui montaient spontanément de cette foule, l’impression était celle d’un peuple tout à coup orphelin.

Le moment était unique. Insaisissable.

Aujourd’hui, 25 ans plus tard, le temps n’a rien enlevé à la force de ces émotions, à la puissance de ce moment.

25 ans plus tard, le temps et le recul qu’il offre ont permis de mieux décanter l’ensemble et la complexité de son œuvre politique. De son héritage. Pusieurs colloques et ouvrages majeurs sur la vie de René Lévesque – dont les brillants quatre tomes de Pierre Godin. – y ont grandement contribué.

Pour ma part, je retiens de René Lévesque beaucoup, dont ces quelques éléments essentiels.

Les deux René Lévesque

Après une carrière fructueuse et innovatrice en journalisme, on pourrait dire que dans cette bête politique complexe qu’était devenu cet homme, il y avait plusieurs René Lévesque … Métaphoriquement parlant.

Le premier est apparu en 1960.

Recrue-vedette de l’«équipe du tonnerre», il réussirait à convaincre son propre premier ministre, Jean Lesage, et la majorité des Québécois par la suite, qu’il était temps de nationaliser l’hydro-électricité.

Représentation concrète du «Maîtres chez-nous» de Lesage et pilier central du nationalisme québécois moderne – de cette Révolution dite tranquille -, la décision de nationaliser plutôt que de se contenter de redevances des compagnies privées passerait aujourd’hui dans certains milieux pour du communisme pur. Et pourtant…

Un second René Lévesque, parfois plus ambigu, s’est révélé dans le bouillonnement de sa démission du PLQ, suivie de la création en 1967 du Mouvement souveraineté-association – le MSA.

Puis encore, en 1968, avec la publication de son manifeste «Option Québec» et la naissance du Parti québécois, produit de la fusion du MSA et du Ralliement national, suivi de la dissolution du RIN – le Rassemblement pour l’indépendance nationale de Pierre Bourgault et André d’Allemagne -, dont les membres étaient libres de se joindre au PQ.

Or, cette dissolution du RIN, l’accession à la direction du PQ par René Lévesque et la marginalisation qui s’en est suivie de Pierre Bourgault, forgeraient pour longtemps le mouvement souverainiste.

Était né un mouvement de coalition qui serait souvent tiraillé entre ce qu’on appelle la vision lévesquiste de la souveraineté (celle d’un Québec souverain ou autonome associé au Canada) et la vision riniste (celle d’un Québec pleinement indépendant).

Au fil des ans, le fossé entre René Lévesque et Pierre Bourgault deviendrait d’ailleurs abyssal, personnellement et politiquement.

On salue aujourd’hui le grand démocrate qu’était René Lévesque parce qu’il voulait faire la souveraineté par référendum. Et démocrate, il le fut en effet sous bien d’autres aspects.

Ce qu’on oublie souvent, par contre, est qu’à la fondation du PQ, le programme prévoyait plutôt une souveraineté par voie d’élection référendaire. Traduction: si élu et majoritaire, un gouvernement péquiste aurait eu le mandat d’enclencher la création d’un Québec souverain.

Or, en même temps, la position de René Lévesque restait celle d’un Québec souverain associé au Canada. Tout une quadrature du cercle.

Ce ne sera qu’avec l’arrivée de Claude Morin au PQ dans les années 70 – un personnage trouble dont il fut révélé en mai 1992 qu’il avait été un informateur payé de la GRC -, que M. Lévesque s’est laissé convaincre par celui-ci qu’un référendum (en fait, deux) était dorénavant nécessaire.

Et ce, non pas pour «faire» l’indépendance, mais pour «négocier» avec le Canada une nouvelle entente dite d’égal à égal. C’était l’«étape» d’un premier référendum, si gagné.

Ensuite, du moins en théorie, une fois «négociée», cette «entente» devait être approuvée, ou non, par les Québécois dans une deuxième «étape» – celle d’un second référendum.

Une vaste commande ouverte à tous les dérapages possibles entre le premier et le deuxième référendum.

Cet étapisme, c’était cette très longue question posée au référendum du 20 mai 1980 :

 

Le gouvernement du Québec a fait connaître sa proposition d’en arriver, avec le reste du Canada, à une nouvelle entente fondée sur le principe de l’égalité des peuples : cette entente permettrait au Québec d’acquérir le pouvoir exclusif de faire ses lois, de percevoir ses impôts et d’établir ses relations extérieures, ce qui est la souveraineté et, en même temps, de maintenir avec le Canada une association économique comportant l’utilisation de la même monnaie; aucun changement de statut politique résultant de ces négociations ne sera réalisé sans l’accord de la population lors d’un autre référendum; en conséquence, accordez-vous au gouvernement du Québec le mandat de négocier l’entente proposée entre le Québec et le Canada?

Cette formule «étapiste» avait certes le vernis de la démocratie – ce qui avait attiré René Lévesque. Mais en fait, elle était un véritable guet-apens politique.

Non seulement les dirigeants souverainistes devaient gagner un premier référendum, mais ils devaient ensuite tenter de négocier une entente avec un «partenaire» politique, le fédéral et les autres provinces, qui auraient alors eu tout le loisir et intérêt à faire dérailler le processus.

Bref, même s’il avait gagné le premier référendum, René Lévesque ne se serait jamais rendu à un deuxième…

C’est pourquoi en 1995, Jacques Parizeau – lequel s’était opposé à l’étapisme de Morin – tout en acceptant le passage obligé d’un référendum, refusa de rendre la réalisation de la souveraineté conditionnelle, comme en 1980, à la négociation réussie d’un «partenariat» avec le Canada.

En 1995, ce piège politique, Parizeau, tout comme Bourgault, n’en voulait pas, alors que Lucien Bouchard, poussait de son côté la machine pré-référendaire pour un retour à la stratégie des deux référendums.

Bref, même 15 ans après le premier référendum, les deux visions – celles de Lévesque et de Bourgault – s’affrontaient à nouveau au sein du mouvement. Cette fois-ci, à travers Jacques Parizeau et Lucien Bouchard…

Cette ambiguïté amena également René Lévesque à commettre d’autres erreurs tactiques majeures.

Sa décision d’accepter en 1981, sans mandat électoral, d’aller «négocier» le rapatriement de la constitution et la rédaction d’une nouvelle avec Pierre Trudeau – l’adversaire du mouvement souverainiste le plus coriace et le plus habile -, en fut une dont les conséquences politiques sur le Québec se font encore sentir aujourd’hui.

Le troisième tome de Pierre Godin de sa biographie de René Lévesque en fait le récit tragique. Les erreurs de jugement et la confiance mal placée en des gens qui, en bout de piste, le lâcheraient, y abondent.

Idem pour sa décision, en 1984, de prendre le «beau risque» du fédéralisme renouvelé. Celui que promettaient Brian Mulroney et Lucien Bouchard. Et encore une fois, René Lévesque le fit sans mandat électoral.

Ce geste de trop lui coûta la démission de plusieurs de ses meilleurs ministres, dont les Parizeau, Lazure et Laurin. La crise fut dramatique et la cassure, absolue.

Les conflits avec sa base militante la plus indépendantiste – ceux qu’il appelait avec colère les «ayatollah en pantoufles» – furent épiques, destructeurs et démobilisateurs.

Le résultat fut une fin de règne douloureuse pour René Lévesque. Et ce, jusqu’à ce que certains lui montrent carrément la porte.

Certains avancent que les «purs et durs» ont eu sa tête. Or, Pierre Godin, entre autres, apporte quelques bémols intéressants.

Alors que des rumeurs circulaient d’un René Lévesque malade, dépressif, erratique et buvant comme une éponge, le clan Johnson (Pierre-Marc Johnson ambitionnant, comme d’autres, de devenir un jour chef du PQ) s’activait, lui aussi.

Pierre Godin rapporte même les paroles fatidiques d’une des démissionnaires, Denise Leblanc : «Ce n’est pas les orthodoxes qui contestent le leadership de Monsieur Lévesque, ce sont les révisionnistes». Les révisionnistes étant identifiés surtout au clan Johnson.

Mais qui sait, dans les faits, ce qui s’est vraiment passé derrière les portes closes de cette fin difficile de carrière pour René Lévesque.

Humilié, chassé en 1985 de son parti et de son poste de premier ministre, René Lévesque a lentement repris sa vie avec sa femme, Corinne Côté, sa famille et ses amis.

Il a aussi retrouvé sa plume. Heureusement.

Il a signé ses mémoires – «Attendez que je me rappelle». L’ancien journaliste a repris sa chronique dans le Journal de Montréal. On pouvait aussi l’entendre à CKAC.

À TVA, il a produit et animé deux émissions spéciales pour le Sommet de la francophonie, pour lesquelles, apprend-on dans sa biographie de l’Assemblée nationale, il «reçut le Prix du meilleur documentaire international de la Communauté des télévisions francophones».

Inactif, le René Lévesque de la retraite? Ce n’était pas son genre…

Du moins, jusqu’à ce que l’étincelle de son regard nous quitte en 1987.

Le René Lévesque premier ministre

Le second René Lévesque est apparu en 1976, le 15 novembre, sous les traits d’un nouveau premier ministre.

S’il était moins bon stratège comme chef du mouvement souverainiste, il allait s’avérer être un des très grands premiers ministres de l’histoire du Québec.

Dans son premier mandat, le «bon gouvernement» qu’il avait promis n’était pas une formule creuse. Ce fut, en effet, un gouvernement d’une qualité exceptionnelle.

Comme celui de Jean Lesage, dont il avait fait partie, son gouvernement fut celui de l’action et des décisions audacieuses, souvent dans l’objectif d’une plus grande justice sociale et d’un développement économique conséquent.

Dans tous les domaines, ou presque, ces deux préoccupations ont dominé.

Son équipe de ministres était aussi solide que celle de Jean Lesage, sinon plus encore.

Les Jacques Parizeau, Denis Lazure, Camille Laurin, et la presque totalité du conseil des ministres était faite d’hommes et de femmes à l’intelligence et à l’intellect redoutables.

Fait inusité de nos jours: ces ministres ne parlaient pas en mode «cassette».

On le sait peu aujourd’hui, mais ces hommes et ces femmes étaient aussi pour la plupart dotés d’une formation universitaire supérieure, d’une culture aussi québécoise qu’universelle. Plusieurs parlaient deux langues ou trois et avaient étudié et/ou voyagé de par le monde.

Ils incarnaient l’antithèse de ce présumé «repli sur soi» dont certains parlent tant de nos jours…

Croulant sous les révélations fracassantes de la commission Charbonneau, on se souvient surtout maintenant de la grande intégrité que René Lévesque et son équipe avaient insufflé à la gouvernance de l’État. Notamment avec sa loi sur le financement des partis politiques.

Comme quoi, contrairement à un mythe qui s’installe de plus en plus, les gens aux moyens financiers plus modestes comme l’était René Lévesque ne sont pas plus «corruptibles» parce qu’ils ne sont pas indépendants de fortune… Ou vice-versa.

Parfois même à son corps défendant – comme pour la Loi 101 de Camille Laurin, un chef-d’oeuvre de législation -, il a présidé à une kyrielle de réformes majeures.

Pour livrer la marchandise, lui et son équipe ont eu le courage d’affronter de multiples controverses, des débats de société très durs et très polarisants, sans oublier le chantage économique du milieu des affaires, de même que les accusations constantes de xénophobie, de racisme et d’anglophobie lancées par les leaders et les médias anglo-québécois et canadiens-anglais.

Bref, ils n’ont pas «géré» à la petite semaine, en craignant la moindre controverse, ils ont gouverné.

Et ils ont fort bien gouverné. Pas toujours, mais souvent…

L’homme fut un grand premier ministre.

Mais pour bien des Québécois ayant eu la chance de vivre cette époque, ce qu’ils gardent surtout de René Lévesque est ce sentiment de fierté qu’il avait su inculquer, par l’exemple et l’action, à ce peuple de locataires.

Son érudition et sa maîtrise impeccable de la langue française ont aussi fait œuvre d’exemple. Le tout, en demeurant d’une grande proximité avec ce qu’on appelle le «vrai monde» – celui qu’on ne croise jamais dans les grands salons ou les coulisses du pouvoir.

Félix Leclerc a écrit ceci pour la pierre tombale de René Lévesque :

La première page de la vraie belle histoire du Québec vient de se terminer… Dorénavant, il fait partie de la courte liste des libérateurs de peuple.

En effet.

Or, la libération est un processus complexe, long, et semé d’obstacles. Il arrive même parfois qu’il n’aboutisse jamais.

En 1985, l’ex-fondateur et penseur du RIN, André d’Allemagne le reconnaissait lui-même d’emblée en entrevue. Disant toujours espérer l’indépendance du Québec, il faisait simplement le constat à l’effet qu’elle pourrait aussi ne jamais se faire. «L’histoire est capricieuse», laissa-t-il tomber…

À défaut d’avoir libéré le Québec, René Lévesque aura puissamment contribué à libérer bien des Québécois dans leur tête. À les rendre libres d’être fiers de ce qu’ils sont devenus.

René Lévesque n’est pas une icône. Il était un homme profondément imparfait.

Il fut néanmoins un grand premier ministre, intègre et dévoué, doublé, par contre, d’un stratège souverainiste nettement plus chancelant.

Il aura beaucoup aimé le Québec. Et contrairement à d’autres, il aura aussi aimé ceux et celles qui l’habitent. Il n’était pas de cette école du mépris pratiquée par un Pierre Trudeau.

C’est pour tout cela, pour l’ensemble de son œuvre, que tant de Québécois ont été secoués jusque dans leurs tripes en apprenant la mort de René Lévesque.

Elle vient de là, cette émotion qui, après sa mort, montait spontanément des foules qui se déplaçaient et attendaient patiemment pour aller lui dire un dernier «merci».

***

Quelques suggestions de lecture, pour terminer :

– Évidemment, les quatre tomes de Pierre Godin sur René Lévesque, parus chez Boréal.

– La magnifique biographie de Pierre Bourgault – «Bourgault» – signée Jean-François Nadeau et parue chez Lux.

– «Une idée qui somnolait» d’André d’Allemagne, réédité chez Comeau & Nadeau.

– On peut aussi voir ici M. d’Allemagne, décédé en 2001, dans une rare entrevue.

–  La biographie de Jacques Parizeau en trois volumes signé par l’ex-journaliste Pierre Duchesne chez Québec-Amérique est également un «must».

Et tant d’autres encore….

– Dans cette vidéo, par exemple, on peut voir une entrevue tout à fait fascinante de René Lévesque en anglais à l’occasion de la sortie de ses mémoires. Patient, comme ça se peut pas…

Et sans oublier ceci :

– Le livrel de l‘Actualité sur René Lévesque

– Le dossier que lui consacre Le Devoir.

– Le billet de mon collègue Alec Castonguay.

***

Et vous, que retenez-vous de René Lévesque?

Si vous étiez nés, que faisiez-vous, ces premiers jours de novembre 1987?

Qu’avez-vous vécu?

Quelles sont les réflexions qui vous sont venues ou qui vous viennent 25 ans plus tard?…

 

 

 

Laisser un commentaire

J’ai déjà été dans un atelier sur l’article 1 avec René. Dans une classe au cégep Ahuntsic lors qu’un congrès. Mon Dieu que je l’ai trouvé physiquement pas imposant. Mais il était brillant. Il respectait les anglophones et ne les haïssait pas comme certains bluenecks… je m’ennuie de sa vision.

André d’Allemagne m’a enseigné Politique 101 et 201 au cégep Maisonneuve.

Et si je vous parle de Daniel Pourchot, carte no 3 du RIN, vous savez sûrement qui c’est. Il m’a enseigné aussi.

Je commence à me faire vieille…

M. René Lévesque était contre la simple souveraineté du Québec, son indépendance totale ou sa séparation du Canada, contrairement à Messieurs Parizeau, Michaud, Aussant et aux Caribous qui veulent encore se jeter rapidement dans la séparation du Québec, malgré la forte minorité de séparatistes québécois.

M. Lévesque a été lâché par les Parizeau et Laurin à cause de ce qui précède. M. Lévesque, contre M. Laurin, ne souhaitait pas la loi 101, il aurait préféré se contenter de convaincre, pour faire la place au français, à la place de forcer le français par cette loi 101.

La dollar à adopter, dans un Québec souverain, a été le talon d’Achille des souverainistes, ce qui a retenu M. Robert Bourassa dans les rangs fédéralistes. Ça devrait être aussi le talon d’Achille de la séparation de l’Écosse, dont le référendum est prévu pour 2014, qui devrait changer de la Livre à l’Euro, si elle quittait l’Angleterre. L’Écosse ne pourrait plus imprimer ses propres billets de banque, comme elle est autorisée à le faire maintenant, comme partie du Royaume-Uni.

J’ai pleuré! Ma première session au cégep à 17 ans, J,ai passé la journée du lundi à regarder une télé 20 pouces installée au milieu du centre social du cégep de Chicoutimi nous présentant soit des reportages sur les faits d’armes de René Lévesque, soit des émissions spéciales à la télé en rapport avec sa disparition.

Et aujourd’hui, 25 ans plus tard, mon aîné commence son cégep vers un avenir que je lui souhaite grandiose!

Bonjour Me Legault, je voudrais vous dire que je trouve vos articles d’une rectitude qui me donne un tel plaisir à vous lire. Je vous fait un petit aveux, tous les jours j’espère un nouveau papier de votre part sans vous paraître têteuse j’aime vraiment votre plume. Pour revenir à l’année 1987, ces années là ont été marquantes pour moi. Je suis Gaspésienne, née en 1953, d’une famille de 12 enfants, je suis la quatrième. Je me rappelle très bien lorsque ma soeur et mes deux frères ont dû arrêter l’école parce que mes parents n’avaient plus l’argent pour qu’ils puissent continuer les études. Mon frère pleurait lorsque cela est arrivé il avait le potentiel pour les études supérieures mais il a dû partir pour gagner sa vie et bien sûr mon tour est venu pour la même raison. Je vous raconte cela parce que lorsque les prêts et bourses sont arrivés, j’ai commencé à réaliser la chance que les plus jeunes avaient de pouvoir continuer l’école comme on le disait chez nous. Juste avant que mon fils commence sa première année, monoparentale j’ai décidé de retourner à l’école, j’avais une dixième année même pas terminée. J’ai terminé le secondaire le soir et je me suis inscrite au CEGEP de la Gaspésie et a ce moment là, j’étais la première a y arrivé en tant qu’adulte le directeur ne voulais absolument pas m’accepter, le député s’en est mêlé et il m’a accueilli avec un coup de point sur son bureau, aujourd’hui je m’en rappelle encore comme si c’était hier. J’ai donc fait une année au CEGEP et mes notes étant élévées, je suis passée à l’université. J’y suis restée quatre ans à temps plein et mon fils était en pension chez ma mère et moi dans l’Outaouais. J’ai réussi à décrocher un baccalauréat et un certificat grâce aux prêts et bourses. Ma soeur l’aînée a suivi, elle est retounée aux études avec une dixième année, deux enfants, elle est devenue prof. d’anglais. Et mon fils est en post doctorat à San Diego comme chercheur en neuro science. Alors ces années là ont été marquantes pour moi et j’étais déjà très sensible à la politique aussi M. Lévesque avec son équipe a, à ce moment là complètement changé la vision du Québec sur l’importance de l’éducation et de pouvoir continuer les études en ayant accès aux prêts et bourses. Mon fils a d’ailleurs gagner plusieurs bourses d’études pour l’excellence de ses travaux. Cà change des vies ça Me. Legault.

Excellent article, Madame Legault. À lire et à faire lire. Vous dissipez ici, à propos de René Lévesque, un bon nombre de mythes ou de légendes urbaines que ses adversaires nourrissent désespérément.

Pour ma part, le 1er novembre 1987, c’est à la radio que j’ai appris par hasard le décès de M. Lévesque. Je m’intéressais peu à la politique à cette époque-là mais, compte tenu des réactions suscitées dans l’ensemble, je pouvais d’ores et déjà percevoir qu’un monument de la politique québécoise venait de nous quitter.

Votre article est tres instructif pour certains d’entre nous qui non pas connu la personne. Cependant, j’ai trois questions pour vous.

1. le sentiment que vous eprouves, est il pour l’ensemble de tous les quebecois ou juste pour les souverainistes ?

2. Supposons qu’il avait decide d’avoir un mandant avand d’aller nogocier, qu’arriverait-il s’il n’a pas un mandat fort et clair ? Ne serait-il pas fragiliser ? et ce qui l’accuse de ne pas solliciter un mandant, diront, qu’il n’aurait pas du ?

3. Il me semble qu’il connait bien les quebecois pour penser qu’ils n’accepteraient pas un changement radical. C’est pour ca qu’il prefere l’association. Qu’en pensez-vous.

Merci

En 76, Lévesque avait réussi à rassembler autour de lui la plus brillante équipe d’intellectuels, de créatifs, de réformateurs et de diplômés universitaires qu’on a vue en Amérique du nord. Il n’y a peut-être que l’équipe de John F. Kennedy qui peut lui être comparée. C’est le PQ de 76 qui a complété la révolution tranquille. La SAAQ, le zonage agricole, la création des ZEC et tant d’autres mesures adoptés pendant ce premier mandat constituent encore le ciment de notre société actuelle.

Pour moi, la seule fois où j’ai eu la chance de le croiser, c’est au 7e congrès national du PQ, de mémoire, en 1978. Quelle prestance, quel carisme. Je me souviendrai toujours de ces débats, en plénière, où on enculait les mouches et où à la fin, alors qu’il sortait de sa poche, un texte de quelques mots rédigé sur un paquet de cigarettes,il dénoncait l’angélisme et la limitation de droits.Pas un mot, un silence digne du patriache qui sermonne et où on écoute. Ouf l’émotion monte encore..

Pour moi cet homme est l’exemple d’un homme qui a cru et qui s’est investi d’une mission, aussi noble qu’énorme, de donner confiance au peuple, de lui fournir des outils et d’espérer peut-être un jour avoir le courage d’arriver à une indépandance qui lui ressemble.

Il a sacrifié ce qu’il a de plus précieux pour faire avancer son peuple. Il a mis de côté ses amitiés, ses fidèlités et a agit en stratège. Il a permis de montrer les limites du fédéralisme renouvelé et permis de construire Meech et la commission Bélanger Campeau. Il a fait à lui seul, au sein du mouvement souverainiste, cette démonstration et permis cette montée de mouvement qui a culminé au 2e référendum.

Au moment de l’annonce sa mort, j’étais au volant de mon auto et la peine fût si intense que j’ai due m’immobilisé. Il est, pour moi, une espèce d’icone,un model d’homme politique qui fait grandir et qui donne confiance.

Je m’inspire encore aujourd’hui de sa pensée pour continuer à faire la promotion d’une façon de faire de la politique. Pas à la manière de ce qu’on apprend des révélations faites à la commisssion Charbonneau. Certainement beaucoup plus de celle prôné par Mme Marois, encore que je trouve qu’elle est complaisante et mielleuse.

Quand va-t-on comprendre qu’il faut couper le cordon totalement entre le financement et la pratique de la politique? Quand va-t-on donne ses lettres de noblesse au politique pour qu’il agisse en toute liberté, au nom de l’intérêt de la majorité?

Merci Mme Legault de nous permettre de revivre l’histoire de ce colosse, de ce monument.

M. Lévesque, comme quelques rares politiciens dans l’histoire du Québec, s’est comporté, a été un homme d’état, pas un politicailleur de bas étages.

En effet, il y a eu plusieurs René Lévesque. Seul le dernier, démolit par l’exercice du pouvoir, ses responsabilités, a déçu. On ne s’étendra pas là-dessus. Les autres avatars sont édifiants et méritent le respect. Le Québec doit beaucoup à cet homme intègre et visionnaire.

Je ne répéterai pas ce qui a déjà été dit, cela est inutile. Je dis simplement » Chapeau » M. Lévesque, et merci pour tout. Vous nous manquez.

À la mort de René Lévesque, j’avais 6 ans. Je me souviens très bien que ma professeure de 1er année nous a fait écouter en classe les funérailles de M. Lévesque. Je me souviens aussi qu’elle pleurait. À cette époque, je ne comprenais cependant pas pourquoi. Maintenant, je le sais.

Je commençais mon bacc. en histoire. Ma chum libérale est venue m’apprendre en catastrophe que M. Lévesque était mort, avec les mêmes précautions que si ça avait été mon propre père. Je crois, en y pensant avec le recul, que ce fut sans doute pour moi un catalyseur. J’allais ensuite devenir une militante impliquée…

Nancy Blouin

Dans une perspective historique, René Lévesque est celui qui a été l’acteur principal d’un éveil du peuple québécois vers son affranchissement dans le concert des nations, de la mise d’un pied de l’État québécois hors du carcan colonial rocanado-britannique par son refus d’apposer sa signature à l’acte constitutionnel du Rocanada en 1982.

Ne reste plus qu’à une minorité québécoise elvisbobgrattonienne d’acquérir une certaine maturité politique lui permettant d’assumer les pleines responsabilités de sa propre existence et voir un deuxième pied québécois sortir du statut colonial débilitant rocanado–britannique pour enfin voir le Québec s’ouvrir pleinement sur le monde.

Les séparatistes ont besoin de martyrs et de victimes et René Lévesque en est un tout désigné.

On a tendance à oublier qu’il fut lâchement trahi par les mêmes personnages qui le portent aux nues aujourd’hui…

Bien sûr, il a bien incarné une grande portion des Canadiens-Français de son époque mais il y a eu d’autres personnages avant lui et après lui qui en ont fait tout autant (Duplessis, Bourassa et autres…).

ais René lévesque a PERDU son combat (contre Trudeau et Chrétien en plus…) et les Québécois ont, à deux reprises, pris la même sage décision de refuser d’entrer dans la cage à homards péquiste et de demeurer à l’intérieur de l’un des plus grands et beaux pays de la planète qui fait l’envie de tous.

Il a été UN jalon de l’histoire du Québec. Point.

Quand je pense aux années René Lévesque, il m’arrive souvent de penser également au mythe de la caverne de Platon. En effet, René Lévesque est celui qui a le plus insisté pour nous faire comprendre que c’est en sortant de notre caverne que nous pourrons réellement prendre notre destin en main.

Évidemment, il y en a pour qui affronter trop rapidement la lumière extérieure, le soleil, les aveugle douloureusement. Ceux-là préfèrent souvent ne rien faire de crainte de devoir regarder directement une nouvelle réalité qui les obligera à agir.

René Lévesque a eu ce talent pédagogique de nous faire comprendre qu’il y avait beaucoup de grandeur dans le fait de vouloir prendre notre destinée en main.

Lui et son équipe politique de l’époque ont pour la première fois de notre histoire montré à la société québécoise et au reste du monde que nous avions tous les talents nécessaires pour vivre en égaux auprès de tous les autres pays du monde.

Encore aujourd’hui son message a toute sa pertinence. Il n’a pas vieilli.

«Vivez si m’en croyez, n’attendez à demain.
Cueillez dès aujourd’hui les roses de la vie.»
[Pierre de Ronsard]

» Finalement, c’est Parizeau qui avait raison. »
Parizeau était opposé à l’étapisme à la Claude Morin.
Lévesque, quelques jours avant sa mort, avouait à des proches que Parizeau avait raison.

Encore aujourd’hui je ne suis pas une pure et dure.

Je préfère la façon de faire hyperdémocratique de QS au sujet de l’indépendance.

Alors je ne m’entends ni avec les gnes qui veulent carrément supprimer l’anglais (!), ni avec les purs et durs. Je ne vois pas comment un peuple qui a été opprimé (*regarde vers le Moyen-Orient*…) peut se permettre moralement de vouloir opprimer les autres. Les anglophones d’aujourd’hui ne sont pas responsables du passé. Seulement de leur présent.

M. Ricard écrit : « Finalement, c’est Parizeau qui avait raison.”
Parizeau était opposé à l’étapisme à la Claude Morin.
Lévesque, quelques jours avant sa mort, avouait à des proches que Parizeau avait raison.»

Parizeau avait raison sur quoi et à qui M. Lévesque aurait dit que M. Parizeau avait raison ?

Pourquoi est-ce que M. Parizeau a continué l’étapisme de M. Morin quand il a pris la chefferie du PQ, après avoir délogé M. P.M. Johnson pour manque de foi séparatiste ?

@ Denis Drouin (# 14):

« Lui et son équipe politique de l’époque ont pour la première fois de notre histoire…bla…bla…bla… » (sic)

Je pencherais plutôt pour la formidable équipe Libérale de Jean Lesage et leur Révolution tranquille.

Bonjour,

En vous paraphrasant sur le titre coiffant le billet soit : Le 1er novembre 1987, le temps s’est arrêté et j’ajouterais que depuis ce temps là, la gang de péquistes fait du surplace, tourne en rond et se mord la queue de rage mal contenue. Un péquiste ne peut fonctionner sans boussole. Et maintenant, qu’en est il avec la Cause Nationale ? Est elle partie aussi dans le Ciel qui est Bleu rejoindre son Créateur qui passa l’arme à gauche un 1er de Novembre ou bien elle passa l’arme à gauche elle aussi dans l’oubli total de ses thuriféraires nationalistes de tendance péquiste ? Au plaisir, John Bull.

@ François 1 #19

À la lecture de plusieurs de vos commentaires, vous avez la fâcheuse habitude de mettre des sic (1) à mauvais escient. Votre commentaire #19 est un exemple probant : « “Lui et son équipe politique de l’époque ont pour la première fois de notre histoire…bla…bla…bla…” (sic) ». Dans le commentaire de monsieur Drouin il n’y a pas de bla bla bla, c’est un ajout de votre part, pourtant vous avez mis le (sic), comme si c’était de lui. Vous lui imputer des mots qu’il n’a pas écrit ce qui peut révéler chez vous de la mauvaise foi ou de l’ignorance et même les deux.

1- sic : Se met entre parenthèses après un mot, une expression, pour indiquer que l’on cite textuellement, si bizarre ou incorrect que cela paraisse. (Larousse)

Les plus populaires