Le paradoxe du Bloc québécois

Comment expliquer l’interminable remise en question de la pertinence du parti qui a connu le plus de succès dans l’histoire politique du Québec?

Il convient d’entrée de jeu de saluer Daniel Paillé qui, en prenant les rênes du Bloc il y a deux ans, s’attelait à une tâche difficile et ingrate.

Vous me direz qu’il est difficile de tenir les rênes et de s’atteler en même temps, mais c’est précisément ce que devait accomplir Daniel.

Il aura parcouru la moitié du chemin, maintenant en vie les associations de circonscription, jetant les bases de finances saines, adaptées à une réalité nouvelle. Un travail de l’ombre nécessaire, mais ingrat en politique.

Il s’apprêtait à user des rênes pour établir les orientations de son parti au prochain congrès du Bloc le printemps prochain. Il aura été stoppé dans sa course de fond par la maladie et nous ne pourrons jamais savoir s’il aurait réussi à atteindre son but.

C’est la vie. Pas la vie politique : la vie tout court, qui reprend ses droits et qui continue.

Salut Daniel et merci pour le boulot. Bonne suite et surtout, bonne santé !

La question qui est revenue le plus souvent à la suite de l’annonce de Daniel Paillé concernait l’existence même du Bloc. Cette question existentielle, lancinante, ne se pose pour aucun autre parti politique.

Est-ce que vous entendez les commentateurs s’interroger sur la pertinence de Québec solidaire, un parti qui ne prendra jamais le pouvoir et qui obtient un succès d’estime en remportant deux circonscriptions ? C’est pourtant le sort qu’on réserve au Bloc après qu’il ait obtenu 23 % des voix, alors que le parti de Françoise David n’a jamais réussi à obtenir plus qu’un maigre 6 %.

On nous dira que le Bloc est inutile, car il ne prendra jamais le pouvoir. Est-ce que quelqu’un questionne l’existence du NPD, un parti vieux de plus d’un demi-siècle, qui n’a jamais accédé au pouvoir et qui, si vous voulez mon avis, n’y accèdera jamais non plus ?

D’autres, comme Mario Dumont, avanceront que l’élection de députés du Bloc privera le Québec d’une présence au sein du gouvernement fédéral.

Sauf mon respect pour le fondateur de l’ADQ, le Québec a toujours été représenté au sein du cabinet fédéral, y compris par des premiers ministres québécois (Trudeau, Mulroney, Martin), ce qui n’a jamais empêché Ottawa de piétiner allègrement nos intérêts.

Ce qui est paradoxal, c’est qu’on remet en doute la pertinence du parti qui a connu le plus de succès dans l’histoire politique du Québec. Le Bloc québécois a remporté une majorité de sièges six fois de suite. Quelle autre formation politique peut en dire autant ?

Le moins que l’on puisse dire, c’est que les électeurs québécois, eux, trouvaient ce parti plus que pertinent.

Le Bloc a subi une raclée en 2011. J’en sais quelque chose

Au soir de cette défaite monumentale, le Bloc ne recevait que 23 % des votes. Mais a-t-on bien mesuré ce que ça signifiait? 23 %, c’est deux points de moins que le score obtenu par le NPD en Ontario en 2011, un des meilleurs résultats de son histoire…

Au cours des mêmes élections de 2011, le Parti conservateur a obtenu 16 % et le Parti libéral, un maigre 14 % des voix au Québec. Questionne-t-on l’existence des partis conservateur ou libéral ?

Comment expliquer cette force surprenante du Bloc québécois, même dans la tourmente ?

On pourrait penser que c’est la force des chefs, Lucien Bouchard et Gilles Duceppe. Mais ce serait un peu court. En 1997, malgré une campagne désastreuse, ce dernier a remporté une majorité de sièges.

D’autres diront que le scandale des commandites a permis au Bloc de gagner en 2004, en 2006 et en 2008, mais ça ne tient pas. Rien n’empêchait le NPD ou le Parti conservateur de profiter des déboires libéraux.

Ce qui fait la force du Bloc, c’est autre chose. Ce parti se retrouve dans une position privilégiée, une position de monopole. Aucun autre parti fédéral n’est québécois, d’abord et avant tout.

Or, la vaste majorité des électeurs québécois s’identifient d’abord et avant tout comme Québécois.

Seule formation souverainiste à Ottawa, le Bloc se retrouve là encore en situation de monopole politique. Il y a parmi les souverainistes un bassin potentiel d’électeurs motivés.

D’autant qu’advenant un gouvernement majoritaire du Parti québécois, la question de l’avenir du Québec se reposera avec beaucoup d’acuité. Pour les souverainistes, la perspective d’un nouveau référendum ajoute un surcroit de pertinence au Bloc. Un député souverainiste au parlement fédéral, avec son équipe, ça peut faire une réelle différence sur le terrain. Surtout quand chaque vote compte.

Finalement, quand on regarde attentivement les perspectives électorales de 2015, on voit tout de suite une probabilité que le prochain gouvernement soit minoritaire. Avec un Bloc fort d’une trentaine de députés à Ottawa, le Québec pourrait disposer de la balance du pouvoir.

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Ce que je trouve paradoxal, c’est qu’un parti politique qui n’a d’assises que dans une seule province, puisse envoyer des candidats et avoir des élus à Ottawa. Dans plusieurs pays démocratiques pourtant, dans le monde, on ne permettrait pas cela. Simplement parce que la règle devrait être la même pour tous. Un parti au fédéral devrait être présent partout dans toute la fédération. Si le Bloc avait également des candidats dans plusieurs autres provinces, la donne et la dynamique seraient différentes.

Si on accepte ce genre d’exceptions, il deviendrait la norme dans ce cas qu’il n’y ait plus de partis sur tout le Canada, pour qu’il n’y ait plus alors que des partis provinciaux qui envoient leurs propres députés à Ottawa.

Il est paradoxal dans le cadre d’une confédération qu’on tolère des partis qui ont pour seule fin (théorique) de faire la sécession. Je sais bien que la question n’est pas encore définitivement tranchée au Canada. Si ce n’est qu’il faut la poser : une province-a-t-elle le droit de faire sécession d’avec le Canada et pour se faire ne doit-on pas modifier la Constitution du Canada ? Pourrait-on tolérer qu’une seule province fasse sécession et pas toutes les autres constitutionnellement ? C’est une simple question d’équité et de droit pour tous les citoyens.

Il ne faut pas confondre dans le droit international de ce qui relève du droit des peuples à leur autodétermination, d’une entité juridique et territoriale qu’est une province dans le Canada. Cela signifie en d’autres mots, que s’il devait apparoir qu’une partie de la nation québécoise subisse le joug et l’humiliation du Canada (ce qui reste à établir), elle serait en droit en effet de se regrouper sur une partie du territoire canadien pour y exercer sa propre juridiction protégée par la règle de droit international.

La France notamment ne reconnait pas le statut de « peuple » à des minorités régionales. Pour la bonne et simple raison que son territoire est considéré comme un et indivisible.

Aussi, s’il est indubitable que les partis politiques aient leur place dans le paysage politique d’une démocratie, encore faut-il que tous les partis rament tous dans la même direction quitte à militer pour une réforme en profondeur du Canada. En ce sens, Le Bloc Québécois avait à tout le moins l’avantage de se montrer très ouvert sur le Canada, c’était bien le cas avec Lucien Bouchard, cela l’était dans une bonne mesure avec Gilles Duceppe. Avec Daniel Paillé, je concevais essentiellement que le Bloc était devenu le « Club école » du Parti Québécois. Les sanctions iniques prises à l’encontre de Maria Mourani nous confortent dans cette impression.

Selon moi, le mal est fait et un retour en force du BQ relèverait pareillement du paradoxe également. — Mais la politique n’est-elle par l’art du possible ?

Je vous croyais plus démocrate M. Drouginsky. Vous me décevez énormément. Je n’aurais jamais cru qu’un esprit se disant éclairé tienne ce type de raisonnement. De toute évidence vous faites fi de l’Histoire du Québec et même de celle du Canada.

Mais la connaissez-vous seulement ?

En passant M. Drouginsky, il me semblait que le verbe « apparoir » ne se conjugue que sous la forme « il appert » ; re : http://leconjugueur.lefigaro.fr/conjugaison/verbe/apparoir.html

« La bêtise a ceci de terrible qu’elle peut ressembler à la plus profonde sagesse. »
[Valéry Larbaud]

Et ce NDP fédéraliste centralisateur va nous donner des leçons en droit et liberté???

Et voila ce que les alliés progressifs de QS, le NDP, représente!!!!
Thomas Mulcair, chef NDP, était libéral!
Bob Rae, ex- chef libéral, était NDP!

Lors du vote sur les mesures de guerre en 1970, Il y avait vingt députés NDP au parlement canadian. Tommy Douglas fut le seul à avoir le courage de voter contre et il en a payé le prix politique.

De plus, le NPD a appuyé les libéraux lors du rapatriement de la constitution de Trudeau en 1982 et lors de la loi sur la clarté de Dion récemment!!!!

Le NDP s’est opposé à l’Entente du Lac Meech et trouvait que l’entente de Charlottetown était trop généreuse pour le Québec.

En 2008, le NDP a voté contre le retrait des troupes en Afghanistan en février 2009 et plus récemment, pour le maintien des attaques en Lybie.

En 2013, le NDP a voté pour la motion M-412 (La garantie de prêts à Terre-Neuve pour construire ses lignes hydro-électriques/Projet du Bas-Churchill), contre le Québec.

Est-ce un hasard que quand j’écoute ces Turmel (Boulerice) ou Mulcair (Saganash), j’ai l’impression d’entendre PET…. un demi-siècle plus tard ! « Un non, c’est un oui….. ». Soyons clair ! Le NDP est un parti ultra centralisateur et fédéraliste!!!

TOUT parti socialiste DOIT être centralisateur. le Parti québécois en étant un pétant exemple.

Le dogme bolchévoco-socialiste est basé FONDAMENTALEMENT sur le contrôle du peuple par l’État; donc, il DOIT passer par une forme ou une autre de centralisme fort et omniprésent.

La gauche, c’est l’hypertrophie du Big Brother et rien d’autre.

Et la NSA aux USA, qu’en faites-vous ? Selon vous les USA sont donc l’incarnation de la gauche ? Et l’Allemagne nazi ? Je suppose que c’était un pays conforme au «dogme bolchévoco-socialiste» ?

Vous délirez complètement mon vieux. Vous êtes complètement intoxiqué par votre fumeuse idéologie néo-libérale. Vous êtes en train de sombrer dans le délirium tremens. Bientôt vous verrez des éléphants plats passer sous les portes pour vous attaquer.

«L’idéologie, c’est ce qui pense à votre place.»
[Jean-François Revel]

Alors expliquez-nous Denis comment un parti socialiste, par nature dirigiste, interventionniste, étatiste, égalitaire, moralisateur, et tout le tralala peut fonctionner SANS concentrer ses décisions et ses ordonnances entre les mains de ses rares dirigeants…

Le libertarisme, au contraire du socialisme bolchevique, fait confiance à l’intelligence des individus et les laisse LIBRES de faire les choix qu’ils croient bons pour eux-mêmes et ainsi réprouve toute forme d’interventionnisme de la part des politiciens que nous considérons tous comma aussi crédibles que des vendeurs de chars de seconde main.

J’attends vos explications Denis…

Je vois que vous avez oublié de mentionner que Lucien Bouchard venait du parti conservateur et Jean Charest également. De plus, René Lévesque venait du parti libéral. On se souvient et surtout on souligne ce qui fait notre affaire pour atteindre nos buts…

Prétendre que le Bloc est le parti qui a connu le plus de succès dans l’histoire est de la fabulation pure. Le but avoué du Bloc était de veiller aux intérêts du Québec à l’intérieur du parlement canadien le temps de négocier la souveraineté. La brièveté de son existence serait l’étalon de mesure de son succès. Or après plus de 20 ans avec le Grand Soir plus improbable que jamais, voilà un autre commentateur souverainiste qui trouve le succès là où la défaite cuisante. Encore une fois les souverainistes confondent l’intérêt supérieur du Québec avec celui de leur propre mouvement.

Le Bloc était rendu une espèce de sénat pour souverainistes en quête d’un poste bien rémunéré dont plusieurs membres profitent de bellles pensions fédérales indexées à vie. Quelles furent ses réalisations après 20 ans ? Très difficile d’en énumérer des concrètes, le rôle de vigile en politique est assez ingrat surtout quand on a aucun espoir ni désir de prendre le pouvoir.

Le gouvernement conservateur doit être battu et mis hors d’état de gouverner. Aux prochaines élections fédérales je voterai pour le candidat de ma circonscription en meilleure posture de battre le conservateur –ce qui exclut le Bloc qui ne peut prendre le pouvoir. . C’est la seule chose à faire si on veut montrer la porte au gouvernement Harper: voter NPD ou Libéral.

@Marie,
Stratégie inutile, car c’est précisément ce que les Québécois ont fait aux dernières élections en votant pour le NPD. Résultat: nous avons élu une majorité de députés du NPD, mais les Conservateurs sont néanmoins majoritaires au Parlement. Il n’y a qu’une façon de se débarrasser des Conservateurs et de ceux qui votent pour eux: la souveraineté du Québec. Le Canada a des valeurs de plus en plus différentes de celles des Québécois et il faudrait bien que les Québécois s’en rendent compte un jour. Rester au Canada nous condamne à choisir entre exploiter les ressources pétrolières du Québec et vivre comme une province pauvre, parce que le gouvernement fédéral freine le développement économique d’autres secteurs prometteurs. Un Québec souverain nous permettrait d’investir dans l’économie du futur tandis que qu’aujourd’hui, nos impôts servent à financer l’industrie pétrolière.

Foutaise! Ce n’est pas le gouvernement central qui nous freine mais nous même en favorisant le PQ. Nos valeurs sont les mêmes pour tous les canadiens. Au Québec, on préfère resté assis sur nos richesses minières et pétrolières au lieu de l,’xploter comme le font l’Albertta et Terre-Neuve.

Voter stratégique c’est dangereux. Ça risque de porter au pouvoir un parti qui n’a pas les compétences voulues. Mais si on part du principe que vous êtes une personne éclairée et que vous savez discerner les compétences on peut penser que votre vote sera pour le parti le meilleur. Et si les autres citoyens ont également vos qualités ils devraient en gros arriver aux même conclusion.

Non vraiment je suis tout à fait contre le vote stratégique,Ça risque de mener à la catastrophe et ça ne renforce pas la démocratie.

«Un voilier est plus en sécurité au port mais il n’a pas été construit pour y rester.»
[Dicton populaire]

Aprèsplus de 20 ans de présence à Ottawa et le Bloc n’a pu empêcher le fédéral de pousser encore plus loin la centralisaton des pouvoirs au gouvernement central.Même, dans la courte période où le Bloc détenait la balance du pouvoir, les québécois ont pu réaliser les limites et l’isolement d’un parti provincial comme le Bloc au sein de la députation fédérale.Mais l’aspect le plus négatif , selon moi, fut la présence d’un parti comme le « Bloc Québécois » pendant le référendum de 1995.Nous avons perdu ce référemdum par seulement quelques points de pourcentage.Et cet échec me semble attribuable ,en grande partie,à tous les fédéralistes mous et séparatistes mous qui ont cru que la présence d’un Bloc Québécois à Ottawa les protégeraient des politiques néfastes du Fédéral envers le Québec.Donc, n’ont pas vu l’absolu nécessité de la souveraineté du Québec.Et dans ce sens, la présence du Bloc Québécois est non seulement impertinente mais représente un leurre pour beaucoup d’électeurs québécois.L’indépendance du Québec se
fera au Québec par les québécois!

Mario Dumont n’est pas le fondateur de l’ADQ. Il est membre fondateur, oui, mais le vrai fondateur est Jean Allaire.
D’autre part, le Parti libéral a remporté la majorité des sièges au Québec pendant 17 élections consécutives : 1891, 1896, 1900, 1904, 1908, 1911, 1917, 1921, 1925, 1926, 1930, 1935, 1940, 1945, 1949, 1953 et 1957. Après trois élections où il n’a pas obtenu la majorité des sièges, il a de nouveau remporté la majorité des sièges pour sept élections consécutives : 1963, 1965, 1968, 1972, 1974, 1979 et 1980. Dans son histoire, ce parti a obtenu la majorité des votes en 1896, en 1900, en 1904, en 1908, en 1917, en 1921 (année où il a obtenu 100 % des sièges de la province), en 1926, en 1930, en 1935, en 1940, en 1949, en 1953, en 1957, en 1968, en 1974, en 1979 et en 1980. Ça fait 17 élections où plus de 50 % des bulletins des vote des Québécois allaient à ce parti, chose que le Bloc québécois n’a réussi à faire aucune fois. Le seul autre parti à y être parvenu est le Parti progressiste-conservateur, en 1984 et en 1988, sous Brian Mulroney.
L’élection de 2000 compte-t-elle vraiment dans la « série de six » du Bloc? Oui, il a obtenu 38 sièges sur 75, mais le Parti libéral en avait obtenu 36 et 5 points de pourcentage de plus que le Bloc, qui profitait alors des distorsions crées par le mode de scrutin non proportionnel du Québec.
D’autre part, entre 2000 et 2004, il y a eu un moment où le Bloc comptait moins de députés que le Parti libéral. Bref, le Bloc n’a pas connu autant de succès que vous le prétendez.
Ce que reprochent au Bloc les personnes qui remettent en cause sa pertinence, c’est que ce parti ne DÉSIRE PAS former le gouvernement du Canada, contrairement au NPD (je vous trouve un peu sévère envers ce parti, dont le chef est le politicien le plus populaire du Québec selon Léger Marketing, mais passons). Vous n’avez pas mis le doigt exactement là-dessus. Ça ne veut pas dire pour autant que le Bloc est impertinent, mais ça explique pourquoi plusieurs Québécois ne voteront jamais pour ce parti.

Les Québécois ont très bien saisi l’inutilité du bloc! A part faire elire Harper avec son idée d’un registre des armes a feu en lui donnant les regions, voter pour le bloc c’est enlever des sièges aux seuls vrais partis qui peuvent (eux) prendre le pouvoir et nous débarasser d’Harper.

Et comme l’on si bien expliqué les ténors de la souverainté, les Québecois ne voteront pas pour un parfait inconnu.

Désolé, mais le bloc, c’est terminé! Et pour de bon à part ca.