Le Canada à l’ONU : le premier ministre boude, son ministre fait la leçon

Jeudi dernier, le premier ministre Stephen Harper a ignoré l’assemblée générale des Nations Unies pour une soirée donnée en son honneur, à quatre pâtés de maison de là. Il y a reçu le prix d’homme d’État de l’année et a fait un discours de circonstance sur la situation internationale et les valeurs et principes qui guident sa politique étrangère. Une allocution qui aurait convenu devant le parterre onusien.

M. Harper a préféré y dépêcher aujourd’hui le ministre des Affaires étrangères, John Baird, pour livrer un message reflétant mieux le peu d’affection de ce gouvernement pour l’ONU. L’ONU est utile mais se regarde trop le nombril au lieu de chercher à obtenir des résultats. Le Canada veut se concentrer sur ces derniers et ne perdra plus son temps avec les débats sempiternels autour de la réorganisation onusienne.

Voici le passage qui a fait jaser :

Notre attachement aux Nations Unies a été mis à l’épreuve, mais ne s’est jamais démenti. Ce n’est pas en dépit de cet attachement, mais plutôt en raison de celui-ci que nous ne pouvons et ne voulons participer à une introspection sans fin et inutile. Par conséquent, la Mission permanente du Canada auprès des Nations Unies concentrera dorénavant son attention, d’abord et avant tout, sur ce que les Nations Unies réalisent, et non pas sur la façon dont elles mènent leurs affaires. Les Nations Unies consacrent trop de temps à des questions internes. Elles doivent maintenant tourner le regard vers l’extérieur. Les préoccupations au sujet des règles et des modes de fonctionnement doivent faire place à la poursuite d’actions importantes et à l’atteinte de résultats. Si les Nations Unies se concentrent sur l’atteinte d’objectifs – tels que la prospérité, la sécurité et la dignité humaine –, la réforme se matérialisera alors d’elle-même.

M. Baird a par la suite fait état de quelques dossiers chauds, dont la Syrie et l’Iran, ce qui lui a permis de réitérer la position canadienne. Il a d’ailleurs déploré, dans le cas de la Syrie, la désespérante paralysie onusienne. Il y a une part de vérité dans les propos du ministre Baird, mais cette paralysie, par exemple, est liée à des problèmes structurels au sein du Conseil de sécurité, problèmes auxquels il faut trouver des solutions, qu’on le veuille ou non.

Ce n’est pas parce qu’on ignore un problème ou agit comme s’il n’existait pas qu’il disparaîtra. Ce sont des débats ennuyeux, mais nécessaires. Ne pas y contribuer avec nos suggestions de solutions pose le risque de se faire imposer les solutions des autres.

Et il serait un peu court de ne voir que la difficulté des Nations Unies à répondre à certaines situations politiquement explosives. L’ONU, c’est une foule d’agences actives dans le domaine de l’alimentation, de la santé, des droits de la personne, des réfugiés, de l’environnement. Le Canada s’en remet souvent à elles d’ailleurs pour répondre de façon concertée à des crises humanitaires, sanitaires ou autres.

À la décharge du gouvernement, le Canada continue d’être le septième bailleur de fonds des Nations Unies. C’est une contribution fondamentale, mais qui ne peut remplacer une participation active aux travaux de l’organisation. En fait, ça devrait même la justifier pour, justement, s’assurer d’une utilisation judicieuse de ces fonds.

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