Le foutu effet domino

Pour Justin Trudeau, concilier les ambitions énergétiques du Canada et la lutte contre les changements climatiques ne sera pas de tout repos.

Le passage du temps n’a jamais été tendre pour les compromis entre les partenaires de la fédération canadienne. Pensez à l’entente à 11 conclue au lac Meech, en 1987, pour réintégrer le Québec dans le giron constitutionnel. Le consensus fédéral-provincial qui la sous-tendait n’a pas résisté aux rebondissements électoraux des trois années qui devaient mener à sa ratification.

Aujourd’hui, c’est la coalition arc-en-ciel échafaudée par Justin Trudeau afin de soutenir son projet d’un cadre national pour contrer les changements climatiques qui est de plus en plus fragilisée.

La pièce maîtresse du projet consiste en l’instauration d’un prix plancher fédéral sur les émissions de gaz à effet de serre. Pour arriver à des résultats uniformes, Ottawa s’est réservé le droit d’imposer sa propre taxe sur le carbone aux provinces qui refuseraient d’emboîter le pas.

Dans la mesure où les quatre provinces les plus peuplées étaient partantes ou dotées de dispositifs qui répondaient aux exigences fédérales, l’imposition de cette taxe par Ottawa semblait vouée à n’être qu’une mesure d’exception. Seule la Saskatchewan paraissait vraiment résolue à mettre le gouvernement fédéral au défi de lui imposer ses vues.

Aujourd’hui, c’est la coalition arc-en-ciel échafaudée par Justin Trudeau afin de soutenir son projet d’un cadre national pour contrer les changements climatiques qui est de plus en plus fragilisée.

Pour arriver à ce consensus fédéral-provincial, le premier ministre Trudeau avait bénéficié d’un rare alignement favorable des astres politiques.

L’arrivée au pouvoir en Alberta, en 2015, d’un gouvernement néo-démocrate disposé à participer activement à la lutte contre les changements climatiques en était un élément clé. Comme Justin Trudeau, la première ministre Rachel Notley soutenait que l’acceptabilité sociale nécessaire à la construction de nouveaux oléoducs interprovinciaux passait par l’instauration d’un prix plancher sur les émissions de carbone.

En échange, le premier ministre Trudeau acceptait de ne pas soumettre les projets qui étaient déjà sous la loupe, comme l’expansion du pipeline Trans Mountain, qui relie les sables bitumineux à la côte Ouest, au système d’évaluation environnementale plus rigoureux qu’il allait mettre en place.

Sur le plan politique, la stratégie fédérale semblait blindée. Gouvernement néo-démocrate en Alberta aidant, les néo-démocrates qui siègent à Ottawa allaient devoir mettre en veilleuse leur opposition aux projets de pipelines.

Alors que les conservateurs fédéraux venaient de passer 10 ans à vouer aux gémonies l’idée d’une taxe sur le carbone, voilà que Patrick Brown, un ex-député issu de leur sérail, s’était converti au concept en devenant chef du Parti conservateur de l’Ontario.

Coincé entre les ailes albertaine et ontarienne de sa formation, le successeur de Stephen Harper n’aurait donc pas les coudées franches pour monter au front contre la politique du gouvernement Trudeau.

C’était sans compter sur les aléas du cycle électoral canadien.

Gonflé à bloc pour lutter contre le pipeline Trans Mountain, le Parti vert de la Colombie-Britannique réalisait une percée historique le printemps dernier et obtenait la balance du pouvoir au Parlement de Victoria. Du coup, le premier ministre néo-démocrate John Horgan, à la tête d’un gouvernement très minoritaire, est maintenant forcé de tout faire pour bloquer le projet Trans Mountain, sous peine de perdre le pouvoir.

Et en Ontario, à quelques mois d’un scrutin que tous les sondages donnaient comme gagnant pour le Parti conservateur, voilà que son chef, Patrick Brown, vient d’être déchu pour cause d’allégations d’inconduite sexuelle.

Entre le coup de théâtre de la démission de M. Brown et celui, non moins spectaculaire, de sa décision de se représenter à son ancien poste de chef, les principaux aspirants à sa succession ont désavoué le programme électoral qui engageait un futur gouvernement conservateur ontarien à souscrire à la taxe fédérale sur le carbone.

Dans la guerre qui oppose la Colombie-Britannique à l’Alberta au sujet de l’expansion du pipeline Trans Mountain, Justin Trudeau a pris position pour cette dernière. Il a promis de veiller à ce que le projet se réalise.

Cela pourrait lui coûter des plumes au scrutin fédéral de l’an prochain. Le PLC compte 17 sièges en Colombie-Britannique, contre 4 en Alberta. Il pourrait également y avoir une collision frontale avec les Premières Nations.

Si les conservateurs ontariens — sous un chef élu sur la promesse d’en découdre avec les mesures fédérales de lutte contre les changements climatiques — prennent le pouvoir en juin, la prochaine campagne fédérale pourrait se dérouler sur fond de partie de bras de fer entre le gouvernement Trudeau et celui de Queen’s Park au sujet d’une taxe sans doute nécessaire, mais peu susceptible d’être populaire.

Pour le premier ministre fédéral, la conciliation entre les ambitions énergétiques canadiennes et la lutte contre les changements climatiques s’est transformée en exercice de haute voltige.

 

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4 commentaires
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Comme avec une taxe sur le carbone, le Canada ne réinvente pas la roue, l’exemple des pays qui ont adopté de telles mesures, démontre que ce n’est pas la panacée universelle. La communauté scientifique s’entend sur le fait qu’il en faudra certainement beaucoup plus pour atteindre les cibles mondiales en matière de réduction ; qui plus est même, si nous parvenions en tant que collectivité planétaire à atteindre ces cibles, on n’est pas sûr que cela soit suffisant pour parvenir à une quelconque inversion en matière de réchauffement.

Les plus optimistes voudraient qu’on limite le plus possible des dégâts.

Plus encore, les observateurs de ces diverses formes de perceptions monétaires sur la masse de carbone émise, ne sont pas certains de l’exactitude des calculs, on emmétrait toujours plus de gaz à effets de serres que les quantités calculées et en plus il serait apparemment relativement facile de tricher.

J’aimerais aussi ajouter dans un but humoristique que le cannabis qui va bientôt être légalisé, ainsi que ses sous-produits comme les résines de cannabis que tout cela produit plus d’émissions de goudron que ces damnées cigarettes qui sont un réel fléau pour la santé publique.

Pas sûr donc que la légalisation de la consommation du cannabis, va aider pleinement et complétement l’atteinte nos cibles pourtant modestes en matière de réductions de gaz à effet de serre.

Hélas, trois fois hélas, il faudrait adopter des cibles contraignantes, probablement changer drastiquement nos habitudes de consommations, produire autrement et tourner le dos à toutes formes d’exploitations d’énergies fossiles. Il faudrait « reconcevoir » l’urbain et globalement l’aménagement du territoire, l’organisation du travail, tabler beaucoup plus sur ce qui est renouvelable ; ainsi par exemple, il faudrait valoriser le bois, même la paille ou encore le chanvre (non récréatif) en matière de constructions.

Hélas, quatre fois hélas, Je ne suis pas du tout convaincu que notre Premier ministre Trudeau — dont on connait désormais son goût immodéré pour les déguisements -, qu’il soit prêt à revêtir l’habit du « grand timonier » en vue de réaliser cette grande « révolution culturelle » dont nous aurions tous probablement si tellement bien besoin….

Le fils de PET et son associée Motley d’Alberta ne sont pas sortis du bois… Non seulement ils ont à faire face au gouvernement néo-démocrate-vert de CB mais aussi aux poursuites des Premières Nations pour arrêter l’expansion de TransMountain. Mme Notley a perdu les pédales et ses menaces sont loin de décourager les opposants au pipeline, loin de là! Ça va certainement leur amener de l’eau au moulin et renforcer leur détermination. On peut facilement prévoir une confrontation de l’ampleur de la crise d’Oka de 1990 car les Premières Nations ont signé une alliance internationale et lorsque la construction va commencer, il est probable que l’opposition sera au moins aussi grande que celle aux ÉU dans l’affaire DAPL au Dakota du Nord.

Mais Mme Notley a perdu sa boussole car sa manière de punir la CB et le reste du Canada c’est de couper le pétrole et le gaz… le contraire de ce qu’elle essaie de faire avec le pipeline TM! Que va-t-elle faire avec son nouveau « surplus » de pétrole et de gaz??? Franchement, c’est tellement pathétique que c’en est devenu une bouffonnerie.

Le positif de tout ça? Les gens en CB vont être encore plus déterminés à délaisser le pétrole au profit des énergies vertes, surtout si le coût de l’essence dépasse les 2 $ / litre et les gens vont être encore plus incités à consommer moins. La CB a une économie de plus en plus diversifiée, contrairement à l’Alberta. Elle peut compter sur le gaz naturel, l’hydro-électricité, la forêt, la technologie, le vin, l’agriculture etc. Son territoire est encore sain et comporte une grande partie de la faune canadienne, contrairement à l’Alberta qui est en bonne voie d’avoir détruit à peu près complètement son environnement. D’ailleurs les Albertains délaissent leur province pour leurs résidences secondaires qu’ils achètent en CB!

Maintenant, le gouvernement de CB a décidé de taxer les résidences vacantes du Lower Mainland (Vancouver) et du sud de l’île de Vancouver, ce qui fait aboyer les vacanciers albertains qui y ont une résidence secondaire! Ces gens sont des réfugiés climatiques mais ils sont prêts à tout sacrifier pour faire passer le pétrole en CB et risquer de détruire la côte du Pacifique (mer Salish et détroit Juan de Fuca), le lieu même de leurs résidences secondaires… Faut croire qu’ils n’ont rien appris de leur désastre environnemental et qu’ils sont prêts à cracher dans leur soupe!

Initialement, l’idée de taxer le carbone était de lui donner un prix pour amener les gens à adopter de nouveaux comportements. Alors pourquoi ne pas adopter une politique fiscale neutre comment en Colombie-Britannique. Ainsi, d’une taxe sur le carbone, on est passé à une taxe tout court. Il fallait entendre à CTV la ministre de l’environnement demander où le Parti conservateur de l’Ontario prendrait son argent pour financer ses promesses. Et on le voit dans le cas du Québec où on accumuler un beau fonds vert qui sert à financer tout et son contraire (dont des cimenterie hyper polluante) et cela afin que des politiciens puissent se mettre la face dans la photo. Et comme le disais Jason Kenney, la taxe du carbone a été une arnaque : plus de taxe et pas plus pipeline!

Comme le Canada et le Québec vont être parmi les grands gagnants du réchauffement de la planète, c’est vraiment se tirer dans le pied!