Le gouvernement canadien gèle l’aide en Haïti : bévue ou calcul politique ?

À la veille du troisième anniversaire du séisme en Haïti, la controverse entourant l’aide canadienne en Haïti est de fort mauvais augure pour la perle des Antilles. Les propos du ministre de la Coopération internationale Julian Fantino concernant le gel de l’aide soulèvent un tollé dans le milieu des ONG au Québec, en Haïti et même chez nos voisins américains. Le discours du gouvernement Harper à cet égard n’est pourtant pas si maladroit. Au contraire, le Canada poursuit dans la voie qu’il a choisie depuis l’arrivée au pouvoir des conservateurs: orienter l’aide vers les pays « rentables » et recourir à des préjugés simplistes pour justifier leurs politiques auprès de l’électorat.

Le 4 janvier dernier, La Presse publiait des extraits d’une entrevue avec le ministre Fantino concernant l’aide en Haïti. Après une première visite en novembre dernier, il annonçait que le financement en Haïti serait désormais gelé. Outre le manque de clarté de cette déclaration qui semblait viser les nouveaux projets davantage que le financement des projets humanitaires et de développement en cours, le ministre s’est appuyé sur des arguments très faibles :

1- Il compare Haïti avec la République dominicaine

2- Haïti est toujours en mauvais état

3- Les Haïtiens doivent apprendre à se prendre en main


D’abord, en comparant le niveau de développement de la société haïtienne à la Républicaine dominicaine voisine, le ministre Fantino blâme Haïti de ne pas « se prendre en main ». Le peu de considération du ministre pour le développement différencié des deux pays, leur parcours historique distinct et les récentes catastrophes subies par Haïti frisent le ridicule. Son affirmation sur le fait que l’aide n’ait pas permis d’aider le pays est facilement contredite par l’expérience.

De plus, M. Fantino semble ignorer que les résultats de l’aide ne sont pas toujours visibles (comme le sont le traitement des déchets ou la construction d’infrastructure). Les améliorations touchent souvent le renforcement des capacités, les ressources humaines, les mécanismes de prévention des désastres, etc.

Finalement, le ministre soustrait au regard des Canadiens le travail des Haïtiens qui, depuis le 12 janvier 2010, agissent comme acteurs de premier plan dans la reconstruction. Tous ces efforts doivent par ailleurs être replacés dans le contexte de la haute vulnérabilité d’une l’île qui a été frappé par deux tempêtes dévastatrices à la période des récoltes (tempête tropicale Isaac et ouragan Sandy) et par une épidémie de choléra introduite par la présence des casques bleus, et qui a d’ailleurs atteint plus de 600 000 personnes depuis 2010.

Discours populiste

Une telle déclaration frappe exactement là où elle peut laisser des traces, soit dans l’imaginaire collectif. Les faits présentés ne comptent pas autant que la portée des propos sur notre compréhension des enjeux liés à l’aide internationale. En reprenant un certain nombre de préjugés présents dans le discours populaire (« les Haïtiens doivent se prendre en main… le Canada agit comme une œuvre de charité… l’aide ne fonctionne pas … »), Fantino consolide ces conceptions populistes. Il reproduit et entérine un discours déjà bien vivant.

On répète ad nauseam que les populations du sud vivent aux crochets de l’aide internationale, qu’elles n’arrivent pas à se prendre en main, que leurs gouvernements détournent l’aide et que les dépenses de fonctionnement des ONG avalent des sommes exorbitantes alors que la réalité est plus nuancée et surtout plus complexe.

Fantino encourage du coup les Don Cherry du pays à propager encore davantage ce discours simpliste. Après quoi, il est plus aisé pour le gouvernement de justifier ses coupures dans l’aide internationale, et voire même un réalignement de l’aide vers des pays où nous avons des intérêts stratégiques et économiques.

Cette décision ne tient toutefois pas compte de l’importante population canadienne d’origine haïtienne, ni d’ailleurs de la solidarité historique entre le Québec et Haïti. Et encore une fois force est de constater le succès actuel des discours populistes en politique, des discours qui, très justement, viennent conforter les préjugés.

Andréanne Martel
Chercheure à l’Observatoire sur les missions de paix et opérations humanitaires

Twitter @AndreanneMartel

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Excellente analyse des propos du ministre Fantino!

Strategie du gouvernement Harper d envoyer au front un ancien chef de police pour conforter sa base en Ontario ?

Re-orientation de l aide vers Haiti en direction du Mali pour les depenses de transport de troupes, d armement et d equpements et d aide a la remuneration des forces africaines ?

A suivre !

Ce que je pense comprendre de la situation actuelle de l’aide qui est fournie à la population haïtienne, c’est qu’elle rejoint par quelques aspects une problématique aussi d’actualité qui relève de l’aide apportée aux Premières nations.

Je me garderais de faire un amalgame puisque ce sont deux dossiers différents d’autant plus qu’Haïti est un pays souverain lorsque notre relation avec les populations autochtones et métisses relèvent de notre propre débat national.

Toutefois, au centre du problème, on découvre un dénominateur commun, celui de l’argent et de la manière dont les fonds sont distribués. Lié à cette répartition, vous trouvez un autre dénominateur commun qui est celui de l’administration.

Pour en revenir à Haïti, l’administration de ce pays ne dispose que très fragmentairement de l’aide financière qui lui revient et la plus grande part est distribuée par l’ACDI à des ONG. Ici non plus, je ne dis pas que ces ONG n’accomplissent pas un travail utile sur le sol d’Haïti…. Si ce n’est que n’est-ce pas aux haïtiens eux-mêmes d’entrer dans une nouvelle phase qui leur permette de faire leurs choix, de travailler sur leur développement pour enfin sortir gagnants des terribles et multiples épreuves qui leurs ont été imposées ?

Je ne suis pas certain que de devoir passer l’entièreté de sa vie sous perfusion soit une excellente expérience de vie. Il est donc temps de construire un dialogue basé sur la confiance qui permette à 100% du peuple haïtien de retrouver la foi en leur magnifique destin.

C’est bien altruiste de vouloir aider le peuple d’un pays qui a subi des actes de la nature, surtout s’ils sont en difficultés financières. Évidemment les pays aidants donne une bonne image de leur générosité et fait parti du « Lobby » autour de la planète. A toutes les échelles, pays, état, province, municipalité et même familial, il y aura toujours des personnes ou des peuples qui resterons sur perfusion, ça partie de la nature humaine et ont vie avec. À toutes les échelles en difficulté, il y a aussi l’option de se regrouper pour devenir plus fort, une municipalité en tutelle, peut se diviser parmi toutes les municipalités limitrophes. Une province peut rejoindre une province voisine pour en faire qu’une, un pays, pourrait rejoindre un autre pays, rejoindre son voisin la République Dominicaine, ou devenir la 51ième État Américain, Hawaii à fait de même, une province Française, faire partie des pays Britannique ou même la 11ième province ou 4ième territoire Canadien, dont les langues du pays sont déjà en partie française et anglaise. Le tout pour grandir, améliorer l’enseignement scolaire, etc… La décision revient donc au décidant qui pourrait bien se rendre un jour cette évidence, tout est possible. L’assistance humanitaire immédiate est là depuis 3 ans, se n’est pas comme apporter une aide humanitaire pour un coup de pouce et le pays se reprend en main, comme le tremblement de terre en Arménie de 1988, dont le Canada en autre, ont participé. Haïti sera un problème récurrent pour des années, à n’en plus voir la fin, est-ce vraiment humanitaire pour sont peuple, qu’il a peine à se nourrir. Serions nous prêt à joindre une île du sud pour le Canada? Tant qu’à subventionner un pays, tout aussi bien qu’il nous rejoigne et faire partie du Commonwealth. il y aura évidemment de la péréquation Canadienne au départ, mais avec le temps, pourrait devenir autonome, comme l’île Aruba, qui forme un État du Royaume des Pays-Bas à part entière, beaucoup de retraité s’installe après avoir grandi leur famille au Pays-Bas et font l’aller/retour dans leur pays de naissance pour voir leur famille, en plus avec l’internet, il n’y plus de distance. Il y aurait probablement des Canadiens qui serait prêt à passer une partie de leur vie, de retraite, leur vacance sur une île du sud, en dollar canadien, de se faire bâtir des résidences avec les lois et règlements canadiens, évidemment antiséisme/d’ouragan et dans les secteur moins susceptible de l’île, grâce à la réputation du Canada, des investisseurs touristiques s’ajouteront, des fabricants, des professionnels canadien, médecin, avocat, notaire, etc… Autrement dit, des revenus et du travail pour les locaux. Pourquoi pas initier les négociations dès maintenant?

C’est rare que je suis d’accord avec Don Cherry, mais là totalement ! C’est bien vrai qu’on ne peut pas se permettre de continuer d’aider Haïti (50 millions de $$$ par année !), ni aucun autre pays. Chaque pays devrait se débrouiller lui-même et se mêler de ses affaires et tout irait mieux. À mon avis, on veut trop aider tout le monde et se mêler de tout. Ça commence à causer la perte des Américains et il faudrait faire attention à ce que ça ne cause pas la nôtre. Ce n’est pas au gouvernement à imposer à tous un don de charité, mais à chaque particulier à décider lui-même s’il veut donner son argent.

De plus, le fait d’envoyer énormément d’argent à un pays a un effet dévastateur sur son économie. Plutôt que d’utiliser les services d’entreprises privées, payant de l’impôt grandement nécessaire aux coffres d’Haïti, pour payer la reconstruction et le développement du pays, ce sont les autres pays ou organisations non-gouvernementales qui le font, évidemment sans avoir à leur payer de l’impôt. Comment bâtir une économie durable quand rien n’est consommé, tout est donné ?!

Autre article banal et inutile.

Combien de ces prétentieuses « tetes chercheuses » d’un « observatoire » d’une chaire quelconque d’universtités sont allés voyager à Haiti pour embeter les Haitiens, leur montrer subtilement leur supériorité;
pour utiliser les bidons d’essence, les moyens de transport, les chambres d’hotel, la meilleure nourriture;
pour discuter le soir entre copains chercheurs/observateur, autour d’une belle table garnie de bon plats apétissants et de bonnes bouteilles de vin, sur les bienfaits que vous apportez à Haiti.
C’est vous qui vivez aux crochets de l’aide internationale !!

Sortez tous du pays, cessez de leur dire quoi faire, comment le faire et quand le faire.
Votre article condescendant envers les Haitiens et le ministre Fantino est pénible à lire. Contrairement à vos croyances ridicules, les Haitiens sont plus débrouillards et intelligents que vous. Et surtout ils sont plus travaillants que vous.
Otez-vous du chemin, ils pourront enfin déblayer!!

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