Le contrôle des armes V.S le registre des armes

Armes à vendre. Crédit photo: wiki/cc

J’ai grandi avec des armes à feu dans la maison. Mon père est un chasseur.

Il rangeait ses carabines de différents calibres dans une armoire en métal, au sous-sol — spécialement conçue pour l’entreposage — et fermée avec une clé que lui seul détenait.

Deux ou trois fois, je suis allé faire du tir au pigeon d’argile avec lui. Il voulait garder la main (et l’oeil) pour la chasse au canard et à la perdrix. Je n’ai pas détesté. Je n’ai pas aimé particulièrement non plus.

Mon père aurait voulu que je suive mes cours de maniement d’armes pour aller à la chasse avec lui. Entre hommes. Dans le bois. La vraie affaire. J’ai passé mon tour. Je pense qu’il en a été un peu déçu, répliquant avec le sourire et l’amour paternel, qu’il aurait dû se douter que son «intellectuel de fils» allait refuser de tirer sur du gibier.

J’ai toujours aimé mieux le manger que le tuer.

Ça ne m’a pas empêché de conserver la tête de chevreuil empaillée bien accrochée au mur de la véranda de mon chalet. C’est le chalet patrimonial des Castonguay. Mon arrière grand-père a tué ce chevreuil directement sur le terrain, du temps où ce n’était qu’un camp de chasse dans l’Outaouais. Un morceau d’histoire que je garde bien visible. Un respect pour ma famille de chasseurs (je vais probablement briser cette lignée!).

Comme mon père, je n’ai rien pour et je n’ai rien contre les « guns ». Il les utilisait comme un moyen de faire ce qu’il aime: aller à la chasse. Rien à voir avec «l’identité» dont parlent certains politiciens américains et canadiens (Justin Trudeau récemment). Ils sont des milliers comme lui au Québec.

Mon père a toujours été favorable au registre des armes d’épaule, abolie cette année par le gouvernement Harper. Il n’a pas aimé son coût — 1,045 milliards $, alors qu’il devait coûter 119 millions $ — comme bien des Canadiens, mais il n’avait rien contre l’idée. Surtout que le registre coûtait entre 4,1 et 7,4 millions $ par année à administrer avant son abolition. Il n’a pas aimé sa mise en place chaotique, mais le concept ne lui déplaisait pas plus qu’il ne le faut.

Rien contre l’idée de donner un outil très utile de sécurité publique aux corps policiers et aux enquêteurs, qui veulent continuer de l’utiliser.

Mais il ne faut pas se méprendre: le registre des armes d’épaule que le Québec veut remettre en place n’est pas la mesure la plus efficace de contrôle des armes à feu. C’est utile, mais complémentaire.

Un registre remis à jour annuellement n’a pas empêché des tragédies comme Dawson et le Métropolis. Et n’aurait probablement servi à rien à Newtown…

Pour utiliser à bien un registre, la police doit avoir des informations préalables sur une menace.

Le registre des armes d’épaule est devenu un symbole qui divise la population (et les partis politiques), de sorte qu’en temps de tragédie, les pros et les contre s’agitent et s’y agglutinent.

Il faut faire la part des choses. Il y a parfois un glissement. Le contrôle des armes n’est pas synonyme de registre annuel.

Le contrôle des armes à feu est important. C’est un engin fait pour tuer.

Dans un texte récent, le magazine The Atlantic démontrait que trois facteurs principaux semblent tributaires d’un faible taux de violence par armes à feu dans les États américains: le niveau d’éducation, la richesse et des lois plus sévères.

Les deux premiers facteurs sont à long terme. Le troisième peut changer plus rapidement.

Les États américains qui ont les lois les plus sévères ont moins de violence par balle.

Un contrôle plus serré des armes à feu peut s’exercer de plusieurs manières:

On peut resserrer la liste des armes en vente au public. A-t-on besoin de fusils d’assaut pour aller chasser l’orignal? Certains types d’arme auraient avantage à être prohibés.

Restreindre les endroits où l’on vend des armes.

Augmenter l’âge pour posséder une arme.

Ajouter des contrôles et de la rigueur dans l’examen qui permet d’obtenir un permis de possession d’armes.

Limiter la grosseur des chargeurs.

Exiger un entreposage sécuritaire, avec clé et coffre approprié.

– Exiger un cours de maniement d’armes poussé et éducatif.

Etc.

Les États-Unis peuvent travailler sur ces aspects pour serrer la vis du contrôle des armes. (Le Canada aussi, mais les problèmes de violence par balle ne se comparent pas…)

La complexe question de la santé mentale devra aussi être abordé un jour ou l’autre: celle des ressources disponibles et d’un suivi plus serré de certains patients à risque et en contact avec des armes.

Et le registre des armes d’épaule dans tout ça? Est-ce à dire qu’il est inutile d’en avoir un au Québec? Non.

Ce n’est pas parce que son existence n’empêche pas systématiquement les massacres qu’il faut tout jeter à la poubelle.

C’est une mesure complémentaire de sécurité publique.

Le registre est utilisé par les policiers lorsqu’ils interviennent dans les maisons ou les appartements, pour savoir à qui ils ont affaire. Y a-t-il des armes à l’intérieur? Si oui, combien, quel calibre, etc.

Dans les cas de violence conjugale, c’est utile à savoir. Dans les cas de menaces sur Internet, c’est utile à savoir.

Les enquêteurs peuvent également suivre plus facilement la trace d’une arme vendue et revendue (voir l’un de mes textes sur le sujet ici, avec chiffres et exemples).

Ça n’empêchera pas les armes illégales, qui est un autre problème.

Mais c’est un outil supplémentaire pour prévenir des drames et orienter le travail des policiers.

Des règles claires et sévères pour le contrôle des armes à feu peuvent exister sans un registre, mais les deux peuvent très bien cohabiter.

Ça ne règle pas tout (il n’y a pas de solution magique). Mais s’il est bien géré, pourquoi s’en passer?

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Enfin, dans tout ce brouhaha relié au conrôle des armes à feu,une opinion émise sans démagogie avec des arguments de qualité.

Pour ma part, je ne voulais pas d’un registre régis par le code criminel.

Bonjour M. Castonguay,

Excellent article. Je suis d’accord avec vous sur la différence entre le contrôle et un registre mais où je ne vous suis plus est de trouver l’utilité d’un registre.

Les policiers sur le terrain vous diront tous qu’un registre n’est pas nécessaire car lorsqu’ils reçoivent un appel d’urgence, ils gardent toujours la possibilité en tête qu’une arme à feu peut entrer en jeu à n’importe quel moment. Appelez ça instinct de survie. Avoir accès à un registre??? Ne changera pas grand choses pour nos gens dévoués à notre sécurités.

Nous disons tous la même chose depuis des années maintenant que nous devons resserrer les dépenses publics. Alors arrêtons de nous faire à croire des imbécilités, qu’un registre va sauver des vies par exemple et de ce fait dépenser des fonds publics inutilement.

Investissons ces argents dans nos infrastructures scolaires par exemple pour le bien-être de nos enfants.

Merci et continuez votre excellent travail.

Le taux d’homicides au Canada par nombre d’habitants (1,73 pour 100 000 habitants) était en 2011 descendu légèrement au-dessus du niveau de ce qu’il était dans les années 60. Il avait beaucoup augmenté dans les années 70 et 80 jusqu’à l’arrivée des Libéraux de Jean Chrétien. La décroissance a été pratiquement constante jusqu’à l’entrée au pouvoir des Conservateurs où les homicides ont légèrement augmenté pour enfin décroître à nouveau. Faut-il attribuer que c’est l’introduction du Registre qui y soit à l’origine de cette baisse ? À mon avis pas !

D’autres statistiques nous révèlent que les armes de poing (souvent non enregistrées) ou des carabines (également non enregistrées) sont dans le plus grand nombre de cas résultants de ces homicides. Si on mettait plus d’argent et des forces en nombre pour lutter efficacement contre toutes les formes de contrebandes : armes, cigarettes, drogue, prostitution, esclavage sexuel, etc., le nombre total des homicides et de nombre de crimes de toutes sortes chuterait drastiquement.

Un fait à noter, selon la Gendarmerie Royale du Canada, c’est que ce ne sont que 32% des crimes en moyenne qui sont commis par balle. Le reste est attribuables à des couteaux ou des objets contondants plus difficiles pour les enquêteurs à retracer.

Pour moi, un registre national des armes d’épaules et de toutes autres armes à feu est inutile. En revanche un enregistrement simple de chaque armes, la prohibition de certaines, l’obligation de détenir un permis sanctionné (comme pour une auto) par une épreuve pratique et une épreuve théorique sont des pré requis bien suffisants qui responsabilisent les gens.

Bien des problèmes qui existent dans notre société sont issus des excès de la justice et des corps policiers à faire appliquer des lois criminelles et des lois pénales pour un oui ou pour un non, ce sans le moindre discernement. Lorsque les meilleurs résultats sont dans l’éducation, l’instruction (incluant celle des policiers), tout comme les incommensurables vertus de la prévention.

Cette forme de répression latente, permanente, stressante pour les individus et sous-jacente idéologiquement et socialement ; tout cela devient selon moi la porte d’entrée à l’escalade dans toutes les formes de crimes graves contre la personne ou les biens d’autrui.

Plus une société use et abuse de ces outils (c’est le cas aux États-Unis) et plus les crimes s’accroissent pour leur gravité et leurs proportions.

Vivre en société implique des compromis.
La chasse devrait être interdite à 100% sauf pour les autochtones.
Personne ne pourrait posséder une arme à feu, point final. Si un autochtone tient à chasser dans la tradition de ses ancètres, très bien, mais à l’arc seulement.
En comparaison tout automobiliste est sous la loupe de voisins, de la police, de ses assureurs, de caméras de surveillance et des autres automobilistes. Un chauffard est vite repéré et sanctionné.
Une arme à feu en société n’a qu’un but, tuer, évidemment.
Tirer un bazooka c’est trippant, ça donne un gros rush, ça donne un sentiment de puissance et de pouvoir. Ce n’est pas permis en société.
Tirer un fusil à mon sens c’est exactement la même chose.
Si vous choisissez d’habiter loin de la société au fond des bois (si ça se peut encore), tirez du bazooka autant que vous voulez.
Mais se promener dans le bois pour tuer un orignal ou un chevreuil avec un fusil haute performance, ça ne rend pas plus mâle ou sexy ou puissant.
C’est plutôt dégoûtant.
Achetez-vous des caméras avec des grosses lentilles à la place.

Un registre est complètement inutile n’en déplaise à ceux qui sont pour. Le cout de ce registre est exorbitant et n’a jamais été mis à point ni d’aucune utilité autre que celle d’ennuyer les chasseurs. Avons nous le moyen de créer un autre ministère spécialement pour ça, avec une centaine de nouveaux fonctionnaires, ne somme nous pas assez endettée comme ça? On arrive même à peine à payer les intérêts de la dette sans faire d’emprunts. Ça n’a jamais empêché un fou ou un criminel de se procurer des armes, tant qu’à faire, créons aussi un registre pour les couteaux, la plupart des crimes sont perpétrés avec ce genre d’arme.

Je partage le goût de la chasse dans les bois comme votre père et comme les 500,000 chasseurs du Québec et nous sommes respectueux des lois. Le registre des armes d’épaule ne s’adresse qu’aux chasseurs et fermiers et il demeure un registre des armes à autorisation restreinte. Pourquoi criminaliser des honnêtes gens inutilement et créer un double registre ? Car le certificat du chasseur .émis par le gouvernement du Québec est bel et bien un registre des utilisateurs d’armes d’épaule. Ce certificat est émis à la suite de la réussite d’un cours de maniement d’armes reconnu et sanctionné par le gouvernement fédéral. Il est nécessaire non seulement pour acheter une arme d’épaule chez l’armurier qui a un registre des mes coordonnées et le numéro de série de l’arme achetée, mais aussi les munitions et le permis de chasse annuel. Alors pourquoi insister pour dédoubler ??? Je me sens surcontrôlé et criminalisé indûment…

J’ai un Certificat du chasseur en poche depuis plusieurs décennies et le gouvernement du Québec a toutes mes coordonnées personnelles sans pour autant avoir besoin de ce registre des armes d’épaule fédéral qui a été détruit créé à la suite l’hystérie collective du massacre de La polytechnique. Je vous demande pourquoi ça prend quatre permis ou certificat pour aller chasser à l’automne une perdrix ???¨ Ça fait plus de 40 ans que je suis les lois scrupuleusement pourquoi s’acharner sur moi et mes congénères ?

Gamil Gharbi (Mark Lépine) comme Valéry Fabrikant à Concordia, Kimveer Gill à Dawson et Richard Henry Bain au Métropolis étaient armés de fusils d’assaut interdits aux chasseurs et couverts par une autre registre sur les armes de poing et à autorisation restreinte toujours en vigueur depuis 1934. Pourtant les massacres ont eu lieu quand même par quatre détraqués tous en loi.

Quand à l’entreposage et au transport des armes, la loi est toujours là. C’est quoi le problème avec les chasseurs ???

Quelle malhonnêteté intellectuelle que d’invoquer le coût du registre alors que grand nombre d’opposants ont utilisé tous les moyens possibles pour le boycotter. Même les autorités de plusieurs juridictions ont encouragé les citoyens canadiens à tout faire pour entraver sa mise en application. Dans ces conditions c’est évident que les coûts étaient pour monter en flèche.

Quelle perversité et malhonnêteté du gouvernement Harper à vouloir par pure idéologie néo-libérale, empêcher le gouvernement Québécois de reprendre ce dossier qu’une grande majorité de citoyens approuvent.

Et pour aller dans le même sens que monsieur Michel Plante au # 4 j’ajouterais que plutôt que de mettre un panache à son mur, ces amoureux de la nature y mettaient des photos exceptionnelles d’un animal vivant les regardant droit dans les yeux, leur trip de mâles sanguinaires ne serait sans doute pas satisfait mais leurs habiletés de guetteur et de traqueur s’en trouveraient férocement magnifiées et .. reconnues. Peut-être devrait-on inventer des caméras faisant un GROS Bang à la place d’un petit clic-clic !

Non non non. On parle d’armes de chasse ou d’armes de guerre? Ce sont deux armes très différentes. J’ai déjà pratiqué la petite chasse. Mon fils va au chevreuil. Son certificat du chasseur l’a rendu bien plus prudent que moi.

Ce n’est pas la chasse au gibier qui est à bannir, c’est la chasse aux humains. Que font les fusils d’assaut au civil? Il ne faut pas les réglementer, il faut les interdire, point.

Ça parait simple mais ça ne l’est pas. Le registre des armes de chasse ne procure pas les avantages que ses coûts pourraient laisser supposer, ni ce qu’en prétendent les policiers. D’abord, on parle d’armes de chasse, pas de fusils d’assaut etc qui sont soit des armes à autorisation restreinte (où il y a déjà un registre qui demeure) ou les armes prohibées (pas de registre car la possession est prohibée).

La police prétend qu’ils peuvent savoir combien d’armes se trouvent dans un endroit grâce au registre. Rien de plus faux: le défunt registre ne fait que la liste des armes de chasse qu’une personne détient et ne dit rien de l’endroit où se trouvent ces armes. De plus, lors d’une intervention dans une maison ou tout endroit, les policiers devraient TOUJOURS prendre pour acquis qu’il y a des armes à feu, légales ou pas – leur vie en dépend et ils ne peuvent se fier sur un registre pour entrer la tête baissée dans une maison parce qu’il n’y a pas d’armes enregistrées – ce serait suicidaire.

Le Canada comporte un des systèmes les plus sophistiqués de contrôle des armes a feu des démocraties occidentales et ce contrôle fonctionne. Il y a des permis pour obtenir des armes de chasse (ou les armes à autorisation restreinte), pour les posséder, pour acheter des munitions, des règles strictes d’entreposage et de remisage des armes et des munitions etc. Ces règles évitent les accidents et les gestes impulsifs mais ils ne peuvent arrêter quelqu’un de déterminé à tuer avec une arme à feu. Ce dernier pourra se procurer facilement une arme sur le marché noir ou encore se servir d’une arme enregistrée – ça ne fait pas de différence. En fait feu le registre (ou le nouveau registre) n’a rien à voir avec la sécurité du public mais constitue une mesure administrative qui tend à jeter de la poudre aux yeux du public à des fins politiques.

Résumé:
Ceux qui sont contre le registre ont des arguments rationels; ceux qui sont pour, ont des arguments émotifs.
Étant donné que, selon Wilfrid Laurier: « Les Québécois n’ont pas d’opinions, ils n’ont que des sentiments », le Québec veut un registre.

Ce qu’il fallait démontrer

@ Denis Drouin (# 7):

Donc, si je vous comprends bien, vous appuyez le régistre Canadien des armes à feu conçu par le gouvernement fédéral de Jean Chrétien localisé à Ottawa.

C’est bien ça?