Lisée, Drainville et les contrastes au Parti québécois

Au lieu d’y aller d’une critique constructive, Jean-François Lisée a pris le bazooka pour tirer sur PKP, causant beaucoup de dommages collatéraux. Bernard Drainville, lui, s’est posé en rassembleur et a refusé d’emboîter le pas.

PolitiqueTous deux sont d’anciens journalistes et se réclament de la social-démocratie. L’un vient de se lancer dans la course à la chefferie, l’autre s’y prépare activement.

Je parle de Bernard Drainville et Jean-François Lisée. Malgré leur profil semblable, les dernières semaines ont révélé à quel point leur stratégie diverge.

Pour l’un et l’autre, le principal adversaire sera bien sûr Pierre Karl Péladeau, le favori. Le fait que ce dernier demeure propriétaire de Québecor soulève des questions légitimes par rapport à l’influence qu’il pourrait avoir sur son empire médiatique s’il devient premier ministre. À bon droit, Jean-François Lisée a donc soulevé l’affaire.

Sauf qu’une course à la chefferie n’est pas la même chose qu’une élection contre ses adversaires dans les autres partis. Quand le choix du chef sera fait, tout le monde au PQ devra travailler ensemble. Au lieu d’y aller d’une critique constructive, Lisée a pris le bazooka pour tirer sur PKP, causant beaucoup de dommages collatéraux. Drainville, lui, s’est posé en rassembleur et a refusé d’emboîter le pas.

Dans un autre ordre d’idée, Jean-Françcois Lisée sort, cette semaine, un livre sur ses 18 mois au gouvernement.

C’est son droit. Pour ma part, j’aurais mieux aimé un livre sur le référendum de 1995, dont ce sera le 20e anniversaire l’an prochain. Nous avons plus de recul, et les principaux acteurs ne sont plus sur la scène politique. La contribution de Lisée dans cet événement est importante, et il ferait œuvre utile en nous éclairant sur ce qui s’est passé, en y ajoutant sa réflexion et son interprétation.

En écrivant sur son expérience récente et en parlant de gens toujours au cœur de l’action, ce dernier crée plutôt un malaise avec ses collègues députés au PQ. Il se livre à un mélange des genres.

Agit-il en aspirant à la chefferie ou cherche-t-il à vendre des livres ? Jean-François Lisée est-il un politicien ou un commentateur ? Si, plus simplement, son but est de faire parler de lui, c’est réussi.

Parmi les révélations dont nous fait part l’ancien ministre, nous apprenons qu’il était mal à l’aise avec certains aspects de la charte de la laïcité, notamment le fait que certains fonctionnaires perdraient leur emploi s’ils refusaient d’enlever leurs signes religieux ostentatoires. Il proposait alors une clause grand-père. À ceux et celles qui travaillent déjà au gouvernement et qui portent de tels signes religieux, cette disposition aurait reconnu le tout comme un droit acquis. Les futurs fonctionnaires n’auraient pu cependant se prévaloir de cette échappatoire.

Jean-François Lisée avait l’option de profiter de la course pour faire de cette idée une proposition — une charte de la laïcité améliorée, en quelque sorte. Au lieu de cela, il nous révèle que, par «humanisme», il se préparait à démissionner, sous-entendant ainsi que le projet était inacceptable et que ses partisans manquaient cruellement d’humanisme — une attaque directe contre Bernard Drainville.

En cela, il joint sa voix au concert des commentateurs qui reprochent à Drainville d’avoir porté et défendu cette idée phare de l’éphémère gouvernement Marois. Ceux-ci accusent maintenant l’aspirant chef d’avoir semé la division.

Ce genre d’accusation suppose que la politique se fait sans affrontement, un modèle idyllique qui ne correspond nullement à la réalité. En son temps, la loi 101 a créé beaucoup de débats, de remous et — si j’utilise le critère des adversaires de la charte de la laïcité — beaucoup de division. Est-ce pour autant qu’il ne fallait pas s’occuper de la situation linguistique ?

La laïcité n’est pas le problème, c’est le remède. Ce qui cause la division, c’est le multiculturalisme canadien et les accommodements déraisonnables qu’il permet.

Prenons un cas parmi plusieurs : la Commission scolaire de Montréal. Les employés issus des religions minoritaires ont droit à des congés payés supplémentaires, mais pas les autres.

Si quelque chose provoque de la querelle, n’est-ce pas cette politique traitant les gens de façon inégale ? Quand on remet en cause l’égalité de tous devant la loi en divisant la société en groupes religieux, chacun avec des droits spécifiques suivant le nom qu’il donne à Dieu, le résultat est hautement prévisible : on crée de la division.

Bernard Drainville refuse de s’excuser. Alors on l’accuse de se replier plutôt que de s’ouvrir à l’autre, ce slogan galvaudé suivant lequel il faut vénérer la différence culturelle quelle qu’elle soit.

Pourtant, le candidat péquiste parle trois langues et détient une maîtrise en relations internationales de la prestigieuse London School of Economics. Sans compter qu’il a été pendant trois ans correspondant de Radio-Canada en Amérique latine et qu’il est aussi le père d’un enfant adopté en Corée. Aucun doute n’est possible, nous sommes devant un homme renfermé, voire carrément xénophobe !

Ceux qui pensent que la laïcité a coulé le PQ à la dernière élection se trompent. C’est plutôt l’habileté des libéraux à imposer la question référendaire comme thème dominant, au détriment de la laïcité, qui a fait déraper la campagne péquiste.

L’identité a toujours été fondamentale pour le Parti québécois, lequel se présente comme le défenseur de cette nation francophone ultraminoritaire en Amérique du Nord. Chaque fois qu’ils se sont éloignés de ce thème, les péquistes en ont payé le prix.

* * *

À propos de Frédéric Bastien

Frédéric Bastien est professeur d’histoire au collège Dawson et auteur de La Bataille de Londres : Dessous, secrets et coulisses du rapatriement constitutionnel. Il est titulaire d’un doctorat en histoire et politique internationale de l’Institut des hautes études internationales de Genève.

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16 commentaires
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Le problème avec le PQ, c’est que nous ne savons pas la direction qu’il veut prendre… Même si on peut être convaincu de l’utilité de l’Indépendance pour l’avenir du Québec, il faut un certain aveuglement pour ne pas constater TOUS les signes que notre population nous a donnés…. Il est très clair que la volonté d’indépendance se retrouve à un creux historique….

Et il y a plus URGENT actuellement…. Notre Sociale-Démocratie est mise à mal par le courant dominant de l’idéologie de MARCHÉ et les menaces d’austérité à la mode. Notre culture plus sociale et plus humaniste que celle du reste du continent est menacée. Voulons-nous vraiment une société de marché ???

Aujourd’hui, le SEUL Parti en mesure de protéger cette culture sociale-Démocrate, ce serait le Parti Québécois, en autant qu’il puisse admettre que l’Indépendance est seulement UN MOYEN et non une RAISON D’ÊTRE de son engagement politique. Un moyen qu’il doit convenir de mettre de côté et de laisser à d’autres organismes le soin de le promouvoir et de l’expliquer. ( monnaie, armée ect. )

M. Péladeau est, actuellement, le seul chef potentiellement positionné pour RELANCER ce Parti (qui selon moi devrait mëme modifiier son nom trop chargé émotivement dans les consciences partisannes !!!) Alors, il faut que ses membres cessent de se diviser et qu’ils exercent leur devoir de représenter NOTRE CULTURE et une vision de la société dans laquelle une majorité de citoyens veulent vivre. Même si notre désir d’autonomie politique reste fort présent et que l’idée de l’Indépendance fût utile de façon indéniable pour l’avancement des Québecois depuis la révolution tranquille, les allusions référendaires NUISENT maintenant et cantonnent une MAJORITÉ de Québécois entre les mains du parti libéral !!!!

M. Péladeau, appuyé par tous les membres de son Parti, doit mettre ses qualités de « leader » au service des intérêts supérieurs du Québec.( Je continue à espérer que c’est toujours le but visé en politique) Pour cela, il devra continuer d’exceller selon les règles du domaine POLITIQUE comme il a réussi à le faire selon les règles du domaine ÉCONOMIQUE. ( Les syndicalistes devraient pouvoir intégrer cette notion !!! )

Alors, ON FAIT CE QU’IL FAUT FAIRE ou on se chamaille et on reste 2 ième parti d’opposition dans une société AUSTÈRE et ÉVANESCENTE….

Je crois personnellement que PKP est surestimé et de beaucoup.

Je ne vois rien dans ses propos et dans sa façon chaotique de faire de la politique (utiliser Twitter et Facebook pour faire ses énoncés politiques s’assurant ainsi de ne pas avoir à répondre aux questions embarrassantes des journalistes qui ne sont pas à sa solde…!!!) qui puisse nous donner à penser que c’est un gars intelligent compétent. Au contraire, sans son entourage de Québécor qui lui servait de garde-fou, il est pathétique.

Les deux autres sont plus intelligents que lui mais les péquistes, tout comme les Canadiens qui se laisseront attirer par le mirage Trudeau, se laissent envoûter par un trompe-l’œil qui les décevra amèrement. Que l’on pense à la aussi soudaine que récente conversion de PKP, qui était qualifié par ces mêmes péquistes il y a quelques mois de « pire employeur du Québec », au socialisme interventionnisme étatique et aux génuflexions idéologiques des gauchistes syndicalistes qui hantent le PQ (SPQ libre…) devant cette dite conversion. Du pur délire.

Et que dire des innombrables conflits d’intérêts dans lesquels il a déjà trempé et ce, en moins de 6 mois… Imaginez-le Premier ministre!!!

« qui était qualifié par ces mêmes péquistes il y a quelques mois de « pire employeur du Québec » »

Je crois que vous confondez QS et PQ.

« Et que dire des innombrables conflits d’intérêts dans lesquels il a déjà trempé et ce, en moins de 6 mois… Imaginez-le Premier ministre!!! »

J’en compte seulement un, vous pouvez élaborer?

Imaginez , la paille dans l’oeil et la poutre dans l’oeil…………………..!!!!!!!!

Un peu naïf comme analyse. Ni Drainville ni Lisée ne peut gagner cette course. le premier ménage PKP pour accéder à un poste important sous le nouveau chef alors que le deuxième a déjà renoncé à servir sous PKP et tente de nuire à son accession. Tout le reste n’est que de la garniture.

Pas si sûr.

Bien hâte de voir PKP débattre de vive voix (sans l’aide de son entourage et de Twitter et Facebook) avec Lisée et Drainville.

Vous avez raison mais on n’a encore entendu et/ou vu aucun débat.

PKP se planque derrière Facebook et Twitter s’assurant ainsi de ne pas faire face et de ne pas devoir répondre aux questions embarrassantes des journalistes qui ne sont pas à sa solde.

Je regarde PKP, je lis ce qu’il écrit (le fait-il lui-même???), je le vois à la télé et il ne m’impressionne pas du tout. Je crois que si son père n’avait pas été là avant lui, il aurait connu une carrière tout ce qu’il y a de plus ordinaire. Rien de plus.

Ses « réalisations » personnelles ne sont qu’une suite de mauvais coups et de désastres et que sans l’aide de l’État québécois, il serait en faillite.

Monsieur François 1 vous critiquez les méthodes de communications de PKP comme une façon d’éviter les journalistes et leurs question. Au fédéral, que ce soit Harper, Lebel et encore pire Gourde ces manoeuvres d’évitement sont monnaie courante.
Pour ce qui est de la capacité de PKP de mener efficacement ses affaires sans l’ascendant de son père, visiblement vous ne suivez pas l’actualité économique.
Alors que Pierre Péladeau (père) était l’homme du média imprimé, y voir les journeaux, PKP a compris l’évolution des médias et misé avec succès sur les médias électroniques.
Ses principaux concurents sont BCE, Rogers Com. et Telus.
De quels désatres financier parlez-vous.
Peut être auriez-vous intérêt a vérifier le marcher boursier des 5 dernières années avant de juger de la performance de Québécor et de ses filiales.
Pour ce qui est de sa capacité à écrire lui-même ses déclarations, serez-vous vraiment surpris d’entendre que tous les politiciens d’importance ont des rédacteurs de discours.

« Ses « réalisations » personnelles ne sont qu’une suite de mauvais coups et de désastres et que sans l’aide de l’État québécois, il serait en faillite. »

En fait, sans *l’intervention* de l’État québécois, il aurait été acheté par Rogers au début des années 2000. Normalement les acquisitions ne se font pas avec des entreprises qui n’ont plus aucune valeur, voire la MMA.

L’actualité – McLean – propriété de Rogers Media, se met en groupe (Alec Castonguay et Frédéric Bastien attaquent le même jour) pour varger sur PKP. La preuve que l’homme fait peur aux soumissionistes et à leurs médias collabos.

J.François Lisée travaillait pour Rogers Média avant de faire de la politique et il ne se gênait pas pour dénigrer le parti libéral! Pour reprendre votre expression vous dites que les journalistes de l’Actualité vargent sur Péladeau il le mérite bien.Pourquoi les libéraux ont été forcés par les P.Q. de vendre leurs actions qu’ils possédaient, c’était le cas entre autres pour Mme Boulé un héritage familial qui n’avait aucun rapport avec les médias.Elle n’a pu les mettre en fiducie comme Péladeau veut faire..Ces péquistes ce qui est bon pour eux n’est pas admissible pour les autres.Deux poids deux mesures….Jusqu’à maintenant personne n’a répondu à ma question à savoir pourquoi P.K.P.aurait la permission de mettre ses actions en fiducie sans droit de regard si on ne le permet pas pour d’autres.

Lisée, qu’il fasse un bon premier ministre ou non n’est pas la question (je suis persuadé qu’il ne ferait pas pire que Couillard ou Charest), Lisée, dis-je, ne « passe » pas dans la population (au même titre que Pauline d’ailleurs). Drainville s’est brûlé avec le projet de Charte et n’a pas non plus le charisme pour devenir chef. Et rien n’indique qu’il est un homme d’idées qui pourrait revitaliser le PQ. Il est juste un peu drabe (à l’instar de François Legault). PKP a presque le champ libre. Est-il pour autant l’homme de la situation ? Rien n’est moins sûr. Une chose est cependant certaine : les membres du PQ ont une grande capacité à ne pas choisir le bon cheval. On l’a vu avec Boisclair alors qu’il était tellement évident qu’il n’était pas le bon choix. Toutefois, si ce n’est pas PKP, qui d’autres pourrait chausser les bottines de chef ? Là est la véritable question !

Pour moi il est évident que M.Péladeau n’est pas l’homme qu’il faut au PQ. Militante depuis des lustres mon choix est fait, M. Drainville ( qui dit qu’il n’a pas de charisme ?) serait pour moi un excellent premier ministre. Oui je crois qu’il est un rassembleur .
M. Bastien j’aime toujours vos analyses
Louise Gareau

PKP AU POUVOIR POURRA T IL GOUVERNER SANS NOMMER MINISTRE SES TROIS MOUSQUETAIRES LISÉE,DRAINVILLE ET OUELLET QUI SONT À LA SOURCE DE LA DÉBACLE AUX DERNIÈRES ÉLECTIONS.
.POURRA T IL MANOEUVRER AVEC LES SYNDICATS QU’IL A MALMENÉS..
.JE NE DIS PAS QUE CE NE SOIT PAS L’HOMME DE LA SITUATION MAIS VOTER CE N’EST PAS CHOISIR UN PREMIER MINISTRE
C’EST CHOISIR UN GOUVERNEMENT
VOULOIR UN PAYS C’EST SE DOTER D’ÉLITES TOUT COMME EN SPORT..C’EST LA PREMIÈRE ÉTAPE
POUR IMPOSER LE FRANCAIS IL FAUDRAIT DES PATRONS FRANCOPHONES DANS L’ENTREPRISE PRIVÉE