Le dilemme de l’électeur éco-anxieux

Alors que l’environnement arrive en tête des préoccupations des électeurs, quel scénario éviterait que l’élection ne fasse grimper notre niveau collectif d’éco-anxiété ? 

Photo : Daphné Caron

De mémoire de sondeur, jamais n’a-t-on vu les inquiétudes sur l’environnement arriver en tête des préoccupations des électeurs, comme c’est le cas actuellement. L’ONU nous a prévenus l’automne dernier qu’il nous restait moins de 12 ans pour éviter une surchauffe dramatique du climat, et le message a marqué les consciences.

Pour les électeurs qui prennent l’urgence climatique au sérieux, décider pour qui voter le 21 octobre risque toutefois d’être fort compliqué.

Il est facile d’écarter d’entrée de jeu un vote pour les conservateurs, à moins de croire qu’un baril de pétrole a sa place dans un bac à recyclage. Leur « plan » environnemental constitue une garantie que les jeunes générations hériteront d’un monde encore plus mal en point qu’aujourd’hui. Leur opposition à une taxe nationale sur le carbone est inexcusable quand on sait que les économistes, même ceux très à droite, jugent que de telles taxes représentent le meilleur moyen de réduire les gaz à effet de serre.

Là où ça se corse pour l’électeur éco-anxieux, c’est quand vient le temps de choisir parmi les autres options. 

Le gouvernement de Justin Trudeau a eu le courage d’instaurer une taxe nationale sur le carbone, mais elle est beaucoup trop faible pour être réellement efficace. Et le premier ministre peut bien souligner d’autres réalisations vertes, comme les investissements dans le transport en commun, il n’arrivera pas à faire oublier sa décision d’acheter le pipeline Trans Mountain afin de déverser encore plus de pétrole des sables bitumineux sur les marchés mondiaux.

Le Parti vert et les néo-démocrates proposent des plans ambitieux, mais ils n’ont aucune chance de prendre les commandes de l’État. Au Bloc québécois, on se trouve également face à un déficit de solutions applicables rapidement, puisque l’indépendance du Québec y est vue comme la condition nécessaire pour vivre dans un monde plus vert.

L’électeur qui voudrait appuyer une formation climatiquement plus cohérente que le Parti libéral pourrait toutefois se réveiller au lendemain de l’élection en plein cauchemar écolo : un gouvernement conservateur élu grâce à la division du vote entre ses opposants. 

C’est bien sûr le scénario noir que les libéraux aiment rappeler pour convaincre les électeurs pro-environnement de faire bloc derrière eux. Leurs rivaux rétorquent qu’ils pourraient au contraire se retrouver avec la balance du pouvoir si un gouvernement minoritaire est élu, avec la possibilité de marchander leur appui à la Chambre des communes en échange d’engagements environnementaux plus fermes. 

Le hic avec tous ces scénarios, c’est qu’il est impossible de prévoir l’effet qu’aura son propre vote sur l’issue du scrutin. Que faire alors pour éviter que l’élection ne fasse grimper notre niveau collectif d’éco-anxiété ?  

Rappelons-nous que la finalité première d’un parti politique, ce n’est pas de sauver la planète, mais de gagner des élections. La vigueur des engagements environnementaux repose sur les mathématiques électorales, et non sur de savants calculs à propos des gaz à effet de serre.

Ce qu’il faut viser, c’est une modification des termes de l’équation pour qu’une vraie lutte contre les changements climatiques devienne électoralement payante. Le mouvement est amorcé, on doit le soutenir. Signez le Pacte si cela vous chante, accompagnez vos enfants ou petits-enfants qui feront la grève pour le climat, parlez d’environnement aux candidats qui viendront sonner à votre porte. Et surtout, allez voter. 

Ce n’est peut-être pas à cette élection-ci que le Canada se dotera d’un gouvernement avec assez de cran pour répondre adéquatement à l’urgence climatique, mais le prochain rendez-vous électoral pourrait se pointer rapidement si un fragile gouvernement minoritaire est porté au pouvoir. Soyons prêts !

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7 commentaires
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Énergie Fossile détruit l’environnement donc détruit les conditions d’existence de l’humanité…
air, eau, humus, faune et flore

donc dans l’état actuel le pétrole est une destruction de l’humanité, donc un crime.

Nous savons maintenant que nous pouvons changer de modèle économique en changeant vers les énergies propres, c’est là où est la prospérité du futur, les jobs comme on dit.

Mesurons l’économie par le kWh au lieu du baril de pollution.

Nous savons faire les choses, maintenant il faut les faire sans détruire l’environnement.

Alors chers politiciens qu’y a t-il dans votre programme pour subordonner l’énergie fossile aux exigences de l’environnement ou pour placer l’énergie fossile sur une pente descendante immédiatement pour faire place aux énergies propres le plus tôt possible?

Prospérité sans pétrole. Je vote vert.

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Je suis 100% en accord que des actions doivent être prises pour changer l’environnement. De la a dire que l’instrument le plus efficace est la taxe carbone, ne tient pas la route. La preuve est que le gouvernement de la C.B., après 10 ans d’implantation de cette taxe dans cette province, vient de réaliser que le taux de co2 a augmenté…

Peu importe le gouvernement au pouvoir, le Canada ne peut pas d’un seul coup, rejeter les énergies fossiles et éliminer de faire affaire avec toutes les énergies polluantes , notre économie s’effondrait du jour au lendemain.
Nous avons encore besoin d’hydrocarbure pour nos automobiles, nos avions, nos navires, etc.. Actuellement nous faisons venir ce dont nous avons besoin par bateaux, de l’étranger au lieu de produire , raffiner et distribué le tout, chez nous.
Ça c’est absurde. Un plan d’implantation à court, moyen et long terme doit être développé et mise en place tout de suite comprenant tout les polluants. Jusqu’à maintenant aucun des parties n’offrent quoi que ce soit, même les verts…
distribuer

Répondre

Quoique mes préoccupations environnementales durent désormais depuis quelques décennies. Quoique les questions climatiques me préoccupent réellement. Quoique je ne suis point ignorant des choses de l’économie…. Quoiqu’il en soit je maintiens que les taxes écologiques qui consistent à mettre un prix sur le CO2, que tout ceci relève de la « fumisterie » !

Remarquez : fumée, combustibles polluants et fumisterie, tout cela se ressemble et s’assemble allègrement.

Le seul résultat tangible de ce genre de taxes c’est :
1- Que les pollueurs vont continuer de polluer au nom de l’économie. Avec en prime le sentiment du devoir accompli.
2- Que l’argent récolté de ces taxes ne va pas vers les industries et les pays qui ont le plus besoin de cet argent pour parfaire leur transition énergétique.
3- Que comme toujours se sont les plus pauvres qui font les frais de ces taxations. Les plus pauvres au Canada. Les plus pauvres dans les pays qui ont le plus besoin de développement.
4- Ces taxes qui ne servent à rien, qui ne sont que trop souvent pas dépensées à bon escient, elles ne servent qu’à dédouaner les gouvernements qui diront qu’ils ont fait tout ce qui était en leur possible pour améliorer la situation et que… si tout croule, il n’y sont pour rien ! — Ainsi soit-il et Ave Maria.

J’aimerais rappeler en passant, qu’il est très difficile de calculer avec précision le poids exact de CO2 émis par tout un chacun. Que les facteurs d’augmentation d’émission du CO2 résultent directement du dit réchauffement. Que le réchauffement directement lié aux émissions de méthane est en constante augmentation. Pas de taxe pour le méthane…. Pourtant c’est un problème très alarmant dans le nord canadien dû à la fonte du pergélisol dans toutes les régions arctiques.

Le réchauffement climatique n’est pas un problème national, c’est un problème global, c’est un problème mondial. Quand nous achetons les produits que nous ne fabriquons pas dans divers pays du monde ou quand nous leur envoyons des déchets que nous ne recyclons pas, nous aggravons la note de CO2 mondial puisque nous externalisons notre pollution tout en formant l’illusion que notre empreinte écologique serait actuellement en baisse.

Dans les faits, si nous prenions dans nos calculs la quantité de pollution que nous ajoutons ailleurs pour pallier à nos besoins de consommation (seul moteur de l’économie), nous nous apercevrions « illico-presto » que les plus verts d’entre nous (moi compris) n’ont cessé d’accroître leur contribution à la destruction du climat depuis plus de dix ans. Que vraisemblablement, si la tendance se maintient (comme dirait Bernard Derome) nous serons avec « bonne conscience » parvenu à rendre la situation assez intolérable d’ici 10-12 ans.

— Conclusion : Ce que nous taxons le plus et le mieux actuellement, c’est notre espérance de vie. Tout particulièrement celle de nos enfants en petits enfants. Quoiqu’il en soit, ce que nous ne savons pas pour le moment, c’est jusqu’où peut aller notre réelle capacité d’adaptation.

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Toujours la mêmes réponse le gouvernement doit faire ceci et cela. Tout les environnementaliste professionnel le dit, le problème sont nous le peuple. On achète de la chine ou autre pays, on vas dans le sud quand il fait froid, on surconsomme,….. Transport,transport,….. Quand vous regarder les changement climatique sa vient du CO2 . La moyenne québécoise est de 8000 kgs de Co2 par personne. une personne qui vas en Europe aller-retour fait 5000 kgs de co2 par personnes. Il y as des personnes qui font 2 a 3 voyages par année et disent que l’environnement est important pour eux. Avant de toujours blâmée le gouvernement pourquoi les environnementaliste ne font pas un tableau pour expliquer de ou vient le co2 par personne. La taxe carbone ne sert qu’a remplir les poche des gouvernements contrairement a tout le monde de faire des geste concret pour faire moins de co2. Peut être que le gouvernement ne veulent pas que le monde soit trop informer p.c.q. si le monde consomme moins ce serai pas bon pour l’économie

M. Drouginsky

Entièrement d’accord avec vous, cette taxe carbone serait valable si elle était réinvestie dans les énergies renouvelables (mer, vent, soleil, électrification des transports)

mais

tant que le gaz soi-disant naturel sera considéré fallacieusement comme une énergie de transition et bien l’industrie du pétrole (la plus corrompue au monde: OCDE) n’hésitera pas à nous enfumer avec des projets de GNL en nous faisant passer ça comme une réduction de CO2 pour réduire leur bilan de CO2 et tout ce temps là, cet argent restera dans le fossile et le problème ne se règlera pas.

@ Daniel Grant,

Merci pour vos commentaires. Nous partageons en effet un point de vue assez semblable et vous avez parfaitement bien compris que la clef se trouve dans l’investissement, la recherche et développement dans les énergies renouvelables, des technologies et des objets qui s’harmonisent bien avec ce type d’énergie… sans oublier de planter des arbres….

Ce sont là les priorités. Seulement voilà, il existe des lobbies encore puissants pour nous dire qu’on peut faire les deux : une transition écologique et des développements en hydrocarbures ou substituer le pétrole par des gaz de schistes, ce qui ne fait que déplacer le problème.

On appelle cela reculer pour mieux sauter. La question étant de savoir en combien de morceaux nous allons nous retrouver à l’arrivée une fois la chute dans le vide pour ainsi dire complétée ?

Bonne fin de semaine.

@ Marco Rioux,

Vous soulignez des points intéressants. Les Canadiens en moyenne sont parmi les plus importants générateurs de gaz à effet de serre au monde par habitants (14,91 tonnes/hab. en 2016). Pire, nos émissions ont cru depuis 2011 (14,14 tonnes/hab.). Les Québécois font comme vous le dites bien mieux que le ROC, quoiqu’ils émettent presque deux fois plus de CO2 que plusieurs pays européens. Nos cibles de réductions de gaz ne sont pas parmi les plus élevées au monde ; malgré cela les gouvernements de monsieur Harper ne sont pas parvenus à atteindre ces cibles, pas plus que celui de monsieur Trudeau qui pourtant se voulait ambitieux en matière d’environnement.

Il convient d’ailleurs de préciser que les émissions de GES ne sont pas mesurées mais qu’elles sont calculées. Selon certains spécialistes le calcul des émissions serait pondéré en sorte que cela ne reflète pas de façon réelle le vrai volume de GES qui sont générés. C’est cette différence qui pourrait expliquer l’accélération de réchauffement, supérieure actuellement aux prévisions.

Les principaux facteurs de production de GES d’origine humaine sont connus. Cela se résume à dire que grosso-modo environ 90% de ces gaz sont attribuables aux combustibles fossiles. Nous savons donc par où et par quoi il faut commencer.

Mais vous avez raison, le principal moteur de l’économie repose sur la consommation. Une transition écologique ne peut être conçue sans une transition et une transformation importante de l’économie. Cela ne veut pas dire qu’il faut cesser de consommer. Cela veut dire simplement qu’il faut consommer mieux, plus intelligemment et transférer la valeur là où elle se trouve et non sur un calcul de plus-values générées sur des périodes toujours plus courtes de temps.