Le fantôme de Diligence

L’entrepreneur Giuseppe Borsellino a fait des aveux étonnants à la commission Charbonneau, en admettant sa participation (forcée) au cartel des égouts à Montréal. La collusion? C’est l’œuvre néfaste des «très puissants» fonctionnaires de la Ville tels que l’ingénieur Gilles Surprenant.

C’est tout un revirement de situation que ce témoignage en dents-de-scie. Gilles Surprenant, ingénieur responsable de la préparation des plans et devis pour les travaux d’égouts, a admis qu’il avait reçu plus de 100 000 $ en ristournes de M. Borsellino pour truquer les appels d’offres. Il agissait à la fois sous la menace et par appât du gain.

M. Surprenant s’est dit corrompu par Giuseppe Borsellino, qui s’est dit à son tour «extorqué» par Gilles Surprenant.

Le fond de l’histoire est simple. M. Borsellino (à ne pas confondre avec son homonyme du Groupe Petra) témoigne contre son gré à la Commission d’enquête sur l’octroi et la gestion des contrats publics dans l’industrie de la construction (CEIC). Il ne veut pas être là, et il le fait très bien comprendre par ses réponses tantôt évasives, tantôt… surprenantes.

Il a même admis qu’il préférait être confronté, à partir de preuves indépendantes, que de répondre de manière libre et volontaire. Le procureur de la commission, Simon Tremblay, l’a pris au mot en faisant jouer des extraits d’écoute électronique du projet Diligence.

Le projet Diligence, une enquête de la Sûreté du Québec (SQ) est à la fois un succès et un échec. L’opération portait sur l’infiltration du crime organisé sur les chantiers de construction. Elle a mené à l’arrestation de 14 personnes, dont l’un des membres les plus influents des Hells Angels, Normand Marvin Ouimet.

Avec l’aide de leaders syndicaux et de facilitateurs (notaires, comptables, agents immobiliers), les Hells Angels recyclaient les profits de leurs activités illégales dans l’économie légale. Ils pouvaient investir dans une entreprise en difficulté comme c’est arrivé à l’entrepreneur en maçonnerie Paul Sauvé (principal dénonciateur dans Diligence), en payant les ouvriers au noir, ou encore acheter des terrains en argent comptant et bâtir des complexes immobiliers.

Dans le cadre de l’enquête, les policiers ont capté 350 000 conversations, Le bavardage dure 20 000 heures, l’équivalent de deux ans et quatre mois sans interruption. Diligence est un sujet tabou dans le monde policier. L’enquête s’est approchée de très près du monde politique, en particulier des libéraux provinciaux, sans jamais mener au dépôt d’accusations.

Ecore l’été dernier, l’équipe d’Enquête rapportait qu’une filature de Diligence sur un leader syndical de la FTQ-Construction, Eddy Brandone, avait été interrompue par la SQ de façon inexpliquée, 30 minutes après que les policiers eurent suivi Brandone jusqu’à un hôtel où il a rendu une visite impromptue au premier ministre Jean Charest.

La SQ a mis des bâtons dans les roues à la CEIC lorsque ses enquêteurs ont voulu obtenir les preuves, pour la plupart dormantes, de Diligence. Selon La Presse, ces tensions expliquent en partie le congédiement du directeur général de la SQ, Richard Deschênes, aujourd’hui sous enquête pour utilisation inappropriée d’un fond secret des opérations.

L’ex directeur général de la FTQ-Construction, Jocelyn Dupuis, était l’une des principales cibles de la SQ dans Diligence. Il s’en est tiré indemne.

Les conversations présentées à la CEIC portent sur une courte période en 2008. M. Dupuis parle avec son bon ami Giuseppe Borsellino en termes très familiers. On comprend qu’il en mène encore large, même s’il a quitté la FTQ-Construction dans la honte, en septembre 2008, en raison de ses dépenses extravagantes dans les restaurants (il est accusé de fraude dans cette affaire). M. Dupuis se vante même d’être capable de contourner le président de la FTQ, Michel Arsenault, pour faire avancer certains projets. M. Borsellino rigole. La veille de Noël, il est tout fier de rapporter que ses «amis Italiens» et lui ont fait «une petite affaire pour Tony Tomassi encore». M. Tomassi venait de faire son entrée au conseil des ministres, une semaine auparavant, à titre de ministre de la Famille. Il deviendra lui aussi un boulet pour le PLQ pour avoir poussé le favoritisme jusque dans l’allocation des permis de garderie privées.

La commission Charbonneau n’a fait qu’une très modeste et brève incursion dans la preuve de Diligence avec M. Borsellino. Si elle se met à jouer dans cette poudrière, il suffirait d’une étincelle pour provoquer une explosion.

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On est bien dans les égouts là? Ça pue mais au moins, c’est plus sécuritaire que dans les trottoirs?

Les entrepreneurs véreux, les fonctionnaires corrompus, le syndicaliste-bandit et la politicaillerie… Merveilleux moment que nous vivons là. Misère!!!

La commission Charbonneau est-elle la seulement pour dénoncer les Leclerc, Surprenant, les petits filous et protéger l’élite dirigeante (les partis politique, la police) les enquêteurs de la commission auront t’ils »le guts »d’enquêter leurs confrères ».Jusqu’ici cela nous laisse perplexe. Le peuple se ferait-il encore une fois chlorophormer?
Quand a M.Barsolino il a fait un excellent travail durant toutes ces années pour son entreprise. Comment il l’a déclaré durant son témoignage , ses parent l’ont élevé avec le principe de s’assimiler (se conformer aux caractère particulier du milieu dans lequel il évolue), c’est ce qu’il a fait en s’adaptant a la culture québécoise de corruption qui existe dans le milieu de la construction depuis Duplessis comme le déclarait un autre corrompu M.Michel Lalonde.
Les québécois ne peuvent pas chialer que les émigrants ne s’assimilent pas a la culture québécoise, M.Barsolino en est un parfait exemple, nous devons en être fier et le féliciter.

en regardant l’etat de nos rues, on peut facilement expliquer , l’etat de nos fonctionnaires et nos entreprises.