Le Canada refuse de renouveler les visas de certains diplomates

Les pays africains seraient particulièrement touchés, selon une source. «Le Canada veut imposer à d’autres pays une rotation de leur personnel diplomatique. C’est de l’ingérence.»

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Photo : best-photo/Getty Images

PolitiqueÀ Ottawa, plusieurs missions diplomatiques sont aux abois. Depuis deux ou trois ans, le gouvernement canadien s’arroge le droit de ne pas renouveler l’accréditation de diplomates d’expérience que leur pays souhaite garder en poste dans la capitale canadienne.

Ces diplomates n’ont enfreint aucune loi, se sont pliés aux règles, mais on leur montre la sortie parce que le gouvernement fédéral trouve qu’ils sont au pays depuis trop longtemps.

Les pays africains seraient particulièrement touchés, selon une source diplomatique qui a requis l’anonymat. Elle cite les ambassades du Cameroun, de la Côte d’Ivoire, du Burkina Faso, du Togo, de Madagascar et du Zimbabwe. La plupart ne nous ont pas rappelés ou ont refusé de répondre, jugeant l’enjeu trop délicat. L’actualité a toutefois pu confirmer des cas de diplomates camerounais et ivoiriens forcés de plier bagage.

Cette nouvelle approche du gouvernement canadien crée inquiétude et frustration. Dans l’immédiat, explique un diplomate africain, cela se traduit par une perte d’expertise précieuse pour des pays aux moyens limités. Une expertise souvent difficile à remplacer pour les gouvernements qui n’avaient pas préparé un changement de garde.

Mais ce qui choque le plus, raconte notre source, est le peu de cas que le Canada semble faire de la souveraineté des États. «Le Canada veut imposer à d’autres pays une rotation de leur personnel diplomatique. C’est de l’ingérence dans leurs affaires.»

Un autre diplomate, lui aussi, raconte avoir vu deux de ses collègues de longue date partir de cette manière cette année. «Aucun autre pays ne refuse, à notre connaissance, de prolonger une accréditation si la personne visée n’a commis aucun impair ou enfreint la loi. Même le Canada ne précise pas de durée de séjour maximale pour les diplomates.»

Ottawa a une procédure claire pour le renouvellement des accréditations diplomatiques, mais ne mentionne aucune limite quant au nombre d’années de service au Canada.

On y lit :

«Le Ministère a noté que la grande majorité des États d’envoi déploie leurs employés en affectation au Canada pour des périodes de deux à cinq ans. À cet égard, le Ministère continuera d’accorder une accréditation aux diplomates bilatéraux, aux membres de leur personnel administratif et technique ainsi qu’aux membres du personnel de service, en se fondant sur le principe que ceux-ci sont permutés régulièrement et que nul n’est déployé pour des périodes prolongées ou indéfiniment. Dans le cas des représentants étrangers dont l’affectation est prolongée au-delà de la période notionnelle de cinq ans et, par souci de clarté, le Ministère pourrait présenter une demande de confirmation du prolongement de l’affectation en faisant parvenir une Note directement au Ministère des Affaires étrangères de l’État d’envoi.»

En fait, plusieurs pays gardent les diplomates de rangs intermédiaires pendant plusieurs années parce que faire une rotation est dispendieux et que ces employés développent une expertise dont ils ont besoin. C’est fréquent avec les pays en développement. Mais les missions ne peuvent prévoir qui verra son mandat renouvelé ou non, même quand la procédure est suivie à la lettre, ce qui pose problème pour les pays moins riches.

Ce n’est pas tout. Quand le gouvernement canadien ne renouvelle pas un mandat diplomatique, il ne prend pas toujours des gants blancs. Un diplomate au Canada depuis plus de 10 ans a dû fournir la date de son départ et le numéro de son vol, comme si on craignait qu’il se transforme en immigrant illégal.

Selon les diplomates africains contactés, la façon de faire du Canada va à l’encontre de l’esprit, sinon de la lettre, des deux conventions de Vienne qui gouvernent les relations diplomatiques et les pratiques consulaires.

Le ministère des Affaires étrangères a refusé de commenter la situation, se limitant à nous référer aux règles existantes.

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Les États orientés vers le néolibéralisme libre-échangiste qui favorise la disparition du pouvoir des États pour laisser libre cours à ce qu’ils appellent la loi du marché, favorise la mise ne place de pion docile. Un personnage politique ou diplomatique ayant trop d’expérience ou de crédibilité ou de charisme n’est jamais souhaité. De tels individus risquent de mettre l’intérêt de leur Pays avant l’intérêt de ce qu’on appelle «les investisseurs étrangers».
On favorise donc le remplacement fréquent des gens en place. Il est facile de trouver des pions dociles. Des pions pour qui les avantages personnels passent avant le devoir envers leur Pays et leurs concitoyens.

Donc Ottawa vise probablement ces gens un peu trop attentionnés aux intérêts de leur Pays. On préfère des pions indulgents, attentifs et ouverts aux investisseurs.

L’ingérence du milieu des prédateurs économiques mondiaux est notable à tous les niveaux dans nos gouvernements occidentaux qui favorisent l’exploitation humaine sous toutes ses formes.
Il n’y a qu’à voir les exigences faites à la Grèce.
C’est hallucinant.

Serge Charbonneau
Québec

Qu’ est- ce que la Grèce avec son énorme dette vient faire dans le sujet, que certains diplomates pour des raisons sans doute justifiées leurs visas ne sont pas renouveller? En plus c’ est ciblé cette action!!!

Il n’y a pas de lien direct, tel un holding : il faut regarder un ou deux niveaux au-dessus pour trouver le lien. C’est ce que Serge tente de faire.

Serait sous le « conseil » de nos nouveaux maitres, les Chinois qui veulent ainsi la main haute sur l’Afrique? Nous venons de signer un traité contraignant avec eux; que ne ferait ce gouvernement pour vendre du bitumineux pétrole? Ceci dit, tout n’est que bêtise dans les relations avec ce continent depuis l’avènement de Harper. Une véritable honte.

Ah! Bon! Je l’ aurait deviné sans aucun doute, c’ est bien sûr de la faute à Haroer!!!!

Cet article manque de profondeur. Son parti pris est tres flagrant. Il culpabilise le gouvernement canadien et victimise les diplomates sans creuser pour savoir les raisons à la base de ce refus renouvellement de visa. Il se contente de dire vaguement que le ministere a refusé de répondre… Les diplomates qui font 15 ans ou plus dans un pays étranger sont à l’image de leur président qui reste président à vie dans leur pays d’origine. Il n’y a jamais sinon rarement d’alternance dans ces pays. Et pour rester à vie diplomates dans les étrangers, leur gouvernement ne prépare jamais la releve pour les remplacer… Lorsque ces diplomates avancent qu’ils sont experts que leur pays ne peut remplacer, la question à se poser est POURQUOI IL N’Y A PAS EU CETTE VOLONTÉ DE PRÉPARER LA RELEVE? La réponse simple. Ils font partie du groupe de dictateur qui dirigent leur pays et qui mopolisent à vie des postes fonmctionnaires. La vérité est que dans leur pays, il y a plein de gens qui peuvent les remplacer. Mais ils ne se laisseront pas remplacer. Ils garderont ces postes à vie parce qu’ils sont un pilier du pouvoir dictatorial en place dans leur pays…