Le destin de Blanchet est entre ses mains

Le chef du Bloc québécois patine en solo et compte des buts dans des filets déserts. Un exercice d’un ennui certain qui risque de lasser l’électeur québécois. 

Jacques Boissinot / La Presse Canadienne ; Pgiam / Getty Images / Montage L'actualité

L’auteur a travaillé pendant près de 20 ans sur la colline parlementaire à Ottawa, notamment à titre d’attaché de presse principal de Jack Layton, de secrétaire principal de Thomas Mulcair, puis comme directeur national du NPD. En plus d’agir en tant que commentateur et analyste politique, il est président de la Fondation Douglas-Coldwell et président de Traxxion Stratégies.

Le Bloc québécois a connu un début de campagne plutôt tranquille. Son chef, Yves-François Blanchet, est souvent seul sur la patinoire, à compter des buts dans des filets déserts, pendant que ses adversaires sillonnent le reste du pays sans se soucier de répondre systématiquement à ses attaques ou commentaires.

Des buts dans des filets déserts peuvent donner l’impression de marquer des points. Mais c’est surtout peu intéressant pour les électeurs. Dans les gradins, personne ne porte attention longtemps à cet exercice. 

Cela explique peut-être la stabilité que l’on peut constater dans les sondages au Québec, alors qu’ailleurs, particulièrement en Ontario et en Colombie-Britannique, le Parti libéral perd des plumes. Pour Yves-François Blanchet, le moment est venu de compter de vrais buts, et il en aura l’occasion grâce aux débats des chefs qui commenceront cette semaine.

Au Québec, le Bloc n’a pas d’adversaire principal, il peut gagner ou perdre des électeurs aux mains du Parti libéral, du Parti conservateur et du NPD. En tournée à travers le Québec, Blanchet s’en tient à certains enjeux traditionnels du Bloc, sous la gouverne de la défense des intérêts du Québec : immigration, culture, transferts en santé, soutien des régions. 

Partout, le Bloc québécois se colle aux demandes du gouvernement Legault. Nulle part il ne fait campagne sur la souveraineté. Le risque de perdre des votes souverainistes est minime, d’autant plus que le PQ est au plus bas face à la CAQ de toute façon. Le choix d’un slogan simple, « Québécois », pouvait laisser présager une volonté de faire campagne d’abord et avant tout sur les enjeux identitaires. Pour l’instant, le Bloc garde ces munitions-là au sec dans sa giberne. 

Sans motif solide pour l’attaquer, les adversaires parlent peu du Bloc et de son chef. Celui-ci a quand même sérieusement trébuché au cours de la deuxième semaine de campagne. Blanchet s’est empêtré dans le troisième lien à Québec, un dossier qui l’a poursuivi toute la semaine — il avait pourtant entamé la campagne en maintenant une position de neutralité (« ni pour ni contre ») qui, à défaut d’être tranchée, lui permettait de ne froisser personne. 

De passage à Pont-Rouge le 24 août, Yves-François Blanchet s’est dit convaincu que le troisième lien pouvait être un « projet positif en termes d’environnement », au grand dam des environnementalistes. Au même moment, à Gatineau, la bloquiste Geneviève Nadeau déclarait pourtant que le sixième lien avec Ottawa était « une idée arriérée », citant les mêmes arguments sur l’étalement urbain et le tout-à-l’auto que les opposants au troisième lien. Le malaise chez les bloquistes a été palpable toute la semaine, au point que des candidats ont critiqué anonymement la position du chef. Des stratèges péquistes parlent même d’un enjeu qui plombe la campagne du Bloc.

Cependant, même si ce faux pas a permis aux adversaires de ramener sur le tapis certaines décisions de Blanchet comme ministre de l’Environnement, notamment en ce qui concerne la cimenterie à Port-Daniel et l’exploration pétrolière à Anticosti, le Bloc n’en paie pas le prix dans les intentions de vote pour l’instant.

Lors de l’élection de 2019, les choses ont véritablement commencé à bouger au Québec à la suite du premier débat des chefs de la campagne, le Face-à-face de TVA. Les électeurs y ont découvert Yves-François Blanchet, alors qu’Andrew Scheer échappait le ballon. Ce fut le début de la fin pour Scheer, tandis que Blanchet insufflait une énergie nouvelle à la campagne du Bloc. Ce tremplin a mené à l’élection de 32 bloquistes à Ottawa et au retour de la formation comme parti officiel aux Communes, une première depuis l’élection de 2008.

Les électeurs ont revu ce Yves-François Blanchet précis, concis et en maîtrise de ses dossiers lors de l’émission Cinq chefs, une élection, sur les ondes de Radio-Canada. Il a certes patiné à quelques reprises, notamment sur le dossier du troisième lien et sur la question de l’indépendance, mais il était le chef le plus convaincant et intéressant, tout en montrant un côté plus affable de sa personnalité et en usant d’un langage châtié mais accessible.

Ce Yves-François Blanchet était parfois au rendez-vous lors du Face-à-face de jeudi soir. Il y est allé de plusieurs blagues, même une à ses propres dépens. Mais il est apparu arrogant par moment, voire même condescendant lorsqu’il a voulu faire la leçon à Jagmeet Singh sur la question du racisme. Blanchet a quand même réussi à marquer plusieurs buts, notamment contre Justin Trudeau sur l’environnement et en déchirant de grands pans du fameux contrat d’Erin O’Toole. Est-ce que ce sera suffisant pour permettre au Bloc de passer au niveau supérieur et bouleverser à nouveau l’échiquier politique canadien ? Lors des prochains débats, il devra continuer de démontrer la pertinence du Bloc pour l’électeur moyen, cet électeur qui s’était lassé de la formation en 2011 et qui, encore aujourd’hui, est ouvert à aller voir ailleurs.

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Je ne crois pas qu’il lasse les québécois, au contraire, il les informent, ils leurs montrent les enjeux importants et il a l’intelligence et la vigilance pour protéger les droits des québécois. Le Québec a besoin d’une personne ambitieuse et passionnée pour parler au nom des Québécois.

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Votre dernier paragraphe va à l’encontre de votre exposé. Avant un match de hockey tout le monde sait que les joueurs pratiquent leurs lancers. Il y a là une image connue. Lors de la partie hier, au moins deux candidats n’avaient pas la cote pour faire partie de la game: l’un a répondu que son partie avait un plan et l’autre veut embellir le monde en vue de sa future paternité. Le premier tire son parti vers le centre sans prendre le risque de détailler son plan et le second ressemble à un Robin des Bois moderne qui veut prendre aux riches pour redistribuer aux pauvres. Même s’il est vrai qu’un match ne se déroule jamais avec quatre équipes sur le terrain, le québécois n’est pas lassé de son équipe. Le Québec a fait des bonds de géant depuis la grande noirceur et de nombreux sujets sont considérés comme acquis tels le choix des femmes, l’aide médicale à mourir, l’environnement, les garderies, la gestion de la pandémie, la dissociation de l’État et de la religion … Certes des décisions malheureuses dans la gestion des CHSLD sont survenues mais un grand coup de barre a été donné. S’ajoute le choix de nous représenter indépendamment des partis qui se perdent à satisfaire une population coast to coast. Il s’agit là de notre façon d’être ce que nous sommes. Enfin, même si nous devons nous faire qualifier d’arrogants, même si le Quebec bashing continue d’être l’attitude de ceux et celles qui veulent nous ignorer, nous humilier, nous continuons non pas à survivre mais à vivre dans une Amérique divisée.

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Il y a fort à parier que vous n’êtes pas parmi les ¾ de million de Québécois qui n’ont pas accès à un médecin de famille et, en conséquence à des soins préventifs sauf s’ils peuvent se payer la médecine privée. Non seulement on va payer l’assurance-maladie avec nos taxes à Ottawa et à Québec mais en plus il faut payer le médecin si on veut avoir accès à un médecin de famille. La gestion du système de santé par Québec est un échec lamentable et c’est même rendu que plusieurs villages du Nunavik n’ont même plus les soins de base d’urgence faute d’infirmières! Alors, le Bloc devient une triste farce pour nous, surtout quand le grand maître Legault peste contre le fédéral qui veut financer plus de médecins de famille.

Le Bloc ne représente-t-il pas le dernier rempart de la sauvegarde de l’identité québécoise (du français) sur la scène fédérale, à défaut d’un P,Q. fort au Québec? Les québécois des autres partis sont plutôt fusionnés dans la majorité de leurs collègues anglais.

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Non, la lutte doit se faire à Québec, pas à Ottawa où nous sommes une petite minorité parmi d’autres.

Personnellement, votre chronique a compté un but dans un filet désert. Elle ne m’a rien apporté; ne m’a rien appris que je ne savais déjà; et vos antécédents parlent pour vous.

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Généralement, j’apprécie lire les analyses politiques, de vrais analyses. Toutefois, je n’en vois aucune dans ceci mais plutôt un narratif de faits que tous et chacun avons déjà lus. Au delà de quelques connaissances, le chroniqueur devrait s’intéresser aux raisons pour lesquelles le Bloc existe et l’intérêt que les québécois lui porte s’il souhaite écrire à son sujet.

Vous écrivez que le Bloc pourrait «bouleverser à nouveau l’échiquier politique canadien». Je me demande quand cela est arrivé puisque vous écrivez «à nouveau». J’étais peut-être dans la lune quand ça s’est produit mais même quand le Bloc était l’opposition officielle, il a joué le jeu du fédéralisme et n’a rien bouleversé sauf le fait qu’un parti indépendantiste a démontré que la fédération pourrait marcher…

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