Le face-à-face-à-face-à-face en 18 points

«Tout au long de l’exercice, les chefs ont répondu aux questions soit en ne répondant pas du tout, soit en posant une autre question. Et comme il restait du temps, les quatre chefs en ont profité pour parler de choses qui n’existent pas — comme une Charte qui rassemble les Québécois, une policière voilée et un Québec indépendant», relate le blogueur Mathieu Charlebois.

PolitiqueTous les sujets importants ont été abordés, lors du face-à-face organisé par TVA, jeudi soir. De l’économie aux affaires relatives à l’argent, en passant par la dette, l’économie, les emplois, l’argent et l’économie. Tous. Les. Sujets.

Comme il restait du temps, les quatre chefs en ont profité pour parler de choses qui n’existent pas, comme une Charte qui rassemble les Québécois, une policière voilée et un Québec indépendant.

La culture, l’environnement et l’éducation ? Considérez que c’est inclus dans l’économie et vous voilà servis.

En prime, un segment a été consacré à jouer à qui a le plus gros dossier dans les classeurs de l’UPAC, et un autre à ne pas en revenir de ce que disait Philippe Couillard à propos de la langue.

Tout au long de l’exercice, les chefs ont répondu aux questions soit en ne répondant pas du tout, soit en posant une autre question.

Si les participants au débat ne sont pas tenus à la cohérence, je ne vois pas pourquoi mon texte sur le sujet devrait l’être. Voici donc un ramassis sans suite logique de remarques prises en note durant ce deuxième débat.

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1. Ce n’était pas vraiment un face-à-face, mais plutôt un «face-à-face-à-face-à-face». Même que, puisqu’ils étaient placés en demi-cercle, nous devrions parler d’un «côté-à-côté-à-côté-à-côté».

2. Philippe Couillard s’est tellement dit transparent, récemment, qu’on a été surpris de pouvoir encore le voir à la télévision.

3. «Ce qu’on a besoin, c’est de nouveaux emplois». «Ce qu’on a besoin, c’est de moins de bureaucratie». Personnellement, je crois que «ce qu’on a besoin», c’est d’un premier ministre qui sait qu’on doit dire «Ce dont on a besoin».

4. La moitié des interventions de Pierre Bruneau servent à dire «Je dois vous interrompre, car nous allons justement parler de ce dont vous parliez avant que je vous interrompe.»

5. Nos hôpitaux débordent de cadres, ce qui doit faire le bonheur des artistes-peintres du Québec. (La qualité et l’originalité de ce jeu de mots sont à la hauteur de celles des idées proposées pour améliorer le système de santé.)

6. Pauline Marois mentionne la souveraineté alimentaire. Un projet qui ne se fera «que lorsque les Québécois auront faim», imagine-t-on.

7. Le chef d’un parti dont 85 % de la population ne veut pas insiste : il faut éviter de parler de la souveraineté parce que 70 % de la population n’en veut pas.

8. Pauline Marois ne s’offusque pas qu’on l’accuse de faire des nominations partisanes : elle s’offusque qu’on dise que les partisans à qui elle a donné des postes n’étaient pas compétents. Plutôt que de vouloir lutter contre les nominations partisanes, donc, il vaudrait mieux voter pour celui qui a les meilleurs amis.

9. «Votre slogan, ça ne devrait pas être Déterminée, ça devrait être Déconnectée !» François On-se-donne-Legault est-il vraiment dans une position où il peut donner des conseils à propos de slogans ?

10. Après qu’il eut mentionné «Les copains d’abord» trois ou quatre fois, nous sommes sans doute plusieurs à rêver que Legault se lance dans une série d’hommages à Brassens. Imaginez ça ! «L’économie du Québec ? Il y a des jours où Cupidon s’en fout.» Ou encore : «J’ai fait le tour du Québec et je peux vous le dire, monsieur Couillard. Au village, sans prétention, le PLQ a mauvaise réputation.» Ça aurait été formidable.

11. Hein ? Quoi ? Vient-on d’entendre quelqu’un dire le mot «environnement» ? Ah… c’était pour parler d’environnement d’affaires. C’est bon, on peut se rendormir, la planète va encore très bien.

12. Le «puissant lobby» des commissions scolaires est à nouveau mentionné par Legault. On se demande alors s’il est plus ou moins puissant que le «lobby des libraires indépendants» que la CAQ dénonçait en décembre 2013. Puis, on se demande si le chef de la CAQ sait ce qu’est un «puissant lobby».

13. Avec toute la boue qu’on se lance dans cette campagne depuis une semaine, les chefs doivent avoir la peau vraiment douce.

14. Philippe Couillard nous explique qu’il est important que tous les ouvriers d’une usine sachent parler anglais, au cas où un client voudrait leur poser une question. Des dizaines de Québécois en profitent pour pratiquer leur anglais en lançant un retentissant «What the f*ck ?!»

15. À l’école primaire, les enfants n’ont pas le droit de lire leur texte quand vient le temps de faire un exposé oral. Dans les débats, des adultes très intelligents lisent mot pour mot leur petite feuille lors de leur intervention finale.

16. S’il y avait eu un homme de plus sur le panel de TVA, le costumier aurait manqué de cravates. Avec deux animateurs et cinq analystes ayant en commun d’uriner en position debout, je sens le besoin de refaire le cri du cœur du chanteur Patrick Juvet : où sont les femmes ?

17. Le «spin» des candidats sur Twitter est tellement efficace que je suis maintenant convaincu que tous les chefs ont vraiment dominé le débat.

18.  Si vous êtes passé à travers l’intégralité des deux débats sans engueuler votre téléviseur, vous devriez gagner un deuxième droit de vote.

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À propos de Mathieu Charlebois

Ex-journaliste Web à L’actualité, Mathieu Charlebois blogue sur la politique avec un regard humoristique depuis 2014. Il est aussi chroniqueur musique pour le magazine L’actualité depuis 2011 et co-rédacteur en chef du webmagazine culturel Ma mère était hipster, en plus d’avoir participé à de nombreux projets radio, dont Bande à part (à Radio-Canada) et Dans le champ lexical (à CIBL). On peut le suivre sur Twitter : @OursMathieu.

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Vous décodez à votre façon M.Charlebois, moi ce qui m’a frappé c’est:

1. Le désarrois de M.Couillard lorsque le débat portait sur le thème de l’éthique

2. La remarque insensée de M.Couillard sur la question de la langue au travail dans les PME (nécessité de l’anglais à tous les niveaux) et comment les autres chefs (et j’imagine tous les francophones à l,écoute) ont été abasourdis d’entendre ça.

3. M.Legault y est allé avec ses tripes et des cris du coeur, il a bien rappelé les solutions que la CAQ propose et démontré clairement comment de son point de vu un retour des Libéraux au pouvoir serait désastreux pour le Québec.

4. La bonne impression qu’a pu laisser M.Couillard lorsqu’il a résumé son plan d’action économique, mais le peu de substance qu’il y a dedans en dehors des mots et surtout la reprise des veilles solutions du régime Charest (relancer le plan nord à l’ancienne, accélérer les projets d’infrastructures et l’endettement qui vient avec..)

5. M.David a bien performé, mais n’avait absolument rien à perdre et surtout elle sait très bien qu’il est peu probable qu’elle soit confrontée à la mise en application des plans de match que QS propose, elle a du tact, elle est toujours très polie et posée, tout le monde l’aime.

6. Mme Marois, malgré la formule qui s’y prêtait mal, a réussi à nous dégager de que le PQ a réalisé durant ses 18 mois au pouvoir comme parti minoritaire, la vision du PQ pour l’avenir du Québec et les grandes lignes de ses plans d’action pour rentrer ses objectifs, elle a clairement expliqué pourquoi elle n’a pas cédé aux demandes de compris que le PLQ et la CAQ exigeaient du PQ en contre partie de leur approbation de la Charte de la laïcité et de la loi 14 sur la langue. Elle était calme, posée, ferme dans ses propos, elle avait l’allure d’une chef d’État qui inspire confiance.

Vous un côté vraiment facécieux… Je ne vous le reproche pas, ayant moi-même un biais humour malheureusement cynique souvent… Ce que j’apprécie par dessus tout de votre propos c’est qu’il traite tous les participants de façon équitable.. C’est l’impression que j’ai eu, sans avoir été tenté de faire le décompte !!!

Malgré tout le sérieux que j’accorde à la Démocratie et au Politique, dont l’avenir de la population dépend; je dois admettre avec Vous que ce dont les Médias nous bassinent avec ce Théatre Vaudeville est désolant… BUT THE SHOW MUST GO ON…

Contrairement à vous j’ai trouvé la formule TVA du débat plus intéressante. Ce fut le meilleur débat jamais vu depuis belle lurette. Par contre M. Charlebois, je suis obligé de vous donner raison ; votre article c’est vraiment n’importe quoi. Vous auriez du laisser votre ramassis de notes dans votre tiroir. Il y a une limite aux lecteurs a accepter ce genre de chose. M.Charlebois, en tout respect, je vous demanderais d’y réfléchir

Par contre j’ai vraiment aimé votre article « Quatre électeurs qui devraient nous inquiéter plus qu’un étudiant ontarien »

Ce qui me frappe le plus dans cette campagne, c’est le caractère unique du positionnement de Madame Marois. De mémoire, je n’ai jamais entendu un leader politique, dans une démocratie, décider d’elle-même de ses qualités de chef: « je suis déterminée, je suis honnête, je suis résiliente, je suis combative ». Habituellement, à moins d’être Kim Il Jung, Mao, ou le petit père des peuples, on laisse les électeurs juger des qualités du candidat selon ses propres critères, qu’il s’agisse d’authenticité, de cohérence, de jugement ou de clarté du message. L’électeur, en effet, jugera à partir des faits et du parcours du candidat. Il n’est pas dans une garderie et on n’a pas besoin de lui faire un dessin. Non seulement Madame Marois s’attribue gratuitement toutes ces belles qualités, mais elle transforme sa physionomie (suivez mon regard!) en air déterminé, et se donne une au pas militaire. J’aime bien que les faiseurs d’image construisent un personnage (M. Desgagnés, n’en jetez plus, la cour est pleine), mais j’aimerais bien qu’on laisse aux citoyens le soin de décider du caractère du candidat.

Mais en quoi Jacques Saint-Cyr, tout ce que vous dénoncez vous empêchera ou quiconque d’autres de juger Madame Marois tel que vous le voudrez et qu’il le voudra ou encore de mettre vos X où vous le voudrez ?
Et la comparer à Kim II Jung comme vous l’appelez ou encore Mao, ce n’est pas très fort !
Boooooooo ! Vous ai-je fait peur ?
Bo ! Et là ?