Le déficit, comme un moustique

Un moustique tenace rend l’été irritant pour Stephen Harper. Il s’agit du directeur parlementaire du budget, Kevin Page, qui a publié un rapport d’étape mettant en doute les prévisions de déficit des conservateurs. Si ces derniers pensaient que le moustique ne les embêterait que durant une journée ou deux, ils se sont bien trompés. Les libéraux se sont assurés d’ébruiter l’affaire dès qu’ils l’ont pu, brisant même l’embargo qu’ils avaient eux-mêmes demandé.

La tactique est connue et fréquente en été. Quand le gouvernement risque de dominer les nouvelles, grâce, entre autres, à un voyage du premier ministre à l’étranger, l’opposition déploie des trésors d’imagination pour détourner l’attention et le faire mal paraître.

Il faut savoir que Kevin Page s’est battu pendant des mois pour avoir le droit de publier ses rapports dès qu’ils sont prêts. Mais le directeur de la bibliothèque du Parlement, de qui il relève, lui imposait de respecter la tradition et de remettre d’abord le rapport aux députés qui en avaient fait la demande – dans ce cas-ci, le comité des finances. Un comité parlementaire s’est penché sur la question et a conclu, il y a seulement trois semaines, qu’il en demeurerait ainsi.

Or, même si le porte-parole libéral en matière de Finances, John McCallum, a demandé un délai de deux jours entre la remise du rapport au comité des finances et la publication du rapport par M. Page, le bureau de son chef a coulé le document à plusieurs journalistes dès qu’il l’a obtenu la semaine dernière. Le ministre des Finances, Jim Flaherty, a été forcé d’y réagir. Puis, quand le document est devenu officiellement public, 48 heures plus tard, ce fut au tour du premier ministre d’être interrogé sur ses conclusions.

En procédant ainsi, le bureau de Michael Ignatieff porte atteinte au privilège des députés membres du comité, le même privilège que son parti prétendait défendre en juin. Il a réussi par contre à attirer l’attention sur le rapport de M. Page et de l’y maintenir pendant une semaine. En été, c’est un cadeau pour l’opposition. Le comité des finances pourrait officiellement se plaindre, mais en aura-t-il la chance ? On en doute si des élections ont lieu cet automne. Les libéraux pourraient s’en sauver, comme les conservateurs, avec leur abus du « 10% ».

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