Le combat d’un chef

La voix était méconnaissable. Le regard aussi. Plus inquiet, dépourvu de sa lueur rieuse. Le plus saisissant et bouleversant toutefois étaient cette pâleur et cette fragilité auxquelles on a toujours refusé d’associer Jack Layton. À le voir, on a vite compris lundi qu’il n’avait pas le choix de céder temporairement la direction de son parti pour combattre un nouveau cancer.

La réaction d’empathie et les messages de réconfort qui ont immédiatement suivi sont à la mesure de l’homme et de ce qu’il représente aujourd’hui pour les Canadiens. Le printemps dernier, après huit années à la tête de son parti et quatre campagnes électorales menées tambour battant – dont la dernière après une bataille contre le cancer de la prostate et une opération à la hanche – Jack Layton a atteint le sommet. De 37 députés, son parti s’est retrouvé avec 103 élus dont la majorité provenait du Québec. Et en décimant le Bloc québécois et en devenant l’opposition officielle pour la première fois de son histoire, le NPD a bousculé en profondeur l’ordre établi à Ottawa et, d’une certaine manière, au Québec.

Les talents de rassembleur et de communicateur de Jack Layton l’ont hissé au rang de chef fédéral le plus charismatique. Il était depuis longtemps plus populaire que son parti, ce qui explique le choix délibéré de le mettre en évidence. Le NPD, qu’il a lui-même remodelé, s’est glissé dans l’ombre du chef, son nom ayant préséance sur celui du parti.

Brad Lavigne, le responsable de la campagne du NPD devenu le secrétaire principal du chef de l’opposition officielle, l’a répété sur toutes les tribunes depuis le 2 mai. «Nous nous sommes assuré que la marque de commerce du parti soit Jack Layton», expliquait-il lors d’une table ronde à Ottawa, en juin. Et le 2 mai, c’est lui a porté son parti et ses nombreux députés néophytes vers la victoire. Bien des Canadiens et un grand nombre de Québécois n’ont pas voté NPD, ce jour-là, ils ont voté Jack.

Ce succès est l’aboutissement d’années de travail méthodique et acharné de la part de M. Layton et d’une équipe qui lui est d’une grande loyauté. Un travail consacré à moderniser l’organisation, le financement et l’image de la formation tout en ralliant les différentes factions du parti autour d’un message plus pragmatique. C’est d’ailleurs cette capacité de ralliement qui a permis au parti de rejoindre un électorat plus large que celui traditionnellement acquis au NPD.

Ce qui ajoute à la cruauté du revers médical que subit M. Layton est qu’il survient alors qu’il est peut-être tout près du but. À la condition de pouvoir terminer le travail. Les gains faits en mai dernier restent fragiles, en particulier au Québec où le parti n’a ni racines ni organisation. La lutte faite en juin contre le projet de loi spéciale forçant la reprise du service postal a soudé un caucus disparate, mais ce n’est que le début. Le NPD doit consolider le tout pour être capable d’être une vraie solution de rechange aux conservateurs dans quatre ans. On voit mal pour l’instant qui d’autres que M. Layton peut y parvenir.

Le choix de Nycole Turmel comme chef intérimaire est, dans ce contexte, judicieux. Choisie à l’unanimité présidente du caucus, elle a joui déjà de l’estime de ses collègues. Ancienne présidente de l’Alliance de la fonction publique, elle connaît bien l’appareil gouvernemental et son fonctionnement.  Une expertise précieuse pour une députée sans expérience parlementaire. Elle n’aura pas tout à apprendre et sera capable d’assurer l’intendance. En plus, cette femme discrète ne risque pas de susciter la division ni de faire ombrage au chef. Elle ne pourra cependant rester en poste pendant des mois.

Le parti pourrait souffrir d’une absence prolongée d’un chef en règle. Le NPD a beau avoir du temps devant lui pour se préparer aux prochaines élections, il doit faire rapidement ses preuves.

M. Layton espère revenir aux commandes en septembre lors de la reprise des travaux parlementaires. On lui souhaite ardemment. Mais à la condition que sa santé le lui permette ou qu’il en ait toujours envie, la maladie suscitant parfois des remises en question étonnantes. Pour l’instant, cependant, Jack Layton a fait comprendre à son entourage qu’il tenait à revenir. C’est le rêve de sa vie de voir un gouvernement progressiste prendre le pouvoir à Ottawa. Déterminé en tout, y compris dans son combat contre la maladie, il n’est pas du genre à démissionner si près du but.

Mais sans présumer de l’issue de la bataille personnelle de Jack Layton, le NPD doit prendre acte de l’incertitude créée par l’état de santé de son chef. Si son absence se prolonge, le parti devra, même si c’est avec le cœur lourd, réticence et frustration, commencer à soupeser les scénarios d’avenir, avec ou sans M. Layton, afin justement de préserver les avancées qu’il a permis à sa formation de faire.

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Il est injuste que si près du but, la maladie terrasse à nouveau Jack Layton. Depuis cette annonce, j’ai déjà réalisé que ma fidélité au parti NPD demeure malgré son départ, temporaire ou non. Qui pourrait le remplacer s’il le fallait ? Thomas Mulcair que j’ai écouté encore plus attentivement aujourd’hui, me l’a fait apprécié. Différent de Jack Layton, mais de la même trempe.

Bien sûr, je souhaite le retour de monsieur Layton en forme plus que jamais. Cependant, mon vote qui au départ était pour lui est maintenant un vote pour le NPD. Aux députés maintenant de démontrer qu’ils sont capables d’apprendre vite et bien !!

Madame Cornellier,

Vous dites de Nycole Turmel quelle ne pourra pas rester en poste pendant des mois. Cela signifie-t-il qu’un parti politique doit absolument avoir un chef pour exister ? Personnellement je trouve qu’il est déplorable de construire des partis politiques sur la personnalité d’un chef et non sur des valeurs susceptibles d’être partagées.

Récemment, je recevais un pamphlet bilingue, l’anglais étant écrit plus gros que le français (merci pour l’application de la loi 101) de la part de ma nouvelle députée. Dans la version française on faisait l’usage de l’acronyme NPD et dans la versions anglaises on faisait état des « New Démocrats » lorsque auparavant on parlait de « Neo Democrats ». Désolé, Je suis mal à l’aise avec un parti qui se construit uniquement sur un chef, se vide de toutes valeurs idéologiques, notamment son attachement aux valeurs socialistes et cherche à asseoir ses assises sur la base du changement cométique et de la désinformation.

Comme j’ai toujours éprouvé de l’affection pour Jack Layton, je pense qu’il devrait considérer de quitter la direction de son parti, sa lutte pour son confort et sa propre survie est une priorité. C’est au NPD de faire la preuve qu’il aurait bien un jour les épaules pour gouverner et ce n’est pas seulement au chef de se sacrifier.

Je sais que ce n’est pas facile,je lui souhaite
bon courage ainsi qu’a la famille.
Bon retour!!!!

Vous avez certaiement raison madame Cornelier, d’évoquer la fragilité des appuis portés sur le NPD en mai.

C’est vrai que la plupart des gens ont voté pour Jack, le bon jack. On ne me fera pas croire que les gens ont voté pour le programme du NPD personne ne le connait. Moi je n’ai pas voté pour Jack ni pour le NPD, et je ne le regrette pas.

Je ne sais pas ce qu’il adviendra de monsieur Layton, la personne. J’ai vu ce genre de visage dans le passé. Disons les choses clairement, sans savoir de quel mal précis il est atteint, c’est une bataille terrible et gigantesque qui s’amorce. C’est clair pour tout le monde même si on se garde une petite gêne.

Je souhaites très sincèrement que notre frère humain Jack Layton la gagne cette bataille, et ça se peut qu’il gagne.

Mais je ne crois pas un instant qu’il sera à son siège à la reprise des travaux parlementaires en septembre prochain.

Et cela dit, le NPD demeure pour moi un adversaire politique. Tôt ou tard il va bien falloir que les gens distinguent les personnes humaines des rôles formels qu’il tiennent sur la place publique.

Vous avez tout à fait raison Mme Cornellier.

Je souhaite de tout coeur que le destin de Jack ne se termine pas de si tôt, car la vie ne va pas au mérite.

Prompt rétablissement à M. Layton et qu’il prenne le temps d’obtenir rémission de cette maladie insidieuse qu’est le cancer.

Surprenant de lire aujourd’hui que les électeurs ont voté pour M. Layton et non son parti lors de la dernière élection alors qu’en mai dernier on entendait partout que les Québécois avaient décidé de voter pour le changement.
Pour ma part, j’aurais voté pour le NPD (changement) même si Jack n’en avait pas été le chef. Plusieurs québécois ont réalisé que voter pour le Bloc ne menait nul part et n’ont pu se résigner à revenir aux anciens partis.
Ceci dit, Jack Layton ferait assurément un excellent premier ministre et plusieurs de ses députés seraient ministrables avec l’expérience qu’ils acquerront.

Toute une différence entre le Jack des dernières élections et celle d’il y a quelques jours, ça m’a rappelé le combat de notre regretté député Claude Béchard. Je souhaite tout le courage possible à M. Layton et sa famille, ils en auront tous besoin.

Je suis vraiment triste pour Monsieur Layton et sa famille. Je leur souhaite bon courage et mes pensées tout comme mes prières les accompagnent dans cette nouvelle épreuve.
Je souhaite que Jack Layton retrouve la santé le plus tôt possible.
Les gens l’admirent et ils ont raison. Je trouve que cet homme est humble et près des gens.

J’espère pour cet homme qu’il puisse continuer à vivre, simplement à vivre.
J’espère qu’un jour ce parti puisse déloger la rétrograde droite menée par Harper cet habile politicien .
Il me reste une grande amertume, celle de ne plus pouvoir envoyer un message au reste du Canada que les Québécois désire le respect de leur Culture, un parti fédéraliste ne peut faire comprendre notre désir d’autonomie.
Je me rappelle encore ce manque d’éthique de Jack lorsqu’il s’est rendu dans Ste-Marie, fief du grand Duceppe……

Qui est madame Turmel ? Est-elle une alliée des souverainistes ou une adversaire?

Il faudrait que nous le sachions pour savoir en quoi nous en tenir.

La question nationale québécoise n’est pas un problème secondaire auquel on n’accorderait de l’attention uniquement au moment des élections.

Quand on est un souverainiste profondément convaincu de la justesse de son choix, on doit l’être constamment et ce choix doit orienter toutes ses prises de position si on veut être cohérent avec soi-même.

Si je prends la peine de le signaler c’est parce que je trouve que trop de gens qui se disent souverainistes ne font pas preuve de cohérence.

Quand on est souverainiste par exemple , on ne vote pas pour un candidat d’un parti fédéraliste sans se contredire.

LA VIE EST FRAGILE
le 2 mai 2011, Gilles Duceppe a été tué psychologiquement et maintenant M. Layton lutte pour sa survie.
L’important pour nous au Québec, c’est de bien réfléchir avant de voter.
Je suis d’accord avec M. Jean Lapointe à l’effet que «la question nationale n’est pas un problème secondaire…et qu’il faut faire preuve de cohérence…»
Je suis peinée pour les deux hommes et j’espère qu’ils s’en sortiront.

Je souhaite a Mr. Layton une querison le plus rapide,car nous avovs
besoin de lui pour combatre les comservateurs qui mettent presentement notre pays dans le trouble. Mr Layton est une homme dynamique et je suis certain q,u,il sera capable de combatre son cancer,c,est que je lui souhaite de tout coeur.

Merci de prendre note que la personne nommée : Guy Lespinay dans ces commentaires n’est pas Guy Lespinay dominicain, mais un autre personne du même nom que je ne connais pas.
Cela dit, je sympathise bien avec M. Layton. Comme je ne fais pas de politique et je vis en France maintenant je prierai pour lui.