Le boulet électoral

 

Jean Charest avait pourtant tout, tout, tout fait, pour que le thème dominant de la campagne soit la stabilité, la loi, l’ordre et l’économie version PLQ versus «la rue et le référendum» du côté péquiste.

Dès le premier jour, il a même campé cette élection comme étant rien de moins qu’un «choix de société».

Pour ce faire, il a mis toutes les chances de son côté. Il s’est assuré de faire campagne en même temps que la commission Charbonneau ferait relâche. En bonus: une rentrée scolaire apte à lui offrir de précieuses occasions de livrer à sa base son discours bien orchestré sur la loi et l’ordre.

Bref, il aura tout fait pour ne pas laisser le thème de la corruption s’installer à demeure dans la campagne. L’ambition, par contre, était un tantinet démesurée. Du moins, considérant que ce même thème talonne son gouvernement depuis déjà plus de trois ans.

Et pour la CAQ?

M. Charest a sûrement prié très fort en début de campagne pour que la Coalition Avenir Québec reste autour des 20% dans les sondages. Juste assez pour diviser le vote francophone. Juste assez pour lui donner une chance, tout au moins, de remporter un quatrième mandat consécutif. Quitte à ce qu’il soit minoritaire.

Or, il ne fut pas le seul à ne pas avoir vu venir la bombe Duchesneau. _

Cette fois-ci, celui que la population perçoit comme le shérif de la place, est revenu le hanter, non avec un rapport virulent, mais avec sa propre candidature pour la CAQ. Objectif: imposer le thème de la corruption en plein début de campagne. But atteint. Du moins, pour le moment.

La stratégie caquiste: mettre le PLQ et le PQ dans le même bain

Or, le voilà qui – autre surprise de cette campagne -, ne se contente pas de dégainer ses allégations de corruption contre le Parti libéral.  Jacques Duchesneau voit grand. Il vise maintenant autant le Parti québécois que le Parti libéral.

Et ça, personne, non plus, ne l’avait vu venir. Surtout pas au PQ.

En juin, devant la commission Charbonneau, l’ex-patron de l’Unité anticollusion lançait que 70% des fonds collectés par LES partis provinciaux était de l’«argent sale» – donc, obtenu de manière illégale.

Maintenant qu’il est candidat pour la CAQ, il avance qu’en juin, ce dont il parlait dans les faits – les «corrompus» -, ce sont plutôt les «vieux partis qui ont été au pouvoir». Traduction: le PLQ et le PQ. «Je ne parlais pas de Québec solidaire, d’Option nationale, du Parti vert, ni de la CAQ», a-t-il répété cette semaine en entrevue.

C’est un peu comme si son nouveau chef, François Legault, n’aurait jamais été ministre d’un de ses deux «vieux partis». Ou que son co-fondateur, Charles Sirois, n’aurait jamais été recruteur pour l’autre «vieux parti» – le PLQ.

En passant, cette caricature de YGreck du  Journal de Montréal, illustre à la perfection cette drôle de stratégie qui consiste à attaquer l’intégrité du même parti d’où provient pourtant le chef caquiste…

Bref, la stratégie caquiste se dévoile de plus en plus.

On savait déjà que, tentant de positionner son parti comme celui du «changement» et du «grand ménage», M. Legault continuerait de faire ce qu’il faisait depuis plus d’un an. Soit de dépeindre le PLQ et le PQ comme de «vieux partis» obsédés par les «vieilles chicanes» constitutionnelles. Des chicanes qui, dit-il, n’intéresse plus personne.

Or, considérant la provenance politique de M. Legault, ce qu’on n’avait pas vu venir était que son nouvel Eliot Ness apprêterait également l’argument des «vieux partis» à la sauce corruption-collusion-copinage. Le tout, en faisant passer le PQ que le PLQ comme interchangeables dans ce département.

Pour mieux faire passer leur message, les caquistes semblent compter sur au moins trois éléments:

1) La colère et le désabusement qui, depuis trois, ont gagné une part substantielle de l’électorat à force d’entendre quotidiennement des chapelets entiers d’allégations de corruption, de collusion et de favoritisme touchant le gouvernement libéral.

2) La popularité de Jacques Duchesneau dans l’opinion publique et une intégrité que personne n’a pu remettre en question.

3) Une opinion publique qui, en bonne partie, semble avoir perdu confiance dans la classe politique actuelle… presque dans son entier.

En effet, depuis trois ans, force est de constater que le climat politique au Québec s’est considérablement détérioré. Au point où c’est toute la classe politique, ou presque, qui en a pris pour son rhume dans le domaine du cynisme.

Et voilà qu’au huitième jour seulement de la campagne, Jean Charest se voit obligé de réagir à un reportage de Radio-Canada contenant des allégations d’une possible ingérence politique à la SQ et d’un accès facile d’un personnage douteux au premier ministre lui-même. Un reportage courtoisie des journalistes de l’émission Enquête.

Et voilà qu’au matin du neuvième jour, la GRC met sous arrestation Tony Accurso – un des entrepreneurs en construction les plus riches, les plus influents et les mieux branchés sur les décideurs politiques.

Bref, que le premier ministre le veuille ou non, le thème de la corruption s’installe bel et bien dans la campagne.

En fait, pour le Parti libéral, c’est devenu un véritable boulet électoral.

Et ce n’est pas fini

Du moins, Jacques Duchesneau semble vouloir s’en assurer.

Non seulement, s’est-il colleté durement avec le procureur en chef de la commission Charbonneau, il a même carrément piégé cette dernière en offrant publiquement d’y témoigner dès lundi prochain pour donner des détails sur ses allégations.

Il l’a sûrement fait en sachant fort bien que la commission ne pourrait pas le faire témoigner. Du moins, pas en pleine campagne, du moment où M. Duchesneau est maintenant candidat pour un parti. Si elle le faisait, elle serait invariablement accusée elle-même d’ingérence politique en pleine campagne électorale.

Ne pouvant témoigner devant la commission, M. Duchesneau jure qu’il ne pourra donner de noms ou d’exemples concrets de corruption pendant la campagne par crainte d’être poursuivi.

Il s’est donc contenté d’avancer, en entrevue avec le Globe and Mail, que des ministres libéraux – en fait, au moins un -, auraient participé à des activités illégales de financement. Et que les détails sortiront cet automne, à la commission Charbonneau. Bref, il refuse de dire de qui il s’agit.

Dans la même entrevue, il s’est également assuré de viser le PQ pour cause, avance-t-il, d’usage des mêmes stratégies illégales que les libéraux.

Le meilleur des mondes

Bref, pour la CAQ, c’est le meilleur des mondes.

Que Jacques Duchesneau donne ou non des «noms», les témoignages à la commission Bastarache ont déjà amplement démontré aux électeurs qu’il y a définitivement un ver dans la pomme de la gestion des fonds publics au Québec. Ses sorties fracassantes, même sans identifier qui que ce soit, ne font qu’alimenter une impression qui, au fil des trois dernières années, est devenue une certitude au sein de la population.

Ce ver, il est dans le pouvoir d’influence démesuré des collecteurs de fonds au sein de l’appareil partisan; dans les retours d’ascenseur sous forme de contrats publics lucratifs auxquels s’attendent de généreux donateurs et dans le favoritisme dont semblent jouir toujours les mêmes firmes, entre autres, dans le domaine de la construction et des infrastructures.

Eh oui. Pour la CAQ, c’est le meilleur des mondes.

À moins que d’ici la fin de la campagne –  voyant la CAQ monter dans les sondages, si tel devait être le cas prochainement -, les gloutons avides de gros contrats publics s’en approchent aussi. Question de faire connaissance avant le 4 septembre.

Et les étudiants?

Mais attention, la campagne est encore jeune. Les débats des chefs n’ont pas encore eu lieu. Et même en quelques jours, les surprises n’ont certes pas manqué…

Et si le conflit étudiant donne lieu à des affrontements, le premier ministre s’empressera, c’est certain, d’en refaire SON thème.

Oubliant ainsi que dans les faits, le «printemps érable» ne parlait pas que de frais de scolarité, mais aussi d’un rejet de la manière dont le Québec est gouverné. N’est-ce pas là, par ailleurs, ce qui a également mené à la création de la commission Charbonneau?

Comme quoi, comme disait l’autre, tout est dans tout.

 

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C’est une bonne analyse… mais il ne s’agit pas de la Commission Duchesneau, comme vous le dites ici : « Et que les détails sortiront cet automne, à la commission Duchesneau. »! Petit lapsus…

La CAQ a le vent dans les voiles.

Charest a du plomb dans l’aile.

Et Pauline du sable dans l’engrenage.

Patience, il reste encore 26 jours de campagne et en politique, 26 jours, c’est moins qu’une éternité, mais ça peut devenir tout un purgatoire…

Manifestement, la CAQ donne des boutons aux péquistes.

Que Marois dise que le PLQ et la CAQ c’est la même chose, par contre, c’est tout à fait correct.

Oui, certes, tout ce vacarme autour des différents scandales entourant la gestion de la chose publique a un impact sur l’ensemble de la classe politique. Faut-il s’en surprendre?

Au point même où les promesses faites par les différentes équipes ne portent pas, comme si on n’y croyait pas, comme si tout cela est de la foutaise. Quand même étrange et en même temps inquiétant.

Je ne serait pas surpris que d’ici la fin de la campagne, une situation compromettante serait publicisé par l’équipe d’enquête et qui touche le PQ. Histoire de balancer les affaires et de ne pas trop être taxé de favoritisme. J’imagine que ce sera autour de Mme Marois d’accuser les journalistes de la SRC de jaunisme.

La démission de M.Nadeau-Dubois ne sert pas la cause du PLQ sans nécessairement servir la cause du PQ. Voyons voir si cette démission servira la cohésion du mouvement étudiant ou plutôt lui nuire. Tout d’un coup que les étudiants ont compris qu’il devait jouer le jeu politique et s’assagir..Ou jouer le tout pour le tout et occuper l’avant scène politique et faire du grabuge..Qui évidemement servira le PLQ.

« C’est un peu comme si son nouveau chef, François Legault, n’AVAIT jamais été ministre d’un de ses deux «vieux partis». Ou que son co-fondateur, Charles Sirois, n’AVAIT jamais été recruteur pour l’autre «vieux parti» – le PLQ !

Dans le Journal de Québec ce matin, à la Une il y avait bien entendu Céline Dion, Londres 2012 et un fait divers en grosses lettres à des années lumières des élections.
Ce n’est qu’à la page 7 en bas à droite où l’on donne seulement la version de Jean Charest à propos de la filature policière de la SQ.
Jean Lapierre à bord de l’Express 2012 TVA continue de faire la promotion de Jean Charest et nous rappelle à tous les jours comment les étudiants avec leurs carrés rouges sont une manace pour la loi et l’ordre.
Ma question :
Est-ce que la promotion du parti libéral par Québecor (TVA) est comptabilisée comme une dépense électorale ?

J’ai déjà écrit il y a quelques mois qu’étant donné que l’enjeu principal de cette élection-ci était de se défaire d’un gouvernement corrompu et d’un PM et ses ministres qui ont plus d’affinité avec des personnages louches qu’avec les citoyens ordinaires, il serait tout à fait opportun que le mouvement étudiant fasse une pause stratégique durant la campagne électorale qu’on voyait poindre à l’horizon. Je crois bien que c’est ce à quoi nous assistons. La démission de Gabriel Nadeau-Dubois s’insère très bien dans dans cette stratégie même si les motivations de ce dernier sont d’abord d’un ordre tout à fait personnel.

Et le tableau électoral se complexifie encore avec le dernier reportage de Radio-Canada. Avec l’arrivée de Eddy Brandonne deux questions essentielles se posent avec la puissante acuité que donne la campagne électorale.

1) À quoi tient le fait qu’une personne sous filature, reconnue pour avoir ses entrées dans le monde interlope et dans le monde politique LIBÉRAL, puisse avoir aussi facilement accès au Premier ministre du Québec pour s’entretenir privément d’un sujet que seuls les deux hommes connaissent ?

2) Quelles raisons peuvent expliquer l’arrêt soudain de la filature immédiatement après cette rencontre ?

Dans les médias ces dernières heures, certains journalistes qui sont encore dans le giron libéral, s’empressent de répondre à la deuxième question en précisant que jamais le PM qui dans une autre vie politique avait fait une gaffe majeure en appelant un juge, aurait fait la même erreur aujourd’hui. Nous devons admettre que même des personnes intelligentes peuvent faire deux fois la même erreur. Soulignons également que ce n’est pas en répondant à la deuxième question qu’on obtient une réponse à la première question.

Si effectivement Charest, ou son entourage immédiat, ne sont pas à l’origine directe du BO policier en ce qui concerne cette filature, nous sommes toujours aux prises avec un PM, Charest, qui reçoit Eddy Brandonne et échange pendant avec lui pendant plusieurs minutes.

«L’honneur est comme les allumettes : ça ne sert qu’une fois.»
[Marcel Pagnol]

Suite à la promesse de F. Legault de voter non à un éventuel référendum sur la souveraineté du Québec, il ne reste plus à la CAQ de Charles Sirois les promesses d’une abolition de la Loi 101 et une adhésion inconditionnelle du Québec à la constitution du Rocanada pour ravir le suffrage anglo néo-rhodésien acquis aux Liberulls depuis 150 ans.

@ Denis Drouin (# 7):

Vous avez oublié LA question qui tue: « Pourquoi Eddy Brandonne, digne représentant de la FTQ, ALLIÉE NATUREL du Parti québécois, était-il filé? »

De l’argent sale transitait-il entre ses mains avant d’arriver au P.Q.?

La filature interrompue par la S.Q. est un autre pétard mouillé lancé par les gauchisto-séparatistes de Rad.-Can et rien d’autre.

Bref, Rad.-Can est en campagne électorale!

Rappellez-vous, 3 journalistes de Rad.-Can sont maintenant des élus séparatistes et la rédactrice en chef de Anne-Marie Dussault est Dominique Rajotte, conjointe du Directeur général de l’Institut du nouveau monde, Michel Venne. La gauche séparatiste radio-canadienne, c’est une histoire de famille!

3 questions:

Par exemple, comment se fait-il qu’une enquête qui dure 3 ans n’ait rien de plus substantiel à nous présenter?

Comment se fait-il que ce reportage sorte en pleine campagne électorale?

Pourrait-on savoir pourquoi un dirigeant de la FTQ-Construction est suivi par la Sûreté du Québec? Y a-t-il des liens entre les syndicats, ALLIÉS NATURELS du Parti québécois, et le crime organisé?

La CAQ de Legault promet n’importe quoi et les médias tous fédéralistes le laisse dire n,importe quoi sans l’obligé à se corriger . Toute les promesses de la CAQ à date sont irréalisables avec 50% de nos impôts comme le propose l’ultra fédéraliste à tous prix la taupe Legault . Legault les lâcheur est de la même que la police Duchesneau et de l’énorme docteur qui n’a jamais réalisé quoi que ce soit. La CAQ c’est DUMONT 20 ans trop tard