Le fédéralisme canadien rentable pour le Québec ?

Au Québec, à peu près tous les acteurs économiques ont demandé au gouvernement fédéral de renoncer à sa décision de couper les ailes aux fonds de travailleurs.

Sur son blogue, le journaliste économique Gérald Filion explique bien l’importance des fonds de travailleurs pour l’économie québécoise. Il souligne avec justesse que ces outils permettent d’augmenter l’épargne des Québécois et du même coup, de soutenir de nombreuses entreprises qui autrement peineraient à trouver du financement pour démarrer ou prendre de l’essor.

Il n’est pas le seul, puisque les syndicats comme les patrons, les chambres de commerce, le gouvernement du Québec comme les partis d’opposition ont tous souligné l’importance de ces fonds pour l’économie québécoise. Cette belle unanimité fait écho à la création du Fonds FTQ, parrainé à sa naissance par Louis Laberge, René Lévesque et le premier ministre conservateur Brian Mulroney.

Au Québec, à peu près tous les acteurs économiques ont demandé au gouvernement fédéral de renoncer à sa décision de couper les ailes aux fonds de travailleurs en abolissant le crédit d’impôt. Évidemment, ce qu’on entend à la commission Charbonneau à propos de la FTQ n’est pas joli, joli. Des changements de gouvernance sont clairement nécessaires. D’autres changements au fonctionnement du Fonds de solidarité pourraient aussi l’être. Mais il n’y a personne de sensé au Québec qui souhaite la disparition de cet important outil de développement.

Pourquoi alors, le gouvernement fédéral s’obstine-t-il à imposer sa décision envers et contre tout le Québec économique? À Ottawa, le gouvernement prétend que ça lui permettra d’économiser quelques centaines de millions par année. Cet argument ne tient pas la route deux secondes. Extrait du blogue de François Pouliot du journal Les Affaires:

«Quant au coût, il ne faut pas le nier, mais il faut aussi reconnaître l’effet multiplicateur qu’il engendre dans un créneau où, on l’a dit, le capital ne se bouscule pas. En 2012, les entrées de fonds ont coûté 230 M$ à Québec et Ottawa, alors que le Fonds a injecté 908 M$ dans son portefeuille de risque et de développement. C’est 3,3 fois la mise.»

En réalité, avec leur impact positif sur le développement économique et sur l’épargne, les fonds de travailleurs sont payants pour Ottawa.

Si ce n’est pas une question d’économie, pourquoi agir ainsi ? M. Pouliot croit que c’est tout simplement idéologique: «Pendant un temps, on a cru que la levée de boucliers avait pu le convaincre. Mais non, le gouvernement (fédéral) donne aujourd’hui l’impression d’être idéologiquement ancré contre le capital des syndicats.»

Il y a sûrement un peu d’idéologie, mais celle-ci n’a pas empêché le gouvernement Harper d’injecter 6,6 milliards de dollars dans GM, la plus grosse subvention gouvernementale de l’histoire canadienne, montrant que pour les conservateurs, l’idéologie pouvait être écartée au profit de l’économie.

Quitte à l’inscrire pudiquement dans la rubrique «Autres paiements de transfert».

Le gros chèque

Mon expérience à Ottawa m’amène plutôt à regarder du côté de l’intérêt très pragmatique de Bay Street et des banques de Toronto. Pour le ministre fédéral des Finances, Jim Flaherty, rien n’est plus important que ces intérêts. Il nous l’a montré à de nombreuses reprises dans le passé. Or, en s’attaquant aux fonds de travailleurs, il sait très bien qu’une partie de l’épargne actuellement investie au Fonds de solidarité atterrira dans les coffres des grandes banques canadiennes, avec toutes les retombées afférentes pour la place d’affaires torontoise.

Il n’y a pas lieu de s’étonner que Flaherty, qui est le ministre de Toronto et de ses banques, défende leurs intérêts. Les gouvernements ont toujours la politique de leur intérêt. A contrario, on ne peut imaginer un gouvernement du Québec (qu’il soit bleu, rouge ou multicolore) s’attaquer aux fonds de travailleurs et aller ainsi à l’encontre de ses propres intérêts économiques.

Ce qui est plus étonnant pour qui se donne la peine de tendre l’oreille vers le Parlement fédéral, c’est la complète apathie de Thomas Mulcair sur cette question. Avec les 2/3 de ses députés qui proviennent du Québec et ses affinités avec le monde syndical, on aurait pu croire que le NPD allait partir en croisade contre la décision du gouvernement conservateur et mener la bataille avec férocité. Au lieu de cela, Thomas Mulcair fait le procès de Stephen Harper pour sa gestion du «Sénatgate». Ça fait de belles manchettes, il brille de tous ses feux, mais pendant ce temps-là, qui défend les intérêts du Québec à Ottawa ?

Je fais semblant d’être étonné, mais je ne le suis pas. Lors de la campagne de 2011, les néodémocrates ont fait campagne pour que les contrats de navires fédéraux soient octroyés au chantier maritime d’Halifax, plutôt qu’à celui de Québec. On parle ici de contrats de 25 milliards de dollars. 25 000 millions de dollars !

Je mentionne toute une série d’exemples semblables ici.

Sans nous faire d’illusions, on souhaite tous qu’Ottawa change d’avis et renonce à saboter nos intérêts économiques. Mais s’il va de l’avant comme c’est prévisible, j’aimerais qu’un fédéraliste québécois m’explique en quoi le fédéralisme canadien est rentable pour le Québec.

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Laisser croire que le fédéralisme peut être ou est rentable pour le Québec c’est un leurre que certains politiciens fédéralistes s’amusent à utiliser pour amadouer les québécois et ils reviennent avec ça année après année, décennies après décennies, mais il y a toujours quelque chose qui cloche et en considérant tout à la fois pas seulement un ou deux éléments spécifiques il semble bien qu’à long terme c’est toujours le même bord qui tire avantage de ce supposé partenariat et ce n’est pas le Québec.

Le Québec a un potentiel qu’il pourrait bien mieux développer et exploiter s’il se gérait totalement lui-même qu’en continuant de partager ces pouvoirs avec un autre pallier de gouvernement (le Fed), il faut juste nous faire confiance, amorcer le divorce et nous prendre en main.

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