Le débat qui tue

Aucune des propositions en immigration déposées pendant cette campagne n’empêche le déclin du Québec dans le Canada. À moins qu’un des partis ose inviter le reste du pays à en débattre.

montage : L’actualité

Patrice Roy a posé, au cours de l’émission spéciale de Radio-Canada alignant les entrevues avec chacun des cinq chefs dimanche dernier, ce qu’on pourrait appeler la question qui tue.

À François Legault qui promet de plafonner les seuils d’immigration du Québec, l’animateur a rappelé qu’Ottawa s’apprêtait, lui, à augmenter substantiellement les siens. « Serez-vous l’artisan du déclin du Québec au Canada ? » Le chef de la Coalition Avenir Québec (CAQ) n’a pas aimé la question. De fait, elle était quelque peu malhonnête, car elle aurait pu être posée… aux cinq chefs.

En matière d’immigration, quatre propositions politiques sont sur la table. À la CAQ, on promet de ramener les plafonds d’immigration à 50 000 après leur hausse passagère à 70 000 afin de rattraper le retard pris pendant la pandémie. Le conservateur Éric Duhaime dit vouloir faire la même chose. Le Parti québécois de Paul St-Pierre Plamondon irait bien plus loin dans cette veine : il abaisserait le seuil à 35 000. (Il limiterait aussi à 20 % du total le nombre d’étudiants étrangers parlant anglais, mais pas français.) À l’autre extrémité du spectre, libéraux et solidaires augmenteraient l’immigration. À Québec solidaire (QS), on vise une fourchette de 60 000 à 80 000 nouveaux venus annuels, alors qu’au Parti libéral du Québec (PLQ), on parle de 70 000 la première année. Le seuil des années subséquentes serait déterminé au terme de discussions avec les partenaires des régions, là où on aimerait que plus de nouveaux arrivants s’établissent. Chez les libéraux, on dit donc que le nombre de 70 000 n’est ni un minimum ni un maximum.

Pour résumer, en fonction du chef qui deviendra premier ministre, on souhaite inviter de 35 000 à 80 000 immigrants par année. Or, pendant ce temps à Ottawa, le gouvernement fédéral prévoit accueillir 447 000 immigrants dès 2023 et 451 000 l’année suivante. Avant 2015, date d’arrivée au pouvoir de Justin Trudeau, le Canada recevait environ 250 000 immigrants par année. Mais les libéraux fédéraux, pour qui l’accueil à la diversité constitue une véritable valeur cardinale, ont décidé de mettre les bouchées doubles.

Le Québec abrite 22,5 % de la population canadienne. Pour maintenir son poids démographique dans la fédération, il devrait, à défaut d’une seconde revanche des berceaux, accueillir cette même proportion des immigrants reçus, soit environ 100 000 par année. C’est d’ailleurs à ce nombre qu’aspire le Conseil du patronat du Québec.

Ainsi, même si Québec solidaire prenait le pouvoir (!) et ouvrait les vannes, ses 80 000 immigrants ne représenteraient que 17 % des nouveaux venus canadiens. Avec Dominique Anglade, ce serait 15,7 % des nouveaux arrivants canadiens qui seraient accueillis par le Québec. Avec François Legault, 11,2 %, et avec Paul St-Pierre Plamondon, 8,5 %. Autant dire que tout le monde contribuerait au déclin du Québec au sein du Canada.

L’enjeu est de taille. En souhaitant limiter l’immigration pour préserver son caractère francophone, le Québec pèsera de moins en moins lourd dans la balance du Canada. Existe-t-il une solution ? Dimanche soir, François Legault a répondu avec une bonne dose de pensée magique. « Le fédéral, c’est son choix. Nous, on va vouloir protéger le nombre de députés fédéraux qui viennent du Québec. Le pouvoir du Québec à Ottawa, c’est important de le protéger. » Voilà une promesse qu’il ne peut pas tenir.

En mars dernier, quand il a fallu redécouper la carte électorale canadienne pour prendre acte des données du plus récent recensement, le Québec a perdu 1 siège, en obtenant 77 au lieu de 78. Devant le tollé québécois, les libéraux ont modifié les règles pour décréter qu’une province ne pourra désormais jamais avoir moins de sièges à la Chambre des communes qu’elle n’en avait en 2019. Problème réglé ? De la poudre aux yeux, plutôt !

Le Québec a peut-être récupéré son 78e siège, mais le total de la Chambre, lui, est passé de 338 à 343. Le poids québécois au sein du Parlement canadien a donc poursuivi sa glissade : il sera dorénavant de 22,7 % au lieu de 23,1 %. La diminution peut paraître infime, mais elle s’ajoute à toutes celles des dernières décennies. Tant que le total de sièges à la Chambre des communes ne sera pas plafonné, le maintien des sièges québécois ne garantira rien du tout.

Pour passer outre la démographie déclinante et préserver le poids relatif du Québec — disons à 25 %, comme l’avait proposé le défunt accord de Charlottetown —, il faudrait modifier la Constitution canadienne. M. Legault n’aura pas à lui seul ce pouvoir, peu importe quelle sera la taille de sa majorité. Il aurait besoin de l’accord d’au moins six autres provinces. Or, l’idée avait été rejetée en 1992 et, 30 ans plus tard, si on se fie aux débats qui ont eu lieu ce printemps, force est de constater qu’il y a encore moins d’appétit qu’avant dans le reste du Canada pour ce « cadeau ».

Le Québec est-il donc condamné à aller de Charybde en Scylla, c’est-à-dire à choisir entre se noyer dans le Canada ou se noyer de l’intérieur ? Les partis de la province ont raison de braquer les projecteurs sur Ottawa afin qu’il augmente sa part d’immigrants francophones sélectionnés pour le Québec.

Des chiffres fournis par le cabinet du ministre fédéral de l’Immigration indiquent par exemple que l’an dernier, sur près de 20 000 immigrants approuvés par Ottawa (réunification familiale et demandeurs d’asile), 44 % ne parlaient pas français.

Mais les partis du Québec devraient peut-être songer à proposer un débat pancanadien plus large sur la pertinence d’augmenter toujours plus les cibles fédérales. S’il est vrai que le Canada a la protection du français à cœur, il devrait se montrer sensible à cette inquiétude identitaire légitime.

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Dans une récente chronique publiée le mois dernier dans L’actualité, l’économiste Pierre Fortin répondait à la question de savoir combien d’émigrants pouvait-on recevoir au Québec, chaque année. Sa conclusion était pratiquement sans appel, à savoir que le seuil de 50 000 ne pouvait être dépassé.

On peut lire cet article par le lien suivant : https://lactualite.com/politique/de-combien-dimmigrants-permanents-le-quebec-a-t-il-besoin/

Le patronat québécois voudrait avoir sa part des nouvelles cibles d’Ottawa de 451 000 émigrants par ans d’ici 2024, ce qui signifie que théoriquement on pourrait recevoir de 80 à 100 000 émigrants par ans. La question qui se pose, c’est de savoir si toutes les provinces pourront suivre et à quel prix, sans argent supplémentaire, sans le déploiement d’une structure d’accueil qui permette aux nouveaux arrivants de se trouver un logement, de pouvoir postuler pour un emploi décent et de se voir offrir ces nouveaux emplois.

Ce que relève Hélène Buzzetti, c’est qu’un flot moindre d’émigrants au Québec réduirait notre poids démographique et donc notre poids politique au sein de la Confédération. De l’avis de monsieur Fortin cette baisse relative aurait des conséquences négligeables en termes d’influence politique.

D’ailleurs la prospérité d’une nation ne repose pas uniquement sur le nombre d’habitants, plutôt sur notre capacité collective d’accroitre le PIB significativement. Est-ce que les choix en matière d’immigration des divers partis politiques forgeraient-t-ils le déclin du Québec dans le Canada ? Cela ne semble pas si simple que cela. Arithmétiquement peut-être, mais les émigrants ce sont d’abord des gens.

Les politiques migratoires de QS et du PQ ne s’inscrivent pas dans le déclin du Québec dans le Canada, cela s’inscrit plutôt dans le fait que le Québec comme État à part entière pourra décider de sa politique migratoire, d’une croissance durable de sa population. Rien n’indique qu’un Québec indépendant ne saurait pas faire mieux que la politique « surprenante » des libéraux fédéraux.

Cela dit dans l’état actuel des choses, il serait probablement une bonne chose qu’Ottawa transfert aux provinces le choix et ses privilèges en matière d’immigration, ce serait une petite révolution et cela aurait probablement du bon, puisque ce serait un pas de plus vers la décentralisation. Ce qui permettrait d’établir les vrais besoins en termes d’immigration.

En ce qui me concerne, je pense que de rabaisser le seuil d’immigration au Québec à 35 000 personnes dans un premier temps, que cela est une proposition raisonnable aussi longtemps qu’on n’aura pas mis en place une structure d’accueil acceptable pour tout le Québec, laquelle prenne réellement en compte nos besoins et notre capacité d’accueil dans toutes les régions ; ainsi faire en sorte que les nouveaux arrivants puissent faire la promotion des bonnes conditions de vies qui seraient offertes par les Québécois, ce virage qualitatif viendrait certainement supplanter positivement ce petit nombre en moins de postulants à l’immigration.

Cela encore aurait peut-être pour effet de réduire le nombre de nos concitoyens qui sont en âge de travailler, lorsque les conditions de vies les ont laissées pour compte. C’est un bassin de main d’œuvre invisible qui demeure largement inexploité, vers lequel le patronat ne se tourne définitivement pas. Une problématique pancanadienne soit dit en passant.

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Belle question, et il ne faut pas oublier le logement des immigrants vu les difficultés actuelles pour en obtenir des décents à des prix abordables. Les immigrants ne viennent pas tous avec des sommes astronomiques…

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Madame Buzzetti, vous croyez sincèrement que ça va arriver ? L’indépendance du Québec est la seule issue possible … la « meilleure solution dans le pire ».

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Combien le Québec devrait-il recevoir d’immigrant pour que sa population soit au moins stable ?
Sans immigrant le nombre de Québécois diminuerait année après année car le taux de natalité y est inférieure au taux de mortalité.

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