Le courrier des Internautes

Depuis l’ouverture de ce blogue, j’ai écrit 26 articles et vous avez répondu avec 320 commentaires. Chers Internautes, je vous lis, mais je ne peux vous répondre à tous. De temps à autre, cependant, je ferai quelques réponses ciblées. Voici mes premières.

D’abord à A. Gervais qui m’écrit:

j’espère que vous n’ ètes pas le fils de la Lisée
qui me doit au dessus de $1600 de loyer et qui faisait la même chose avec d’autres propriètaires
Jamais je voterai péquiste et j’ espère que jamais
plus ils prendront le pouvoir.

Cher M. Gervais, je ne suis pas le fils de cette Lisée et je m’adresse solennellement à cette Lisée pour qu’elle rembourse au plus tôt la somme due car elle nuit vraiment à la réputation de la famille et, au surplus, nuit à la famille souverainiste.

Au sujet de la santé aux États-Unis, Pierre Desrochers demande si je pourrais « nous résumer le plan adopté . Et votre opinion là-dessus? » Je le renvoie à l’excellente vulgarisation donnée par la spécialiste Antonia Maioni, que j’interviewe ici. Je partage totalement son opinion.

Mathieu Demers réagit à mon petit billet sur le taux de chômage du Québec, aujourd’hui plus faible qu’au Canada et aux USA. Dans ce dernier pays, écrit-il,

Quand l’économie roule au mieux, le chômage est entre 3 et 4%. Trouvez-moi l’année où le Québec a eu ce taux de chômage, élément majeur pour déterminer le nombre de personnes vivant sous le seuil de pauvreté.

En fait, le taux de pauvreté au Québec est historiquement beaucoup plus faible que le taux américain. Calculé selon les mêmes critères, il était, selon les dernières données disponibles, de 18,8% aux USA en 2002 (donc une année de chômage faible), de 13% en Ontario et de 10% au Québec. Si on parle de « pauvreté sévère », où les citoyens ont moins de 30% du seuil de faible revenu, les chiffres étaient de 6% aux USA, 2,8% en Ontario et 1,7% au Québec. On sait également que, pendant la décennie, la pauvreté a été en légère hausse aux USA (sous Bush) et en légère baisse au Québec, où il a atteint en 2008 son plancher historique. (J’en traite dans la Gauche efficace.)

Raphael P. commente mon billet sur la mauvaise saison télévisuelle de science-fiction en me suggérant de regarder les premiers épisodes de Stargate:Universe, meilleurs que les autres de ce filon qui ne m’a pas beaucoup accroché — lui non plus. Je vais m’y mettre.

Au sujet de mon billet « Exporter la discrimination », Marc Pérusse écrit ceci:

Il y a une légère naîveté qui frôle l’hypocrisie dans ce que vous présentez. Car il y a, dans la population québécoise, des gens qui vont faire la file à une caisse plus achalandé pour éviter d’être servi par une presonne de minorité visible. Il y a des parents qui sont dérangés que des hommes s’occupent d’enfants, soit en service de garde ou à l’école. Certains n’iront pas demandé à un préposé féminin des conseils sur les outils, même si ladite préposé est assignée à ce département. La différence entre le québécois mentionné dans mes exemples et ceux qui font partie des minorités mentionnés dans votre article est que ces derniers expriment tout haut ce qui les dérangent. Si le musulman, juif orthodoxe ou chrétien sectaire (pour reprendre vos mots), décidaient de rester dans la ligne d’attente et laisser passer le suivant en attendant qu’un préposé masculin soit disponible, mais qu’il le faisait en silence, serait-ce plus acceptable?

Ma réponse est oui, ce serait (et c’est) plus acceptable. L’individu a tout le loisir de moduler son propre comportement pour être fidèle à ses préjugés et en ce cas il lui incombe d’attendre, de changer de file, de retourner chez lui. Le problème de l’accomodement demandé à la SAAQ est que l’État est sommé d’internaliser le comportement discriminatoire, d’en reconnaître la valeur (!) et de s’organiser en conséquence.

Sur un autre aspect du même billet, un athée écrit ce qui suit:

Toutes les grandes religions sont misogynes – votre prémisse, invoquée comme une évidence, tient-elle vraiment ? […] La misogynie – qui désigne avant tout, suivant son étymologie, un sentiment : la haine des femmes – imprègne-t-elle vraiment de part en part, et irrémédiablement, toutes les idées caractéristiques de la pensée religieuse ? Une personne qui tient à l’égale dignité des sexes se doit-elle alors d’être athée – si oui, l’athéisme est-elle une croyance à part ou simplement l’absence de toute religion ? On n’aurait aucun mal, il est vrai, à déterrer des citations vitupérant la femme chez les plus grands auteurs chrétiens. Mais vous savez bien qu’un corpus aussi vaste peut fournir des appuis à des thèses historiques les plus diverses, sans rien établir quant au sentiment essentiel qui définit les “grandes religions” (haine de la femme ou non). En tant qu’athée qui tient farouchement à la laïcité des institutions publiques, je dois avouer que ce raccourci m’exaspère – surtout qu’il détonne dans un blog par ailleurs très instructif et solidement argumenté…

Il est vrai qu’on peut trouver dans le corpus chrétien — et dans le corpus et/ou la pratique islamique — des éléments favorables aux femmes. Mais il faut les chercher et elles viennent contredire ou atténuer l’organisation même de ces religions. Les chrétiens tenant de l’égalité des sexes finissent toujours par buter sur l’impossibilité pour une femme d’être l’égale de l’homme au sein de la hiérarchie chrétienne. Cette contradiction explique en partie l’atténuation du lien entre l’église et les peuples les plus proches de l’idéal d’égalité, dont le peuple québécois. J’ai un peu badiner sur cette question dans mon texte Marie-Madeleine 17, Benoît 16.

Au sujet de « Jean Charest, un bâtisseur », où je renvoie à une video du PLQ sur l’hydro-électricité qui ne mentionne pas le nom de René Lévesque, William B, me demande:

M. Lisée, j’attends toujours une analyse objective de votre part, et j’attends toujours….
Pourquoi le PQ ne se ventent-ils pas que le PLQ avec le ministre libéral, René Lévesque a complété la nationalisation de l’hydro-électricité ?

Je ne peut parler que pour moi, mais je vous assure que, lorsque j’écrivais des discours pour MM Parizeau et Bouchard, je ne manquais aucune occasion de dire du bien de Jean Lesage et de son ministre René Lévesque. Tant que nous est venu aux oreilles des récriminations de libéraux qui trouvaient qu’on voulait « récupérer » Lesage. J’avoue cependant été moins disert au sujet de Bourassa.

Au sujet du billet Construction: Être Eliott Ness ou Al Capone, Atim Leon écrit:

Merci pour cette analyse [qui ] rend justice à la difficile situation dans laquelle se trouve la FTQ. L’atteinte à sa réputation a été très lourde cette année. J’aimerais souligner d’ailleurs qu’aucune perquisition n’a été faite à la FTQ, ni même à la FTQ-Construction. Les journalistes de l’émission Enquête n’ont rien démontré d’illégal et la police elle-même n’a rien trouvé d’illégal. Les enquêtes de la police portent sur certaines entreprises et non sur les syndicats. La seule perquisition a eu lieu au Fonds de solidarité pour obtenir les dossiers que le Fonds avait constitué sur certaines entreprises de la construction qui avaient demandé de son financement par le passé (refusé, soit dit en passant). D’autres perquisitions similaires ont lieu régulièrement dans d’autres institutions financières sans que cela fasse les manchettes…

Rien à ajouter.

Jacinthe Tremblay, ancienne attaché politique de Jean Doré, renchérit au billet Harel a gagné… dans le Montréal pré-fusions:

La réforme municipale de 2002 a eu comme conséquence un deni total de démocratie pour les citoyens de l’Ancienne Ville de Montréal. LEUR ville a été morcelée SANS QU’ILS N’AIENT UN MOT À DIRE – seuls les gens des banlieues ont eu droit à un référendum, pour comme contre les fusions. Et depuis, le maire élu par le million de citoyens de l’Ancienne Ville de Montréal n’a jamais été celui qu’ils ont élu. La Communauté urbaine de Montréal, qui assurait, en plus d’une saison gestion de services insulaires, en plus de fonctionner dans la plus grande harmonie possible entre Francos et Anglos, n’existe plus. Et les arrondissements de l’Ancienne Ville de Montréal sont les plus mals foutus en terme d’infrastructures souterraines et routières services publics alors qu’ils sont la vitrine de la Métropole du Québec sur le monde.

Les citoyens de l’Ancienne Ville de Montréal sont enfin les plus pauvres de l’île. Comme disait un ami avant ce désastre : Les Montréalais sont pauvres mais au moins, ils ont Montréal. Ils ne l’ont plus!

Elle propose en conclusion l’introduction de la proportionnelle à Montréal pour réparer un peu les dégâts. Julien David, lui propose les deux tours de scrutin, à la française. J’appuie à deux mains. L’élection de Montréal plaide pour la tenue d’un second tour. Introduisons le dans notre métropole, voyons le résultat, et discutons ensuite de son application pour tout le Québec.

Finalement, au sujet du billet « Faut-il financer W? Non! » où je m’insurge contre la pratique courante où les entreprises paient à leurs cadres des repas déductibles d’impôt pour aller écouter George Bush, François 1 demande:

Vous affirmez que l’État ne devrait pas financer, du moins indirectement par le jeu des dépenses admissibles des sociétés, les discours de W… Et si c’était Bernard Landry? ou Jacques Parizeau? Je suis assuré que votre position serait tout autre non?

Justement non. Je m’oppose à ce privilège, quelque soit la personne qui parle. Je me suis exprimé plus longuement sur toute la pratique des comptes de dépenses dans la chronique Faire payer les riches: mode d’emploi.

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6 commentaires
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M. Lisée, jamais je n’ai dit que le gouvernement Bush faisait mieux.

Le gouvernement fédéral américain n’a jamais cessé de croître, ni de ralentir son rythme des dépenses.
Il s’est toujours greffé plus de nouvelles fonctions gouvernementales, de bureaucratie, de nouvelles fonctions dites «essentielles».

Bush a pris des décisions idiotes comme de couper les impôts… tout en continuant à augmenter le rythme des dépenses.

Pour les marxistes et crypto-marxistes qui clament qu’il a été un «ultralibéral», je le vois comme un étatiste conservateur (comme il existe des étatistes socialistes ou marxistes) puisqu’il fut l’architecte de nouvelles contraintes aux frontières (pensons à l’obligation d’avoir un passeport, aux inspections des produits alimentaires dits «à risque»!! venant du Canada et du Mexique) et de tarifs douaniers spéciaux (sur le bois au Canada, sur l’acier européen, …, sur le roquefort!).

Nous sommes loin du relatif libéralisme européen, où les gens peuvent voyager, travailler, se déplacer et échanger avec l’étranger sans passeport, avec une normalisation des procédures d’établissement pour ceux-ci (plus besoin d’aller à répétition dans une préfecture locale pour remplir de la paperasse).

Les monopoles d’État y ont aussi été privatisées et les marchés se sont ouverts.

«Étatistes de gauche = Étatistes de droite», comme le disait Martin Masse du Québécois Libre.
http://www.leblogueduql.org/2008/09/tatistes-de-gau.html

C’est la raison pour laquelle j’ai justement choisi un État bien plus libéral-libertarien qu’en maints endroits aux États-Unis.

Là aussi, on voit que la situation est bien meilleure que partout où on privilégie la concentration des pouvoirs dans les mains d’une minorité de politiciens versus des individus libres qui gèrent leurs vies avec bien moins de contraintes et de « bonnes » décisions arbitraires des « biens-pensants ».

Je trouve que votre initiative est formidable. Cela mettra un peu plus de vie encore sur le blogue.

Et je salue votre arrivée. La politique québécoise a été traitée du bout des doigts jusqu’à présent selon ma perception du moins et je reconnais que je peux me tromper.

Mais que voulez-vous, les éditoriaux du Globe and Mail je m’en tape, et je ne jette qu’un coup d’oeil distrait à la la politique fédérale, qui m’ennuie profondément. Ce qui m’intéresse davantage, c’est ce qui se passe là où je me sens interpellé de l’intérieur. Mais bon je paie des impôts au fédéral alors je regarde un peu ce qui y grenouille…

quand même on dirait que l’Actualité se réveille ce n’est pas trop tôt. Votre atitude fait radicalement contraste avec celui de votre voisine, que j’appelle Madame, et qui nous a averti d’entrée de jeu lorsqu’elle a remplacé monsieur Vastel, qu’elle ne lirait qu’en diagonale nos commentaires.

Belle façon de nous dire «cause toujours mon lapin».

Au moins, avec vous on pourra parler. Bravo jean-François.

Merci pour votre courriel et votre réponse. Ça m’a surpris (agréablement tout de même…).

Mais je persiste à affirmer que vous n’auriez jamais fait de papier si Landry ou Parizeau avaient prononcé un discours où les gens auraient payé pour les écouter et où ces dépenses auraient légalement été admises comme déductibles d’impôt (ça ressemble à s’y méprendre à une levée de fonds pour un parti politique ne trouvez-vous pas?). D’ailleurs, je ne me souviens pas vous avoir lu lorsque Bill Clinton est venu faire la même chose que Bush au Québec il y a quelque temps… C’est vrai que Clinton est identifié à la gauche…lui!

Pour ce qui est de votre article plutôt idéaliste sur les inégalités, je trouve que ces dites inégalités sont parfaitement normales dans un monde moderne et capitaliste. Quoi de plus juste que de mieux rémunérer celui qui fait des efforts et qui risque SON argent? On peut être à la fois riche et honnête Monsieur Lisée… Il est parfaitement injuste et inacceptable de considérer toute personne riche comme étant suspecte, d’ailleurs, si elles ont gagné honnêtement leur fortune par leur travail, pourquoi devrait-on leur en tenir rigueur et les en priver de tout ou partie? De quel droit? Par jalousie, par envie?

D’un autre côté, si les socialistes veulent dénoncer la fortune mal acquise de riches parvenus vivant des subventions de l’État ou de la corruption, et mettre fin à leurs privilèges, à leurs magouilles, les libéraux seront de tout coeur avec eux.

N’oubliez pas, Monsieur Lisée, que certains pays ont poussé votre raisonnement à son paroxysme et nous fêtons ces temps-ci les 20 ans de l’écroulement de ce genre de régime…

Désolé mais le seuil de faible revenu n’est pas une mesure crédible de la pauvreté.

Le seuil de pauvreté est un indicateur… qui n’indique rien.

Le seuil de pauvreté correspond à la moitié du revenu médian des habitants du pays. Le revenu médian est le revenu qui divise la population en deux: la moitié des gens gagnent davantage, l’autre moitié gagnent moins.

Prenons un exemple simple pour montrer l’incapacité de ce « seuil de pauvreté » à refléter la réalité de la pauvreté d’abord, et à soutenir une comparaison entre deux pays ensuite.

Supposons qu’aux États-Unis, 30% des habitants aient un revenu compris entre 200 et 300 KF, que 20% aient un revenu compris entre 300 et 600 KF, et que les 50% restants aient un revenu encore supérieur. Le revenu médian pour la population des États-Unis serait alors de 600 KF ( 50% gagnent plus, 50% gagnent moins ). Le « seuil de pauvreté » serait donc de 300 KF (la moitié du revenu médian). Trente pour cent des habitants des États-Unis vivraient en dessous du « seuil de pauvreté »! Mais avec un revenu compris entre 200 et 300 KF, pourrait-on vraiment dire que les États-Unis comptent 30% de pauvres?

http://www.quebecoislibre.org/030719-13.htm

De plus, l’argument avec la pauvreté sous Bush est très faible.

Voici comment se compare Bush, ce supposé champion du néo-libéralisme, à son prédécesseur (les plus récents chiffres de l’OCDE).

Bill Clinton a réduit les dépenses sociales du gouvernement américain de 15,1% à 14,6% du PIB.

Selon les chiffres les plus récents, George Bush a augmenté les dépenses sociales du gouvernement américain de 14,6% à 16,2% du PIB.

Depuis son arrivée au pouvoir, Bush a été très interventionniste. Son bilan économique devrait embarrasser la gauche et non pas la droite.