Le « budget qui tue »

Les Québécois n’ont pas aimé le budget Bachand. Leur scepticisme se nourrit de l’histoire passée des finances publiques.

Les Québécois n’ont pas aimé le budget Bachand. Leur scepticisme se nourrit de l
Photo : Jacques Boissinot / PC

Les Québécois comprennent parfaitement que le Québec est moins riche, qu’il dépense plus, qu’il est plus imposé, qu’il est plus endetté et qu’il vieillit plus vite que ses voisins. Tous s’accordent sur la nécessité d’observer la Loi sur l’équilibre budgétaire. Éliminer le déficit budgétaire n’est pas une attaque sauvage contre le modèle québécois, mais une opération de sauvetage visant, au con­traire, à protéger ses acquis. Un État en difficulté financière, ce n’est jamais fort pour promouvoir le progrès social. Il est également urgent de bien positionner le Québec pour affronter le choc démographique. De 2010 à 2030, le vieillissement de la population à lui seul ajoutera au moins 150 milliards de dollars à la facture de la santé.

Le ministre des Finances, Raymond Bachand, a finalement présenté son « budget qui tue » en mars dernier. Afin d’éliminer le déficit de 12 milliards qui était prévu pour 2013, il propose des efforts partagés à peu près également entre des hausses d’impôts et de taxes (TVQ, carburants, cotisation santé, tarification, etc.) et des compressions de dépenses.

Selon les sondages, les trois quarts des Québécois rejettent ce budget. D’abord parce que pour eux, il est l’équivalent financier d’un traitement de canal. On a beau en comprendre la nécessité, on ne peut s’empêcher de crier quand ça fait mal.

Ensuite, le contraste est évident entre la hausse des impôts et des taxes, qui est certaine, et la compression des dépenses, qui ne l’est pas du tout aux yeux des contribuables. L’his­toire des finances publiques du Québec nourrit leur scepticisme. Dans la foulée des crises budgétaires de 1982 et de 1996, le fardeau fiscal s’est accru, mais les dépenses n’ont été contenues que passagèrement. Après une brève pause, elles sont reparties de plus belle et ont conduit à la crise suivante. Cette fois-ci, le gouvernement jure qu’il fera preuve de fermeté à long terme en matière de contrôle des dépenses. Ah oui ?

Enfin, l’opinion selon laquelle les mesures proposées sont inéquitables est répandue. On a le sentiment que les riches ne casquent pas assez ; que les nouveaux prélèvements en santé ne sont pas assez progressifs ; que la classe moyenne est prise en otage ; et que les entreprises s’en tirent à trop bon compte.

Les riches dont le revenu annuel dépasse les 100 000 dollars forment 4 % des contribuables du Québec. Ils sont moins nombreux de 40 %, moins riches de 10 % et plus imposés de 35 % au provincial qu’ailleurs au Canada. Le budget annonce qu’en 2013 ils devront payer la même cotisation annuelle pour la santé que la classe moyenne : 200 dol­lars. Si on double l’écot des riches à 400 dollars, cela n’ajoutera pas plus de 70 millions de dollars aux 950 millions que l’État compte tirer de cette source. C’est peu. Nul doute qu’il faudra augmenter leur cotisation en matière de santé. Mais ce sera purement pour des raisons d’équité et non pour en extraire beaucoup plus d’argent.

Quant à la classe moyenne, tout le monde au Québec estime en faire partie, sauf les 9 % qui sont pauvres et les 4 % qui sont riches. Aucune augmentation d’impôts importante ne peut être envisagée sans la contribution des 87 % de la population qui la composent. Mais rien n’empêche, évidemment, que cette contribution augmente avec le revenu.

Augmenter les impôts des entreprises ? On atteindrait la mauvaise cible. Ce sont les salariés eux-mêmes qui paieraient ces hausses d’impôts, parce que plus d’impôts laisseraient moins d’argent aux entreprises pour verser des augmentations de salaire et réinvestir dans la croissance. Imposer les entreprises viserait les propriétaires, mais atteindrait les employés. Ce serait… visa le noir, tua le blanc.

Au moins, après avoir jugé alarmistes les rapports Clair, Ménard et Castonguay sur le financement du système de santé, le gouvernement du Qué­­bec a enfin fini par reconnaître la gravité du problème. Il promet une « révolution cul­tu­relle » qui domptera le mons­tre. Le bout du tunnel ?