Le Canada tourne encore le dos au monde

Pour une économie d’à peine 350 000 $ par année, le gouvernement Harper a décidé en catimini de ne plus adhérer à la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification, faisant du Canada le seul pays au monde à agir de la sorte.

Cette décision a été prise la semaine dernière et annoncée discrètement mercredi. N’eut été de la Presse canadienne, on ne l’aurait peut-être même pas su (le texte anglais est plus complet, vous le trouverez ici). Il y a à peine deux semaines, a révélé CTV, des fonctionnaires canadiens participaient encore à une rencontre internationale de haut niveau sur cette question.

C’est finalement par l’entremise du journaliste de la PC que les responsables onusiens ont appris la nouvelle. C’est tout dire du peu de cas que ce gouvernement fait des Nations Unies.

Le premier ministre Stephen Harper prétend qu’à peine 18 % des fonds versés servaient à des projets sur le terrain, le reste allant «à diverses mesures bureaucratiques». «Ce n’est pas une façon efficace de dépenser l’argent des contribuables », a-t-il dit en Chambre aujourd’hui, assurant les députés que le Canada faisait sa part, mais de manière différente.

Mais la raison offerte tient mal la route. La Convention n’est pas un programme d’aide directe, mais un plan stratégique duquel les pays s’inspirent pour mener la lutte contre la dégradation des terres, en particulier en Afrique où certaines des populations les plus pauvres du globe en subissent les effets chaque jour. Cette convention est un appel à une action collective et solidaire en faveur de ces peuples.

S’en retirer équivaut à rejeter l’approche suggérée et fort probablement, dans le cas du Canada, à écarter la définition de la désertification sur laquelle la convention s’appuie : «dégradation des terres dans les zones arides, semi-arides et subhumides sèches par suite de divers facteurs, parmi lesquels les variations climatiques et les activités humaines».

Après l’abandon du Protocole de Kyoto l’an dernier, ce retrait signifie maintenant que le Canada n’adhère plus, dans les faits, qu’à une seule des trois conventions issues du Sommet de la Terre de Rio, celle sur la biodiversité. Tiendra-t-elle le coup?

Dire qu’en 1992, le Canada, dirigé par Brian Mulroney, était considéré à l’avant-garde en matière d’environnement. C’était d’ailleurs M. Mulroney qui avait convaincu le président américain de l’époque de se présenter au Sommet. Quel renversement de situation!

Face aux enjeux environnementaux les plus graves auxquels l’humanité soit confronté, le gouvernement actuel fait du vent, tergiverse ou dit attendre le signal des Etats-Unis. Le leadership, c’est pour les autres.

Et malgré cela, ce gouvernement a cru pouvoir obtenir un siège au Conseil de sécurité des Nations Unies. Le reste du monde a refusé parce qu’il a vu à quelle enseigne il loge, celle de la petitesse et d’une conception étroite de son rôle international, un rôle centré sur ses intérêts exclusifs.

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Alors que les grandes villes s’évertuent à s’internationaliser, « notre » gouvernement fédéral (canadien) s’évertue, lui, à faire preuve de nombrilisme aigu à tous les niveaux…. reflet d’égoïsme peut-être? En tout cas, le sens du partage et de la compassion pour lesquels nous étions reconnus à travers le monde se sont perdu en quelque part depuis un bon bout de temps. Je vous laisse deviner depuis quand…