Le jour le plus long 

Pour l’électeur, apposer son X sur le bulletin de vote ne demandera que quelques secondes. Pour un chef politique, ses conseillers et ses bénévoles, la journée durera une éternité. Notre collaborateur la raconte de l’intérieur.

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Dominic Vallières a, pendant plus de 10 ans, occupé les postes d’attaché de presse, de porte-parole, de rédacteur de discours et de directeur des communications auprès d’élus de l’Assemblée nationale et des Communes (Parti québécois, Bloc québécois, Coalition Avenir Québec). Il est directeur de TACT et s’exprime quotidiennement comme analyste politique à QUB radio.

Lundi sera le jour V, celui du vote, et ce sera la journée la plus longue. C’est vrai pour les bénévoles, pour les candidats et pour les chefs. Des centaines et des centaines de jours de planification ont pour aboutissement ces quelques interminables heures où on va « faire sortir le vote ». Tout a été dit, tout est désormais entre les mains des citoyens… ou presque.

Mais à quoi ressemble un jour V vécu dans les coulisses ? D’abord, on ne peut plus faire campagne. Fini les annonces, les attaques, toute la place est laissée aux électeurs. Certains chefs vont voter, d’autres l’ont fait par anticipation. Ceux qui y vont le jour même sont accompagnés de journalistes, peuvent serrer des mains et dire bonjour, mais c’est tout.

Autour des bureaux de scrutin, les affiches ont été retirées et personne ne peut distribuer de dépliants ou porter de signe politique distinctif. Comme vous le verrez sur Twitter, beaucoup de gens de bonne et moins bonne volonté « veillent » au respect de règles qu’ils ne comprennent pas toujours…

Les militants, eux, « font sortir le vote ». Après des semaines à repérer les électeurs sympathisants de chacune des circonscriptions, il est temps de s’assurer qu’ils se déplacent et vont exercer leur droit. On peut le savoir tout au long de la journée, puisque des militants bien identifiés de chacun des partis peuvent entrer sur les lieux où se déroule le vote pour récupérer ce qu’on appelle une « carte de bingo ». Cette carte donne deux informations : le numéro du bureau de vote et le numéro des électeurs qui ont voté. Ces feuilles sont distribuées toutes les heures et les citoyens ayant voté dans l’heure précédente y sont inscrits. Pour les non-initiés, ces chiffres ne disent rien. Ce sont les partis politiques, qui disposent de la liste électorale, qui vont faire le lien entre le numéro d’électeur et son nom. 

Partout au Québec, les organisateurs ont l’œil rivé sur le taux de participation global (donnée publique) et le taux de participation des sympathisants (donnée non publique). Si on note que nos sympathisants votent moins que la moyenne, on redouble d’ardeur pour les contacter et leur enjoindre de le faire.

Ce ballet se poursuit jusqu’à 19 h 30, heure à laquelle les bénévoles se rendent aux soirées électorales organisées par les candidats ou les partis. Déjà, après avoir fait des centaines d’appels téléphoniques, ils se doutent du résultat.

Quant aux chefs, ils préparent eux-mêmes ou font préparer généralement trois discours : victoire (ou victoire morale), défaite, démission. Certains sont plus plaisants à écrire que d’autres, vous vous en doutez. Ils passent la journée à encourager les bénévoles, puis se retirent dans un hôtel pas loin du lieu de rassemblement, pour réviser les discours. Eux aussi, après avoir serré des mains toute la journée, ont une petite idée du résultat. Gare aux regards fuyants ou aux citoyens qui vous disent bonjour tout en fixant le sol. Ils sont annonciateurs de mauvaises nouvelles.

Au fur et à mesure que la soirée avance, il devient évident qu’on utilisera un discours plutôt qu’un autre. Les rédacteurs, les conseillers et le chef fignolent alors les derniers éléments, on laisse filtrer des images de la préparation (si ça va bien) ou on signale à notre entourage que c’est silence radio (si ça va mal).

Traditionnellement, les chefs prennent la parole dans l’ordre inverse des résultats. Celui qui finit cinquième parle donc en premier, jusqu’au vainqueur. Il arrive que la défaite soit trop sèche. Alors le chef démissionne sur l’estrade, et son entourage apprend en direct qu’il n’a plus d’emploi. La famille est tiraillée entre la tristesse de voir se terminer une ambition et la joie de retrouver un membre à temps plein.

Lundi, il y aura des victoires et des défaites, petites et grandes. Le jeu politique tel qu’on l’a connu au cours des deux dernières années, avec les têtes d’affiche que sont François Legault, Dominique Anglade, Gabriel Nadeau-Dubois, Paul St-Pierre Plamondon et Éric Duhaime, changera. Lundi soir, à 20 h, la population se sera exprimée. Dans leurs chambres d’hôtel, les chefs attendront le verdict la boule au ventre.

Quand la tension est à couper au couteau et les émotions à vif, les chefs et leur entourage prennent alors toute la mesure de ceux qui détiennent le vrai pouvoir de changer les choses. Vous, moi, 6 800 000 Québécoises et Québécois de 18 ans et plus. Utilisons-le.

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Ai-je bien compris ? Avec les « cartes de bingo » le parti peut savoir si monsieur ou madame untel/le a voté pour eux… Si oui, cela est absolument dégueulasse ! Si non, j’ai mal compris. Cela ne serait pas la première fois 🙂

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