Le Bloc québécois contrarie les plans du Parti conservateur

En dépassant le Parti conservateur dans les intentions de vote au Québec, le Bloc québécois est en train d’anéantir les chances d’Andrew Scheer de former un gouvernement majoritaire. Et il commence désormais à grappiller le territoire qui semblait acquis aux libéraux. Explications avec Philippe J Fournier.

Photo : La Presse canadienne

Les données présentées dans cet article ont été mises à jour le 9 octobre à 18h45.

Pendant trois mandats majoritaires consécutifs, Jean Chrétien avait devant lui une droite divisée à la Chambre des communes: des progressistes conservateurs (PC) décimés après l’élection de 1993 et le Parti réformiste de l’Ouest canadien.

En 2000, le PC et la défunte Alliance canadienne avaient obtenu un résultat combiné de plus de 38 % des suffrages, mais avaient dû se contenter de seulement 78 sièges sur 301 (66 pour l’Alliance, 12 pour le PC). Au cours de cette décennie de pouvoir libéral, le Bloc avait dominé le Québec en remportant 54 sièges en 1993, 44 sièges en 1997 et 38 sièges en 2000. Puis le PC et l’Alliance canadienne ont fusionné sous une seule bannière avec Stephen Harper comme chef.

Pour les trois élections fédérales de 2004, 2006 et 2008, aucun parti n’a remporté suffisamment de sièges pour obtenir une majorité à Ottawa. À chaque reprise, une forte performance du Bloc au Québec rendait cette tâche presque mathématiquement impossible (54 sièges en 2004, 51 sièges en 2006 et 49 sièges en 2008).

La majorité de Harper en 2011 a eu lieu alors qu’à la fois les libéraux (sous Ignatieff) et le Bloc ont tous deux subi des défaites historiques : seulement 36 sièges d’un océan à l’autre pour le Parti libéral du Canada (PLC) et 4 maigres sièges pour le Bloc dans la province qu’il a dominée pendant près de 20 ans.

En 2015, la majorité de 184 sièges des libéraux de Justin Trudeau est survenue alors que le Bloc ne remportait que 10 des 78 sièges de la province (et un vote qui avait glissé de 23 % en 2011 à seulement 19 %).

Bref, il n’y a jamais eu de gouvernement majoritaire avec à la fois un Bloc québécois dominant et une droite unie au Canada.

* * *

Quel effet pourrait avoir une potentielle remontée du Bloc à Ottawa le 21 octobre prochain ? Voici donc la mise à jour de la projection fédérale Qc125 du 9 octobre 2019. Nous remarquons que le PLC se trouve toujours en tête, mais avec une bien maigre avance d’à peine 30 sièges en moyenne sur le Parti conservateur du Canada (PCC) :


Si un écart moyen de 30 sièges vous semble plutôt important, considérez ceci : les intervalles de confiance (soit l’incertitude du modèle) du PLC et du PCC se croisent considérablement. Quelques points de plus en Ontario pour le PCC et nous serions de retour à la case départ; quelques points de plus pour le Bloc au Québec et la possibilité d’un gouvernement majoritaire, qu’il soit libéral ou conservateur, serait mathématiquement inatteignable.

Nous remarquons aussi que le NPD semble regagner du terrain. Sa moyenne actuelle se situe à 19 sièges, alors qu’il y a seulement deux semaines, elle se trouvait à peine à la barre des 10 sièges.

Voici la projection de sièges au Québec (78 circonscriptions) :


Pour la première fois depuis le début des projections fédérales de Qc125 en 2018, les intervalles de confiances du Bloc et du PLC se croisent quelque peu. Traduction : avec les chiffes actuels, le scénario le plus optimiste pour le Bloc rejoint le scénario le plus pessimiste pour le PLC dans la province.

En dépassant le Parti conservateur dans les intentions de vote au Québec, le Bloc aura non seulement anéanti les chances d’Andrew Scheer de former un gouvernement majoritaire, mais il commence maintenant à grappiller le territoire qui semblait acquis aux libéraux.

Reste à savoir si le dernier débat de la Commission jeudi soir fera bouger l’aiguille pour de bon au Québec. Nous garderons l’oeil sur les chiffres au cours des prochains jours.

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4 commentaires
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Je ne suis pas fan des Conservateurs, pas plus que des Libéraux. Les deux proposent des choses valables et d’autres inacceptables. Mais, du point de vue des intérêts du Québec (et même ceux du Canada à bien des égards), la meilleur combinaison serait d’avoir un gouvernement minoritaire conservateur et la balance du pouvoir au Bloc québécois.

Le parti conservateur est le moins intrusif dans les champs de compétences des provinces et le plus ouvert à satisfaire de nombreuses attentes du Québec. Avec la pression du Bloc comme chien de garde, le PC pourrait répondre positivement aux demandes du Québec en immigration, en culture, etc. (il a ouvert davantage à ce sujet, pas plus tard qu’hier)

Et si le PC est minoritaire, toutes les oppositions réunies (Bloc, Libéral, NPD et Vert) pourraient le faire bouger dans leur direction : le contraindre à améliorer significativement ses plans en environnement, l’empêcher de prendre des mesures sociales rétrogrades, etc.

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Difficile qu’un parti « provincialisme » agisse sur la scène nationale. C’est comme si on avait le Parti de Lavallois sur la scène provinciale!!! Cherchez l’erreur!

Insultant pour les élus du Québec sur la scène fédérale

On est vraiment distinct!

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Si les objectifs de monsieur Blanchet pourraient très bien se réaliser : élire entre 20 et 30 députés. La perspective d’un gouvernement minoritaire du Parti Conservateur semble de plus en plus compromise, d’autant que l’effet Doug Ford sur l’Ontario pourrait avoir un impact plutôt négatif sur les chances de monsieur Scheer d’obtenir des gains significatifs.

Ainsi les succès de monsieur Blanchet doivent-ils être de la musique aux oreilles de monsieur Trudeau puisque barrer la route au Québec aux Conservateurs fait tout-à-fait l’affaire des libéraux. En sorte qu’un vote pour le Bloc est un vote pour le maintien de monsieur Trudeau. Que demander de plus ?

Quoique je n’ai aucun doute (ou presque) que le prochain gouvernement sera libéral. J’étais voici quelques temps encore hésitant sur la constitution d’un gouvernement majoritaire. Mais si l’on se réfère aux mesures ici présentées par monsieur J Fournier, à peine un petit cheveu ne sépare le PLC d’obtenir une majorité.

Alors ceux qui votent pour le Bloc en pensant voter « stratégique »… cela m’enjoue et me fait bien rire. En 2019, une fois de plus les libéraux pourront dire « merci » au Bloc Québécois. Ce parti était pourtant voici quelques semaines estimé par quelques-uns comme : « moribond »….

Faut croire que le moribond se porte mieux que certains vivants. Ainsi va le grand théâtre de la vie. Un théâtre qui réussit si bien à faire le délice des rois.

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