Le Canada en Irak: un pari politique risqué

Le manque de transparence du gouvernement dans ce dossier, son refus de présenter les différentes options au Parlement et le secret qui a entouré la préparation de la motion ont contribué à la méfiance manifeste de l’opposition.

PolitiqueSeuls ou pas, les conservateurs ont choisi d’aller de l’avant avec une mission de combat en Irak. Pas question d’envoyer des troupes au sol, «seulement» des CF-18 qui participeront à des frappes aériennes au-dessus de l’Irak et, peut-être, la Syrie.

La motion présentée hier par le premier ministre Stephen Harper sera débattue lundi et soumise à un vote. Mais l’issue est déjà connue, tous les chefs ayant exposé leur position. Tous les conservateurs voteront en bloc puisqu’il s’agira d’un vote de confiance, a décrété le premier ministre. Alors, que le NPD, le Parti libéral et le Parti vert soient contre cette mission de combat ne changera rien à rien, du moins aux Communes.

Lors de sa déclaration au Parlement vendredi, M. Harper n’a pas précisé le nombre de CF-18 qui seront dépêchés, ni à quelle date, mais il a dit que la mission serait d’une durée de six mois. Sera-t-il vraiment possible de s’en tenir à cela alors que le déploiement de conseillers militaires, qui devaient durer 30 jours, a déjà été prolongé pour on ne sait combien de temps?

Et qu’en sera-t-il de l’avion de ravitaillement, des deux avions de surveillance et du personnel de soutien dont le premier ministre a aussi parlé? Les six mois en question s’appliquent à la mission de combat.

Les partis d’opposition désapprouvent cette mission. Parce qu’ils ne croient pas que ce soit la contribution la plus utile que le Canada puisse faire dans cette lutte contre le groupe armé État islamique (EI), parce qu’ils constatent l’effet pervers qu’ont eu d’autres frappes du genre en Irak et en Libye. Après tout, l’EI est un rejeton de la désorganisation et de la radicalisation semées durant et après la guerre en Irak lancée à coup de frappes aériennes par George W. Bush.

L’idée que l’aviation canadienne puisse aussi, si le gouvernement syrien le souhaite, participer à des frappes au-dessus de la Syrie fait plus que sourciller. On parle ici du gouvernement de Bashar al-Assad, celui dont on dénonce les exactions depuis quelques années, mais contre lesquelles on a refusé d’agir.

Le manque de transparence du gouvernement dans ce dossier, son refus de présenter les différentes options au Parlement et le secret qui a entouré la préparation de la motion (M. Harper n’a ni consulté ni informé les autres chefs) ont aussi contribué à la méfiance manifeste de l’opposition.

M. Harper et son gouvernement se retrouvent donc seuls à défendre cette contribution aux frappes aériennes. Le premier ministre affirme qu’en se limitant à des frappes aériennes, il sera plus facile de mettre fin à cette mission, ce qui permettra de prévenir tout enlisement.

Voilà un pari risqué à un an des élections car, comme on le dit souvent, on sait quand ce genre d’opération militaire commence, jamais quand elle ne finit. Si, dans six mois, les objectifs – sécurité des Canadiens, affaiblissement évident de l’EI – ne sont pas atteints, comment M. Harper pourra-t-il justifier un retrait sans contredire son argument en faveur du maintien de l’influence du Canada sur la scène internationale?

Peut-être espère-t-il piéger le chef libéral. Justin Trudeau dirige un parti où les questions militaires ne font pas toujours l’unanimité. Si la mission dure six mois ou moins, il y en aura pour lui reprocher son refus d’être solidaire des autres pays de la coalition.

Si la mission s’éternise cependant, M. Harper conservera l’appui de sa base, mais offrira à M. Trudeau l’occasion de dire qu’il avait raison de se méfier et de ne pas laisser au NPD tout le terrain d’opposition à la guerre.

Le NPD, lui, risque peu car sa position est fidèle aux principes auxquels une grande partie de sa base tient.

(Vous trouverez ici une version bilingue des discours de MM. Harper, Mulcair, Trudeau et de Mme May.)

* * *

À propos de Manon Cornellier

Manon Cornellier est chroniqueuse politique au Devoir, où elle travaille depuis 1996. Journaliste parlementaire à Ottawa depuis 1985, elle a d’abord été pigiste pour, entre autres, La Presse, TVA, TFO et Québec Science, avant de joindre La Presse Canadienne en 1990. On peut la suivre sur Twitter : @mcornellier.

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Parti « risqué »???

Pas du tout et ce n’est certainement pas avec des « actions humanitaires » que nous allons stopper l’envahisseur djihadiste.

Le Canada est solidaire de la plupart des pays civilisés et je félicite Monsieur Harper d’avoir pris la décision qui s’imposait.

La question n’en est pas une de solidarité avec les aurtres pays occidentaux ( que vous dites civilisés, comme si seuls les occidentaux étaient civilisés ) mais de la manière dont se comporte Stephen Harper avec le parlement.
Le risque d’enlisement sur une longue période est réel puisque de nombreux experts militaires doutent de l’efficacité de ces frappes aériennes.

Voilà un billet très intéressant. Quelles sont nos options? On les trouvait barbares aussi les talibans en Afganistan. Ils faisaient sauter des statuts de boudha millénaires, les femmes n’étaient que des moins que rien. Ils cultivaient la pavot. Mais on a regardé ailleurs. Et bang est arrivé le 11 septembre et on s’est rendu que l’on ne peut pas laisser de tels groupes profiter des bénéfices d’un territoire national où ils peuvent lancer des offensives contre l’occident. Alors, on fait quoi? On envoie des aides humanitaires se faire décapiter ou on envoie des militaires soutenir l’action sur le terrain? Non, ces choix ne sont pas simples. Mais si vous ou d’autres de vos lecteurs avez des options plus élaborées, j’aimerais beaucoup les lire.

Les Talibans sont encore très actif en Afghanistan et pourtant nous avons été là pendant dix ans. La même chose nous attend en Irak
La méthode de la force ne marche pas

L’ensemble de toutes ces actions dont le but non avoué est de <<prendre le contrôle TOTAL du de la Libye et de l’Irak – et du Gaz naturel de la Syrie! >> – prendre le contrôle total et encerclement de toute la région… incluant de se débarrasser de tous les Palestiniens (plus de 60 ans de massacre de ce peuple)!!

Ils veulent mettre un « stop » à la progression de la CHINE – à qui des Etats-Unis doivent des milliards$$$$!
Mettre la <> = avec conditions – pour obtenir le pétrole nécessaire pour continuer à progresser!
Les troubles actuels en Chine sont sûrement montés par les « agents fauteurs de troubles habituels/ des USA!!)

M. Harper se comporte comme si les citoyens du Canada n’ont pas droit de parole et c’est lui seul qui décide de notre futur… en plus d’utiliser à nouveau (hier: Libye et maintenant: Irak) notre Armée canadienne (à nos frais$$) (plus l’envoi de l’argent des canadiens en Irak, dernièrement: ± 40 millions!!)….
pour parvenir aux fins de ceux qui dirigent – « underground »,,, – (sionistes/mondialistes= prendre un contrôle mondialement…) – de notre Gouvernement canadien, comme celui des USA, et autres pays!!

Encore la théorie conspirationniste américaine. Une forme de spéculation maladive alimentée par une haine inassouvissable des USA. Selon vous et plusieurs autres, sans cette dernière, il n’existerait aucune problématique, aucun conflit au Moyen Orient, tout ne serait que la résultante des soifs (pétrole, gaz, pouvoir) incommensurables de l’empire. On peut ne pas être pro-américain sans tomber dans cette analyse facile et légèrement trop populiste.

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