Le cas Desjardins

Raynald Desjardins est l’équivalent d’un trophée de chasse pour la Commission Charbonneau, qui semble déterminée à le faire témoigner malgré le risque de nuire à ses chances d’obtenir un procès juste et équitable.

La juge France Charbonneau a maintenu jeudi l’assignation à comparaître de M. Desjardins (il est attendu à une date indéterminée). Son avocat, Marc Labelle, a tenté de lui épargner ce passage obligé devant la Commission Charbonneau, mais sans succès.

Devant la CEIC, Raynald Desjardins ne pourra pas invoquer le droit au silence comme dans un procès criminel. Il sera forcé de répondre aux questions des commissaires sous le feu nourri des caméras. Parce qu’on devine que son passage à la Commission sera tellement couru qu’il renverra le témoignage de Lino Zambito au rang de note de bas de page.

M. Desjardins est à la Commission Charbonneau ce que Paolo Violi ou Vic Cotroni furent à la Commission d’enquête sur le crime organisé (CECO) au milieu des années 70. C’est un homme d’affaires que l’on dit très proche de la mafia italienne sans en faire partie en raison de ses origines québécoises. C’est un trafiquant de drogue condamné pour un complot d’importation de 700 kilos de cocaïne qui avait la confiance de Vito Rizzuto à une certaine époque. C’est un associé de Jocelyn Dupuis (l’ex dg de la FTQ-Construction) dans l’entreprise de décontamination des sols Carboneutre, une firme qui a joué un rôle dans la vente à rabais des terrains du Faubourg Contrecœur, à Montréal.

Sur l’échelle du pire, Raynald Desjardins est dans une position encore plus délicate que Lino Zambito, témoin vedette de la Commission jusqu’à présent. L’ex patron d’Infrabec est accusé de fraude, tandis que le caïd est accusé du meurtre de Salvatore Montagna, un aspirant au titre de parrain fauché par les balles, le 24 novembre 2011 à Charlemagne. Montagna est une ancienne tête dirigeante du clan Bonanno, à New York, qui voulait prendre le contrôle de la mafia montréalaise après la débâcle du clan Rizzuto.

Le mobile du meurtre de Montagna? C’est bien sûr cette prise de contrôle de la mafia dont il sera inévitablement question lors du témoignage de Raynald Desjardins à la Commission  Charbonneau. On n’en sort pas.

Marc Labelle croit que le droit de son client à un procès juste et équitable sera irrémédiablement compromis s’il passe devant la Commission Charbonneau. À son avis, il sera pratiquement impossible de trouver un jury impartial pour le juger au criminel après coup. Même si M. Desjardins bénéficie de l’immunité (son témoignage ne peut pas être retenu contre lui) Me Labelle craint que les enquêteurs trouvent dans ses éventuelles déclarations matière à étayer leur théorie de la cause dans le procès pour meurtre.

Les dés ne sont pas encore joués. La juge Charbonneau entendra à nouveau l’avocat de Raynald Desjardins lorsque son témoignage sera imminent. Vu la gravité de l’accusation portée contre lui (meurtre) et des conséquences possibles (la prison à vie), il ne serait pas étonnant que Raynald Desjardins puisse témoigner à huis clos. Au minimum, ses déclarations seront frappées d’une ordonnance de non-publication. C’est une affaire à suivre.

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