Le jour où Philippe Couillard était «écoeuré» d’Anticosti…

«Anticosti, moi j’ai rien à voir avec ce projet-là. Je l’ai trouvé à mon arrivée au gouvernement.»

Photo: Christophe Ena/AP Photo
Photo: Christophe Ena/AP Photo

Certains écoutent des vieux matchs des Expos dans leurs temps libres; pour moi, ce sont les vieilles conférences de presse qui servent de passe-temps. Et parfois, je tombe sur des petits détails qui m’avaient échappé à la première écoute. Comme lors de cette conférence de presse en décembre dernier, à Paris.

Petite mise en contexte. Ce jour-là, Philippe Couillard est installé dans une salle trop petite de la COP 21, au Bourget, et se laisse flatter par les propos de l’ex-vice-président américain, Al Gore, en train de l’élever au rang de héros.

«Le Québec donne l’exemple» («Here, Quebec is showing the way»), dit l’environnementaliste en réaction à l’annonce que vient de faire le premier ministre. Quelques minutes auparavant, Couillard avait dévoilé une aide de 25 millions de dollars pour aider les pays d’Afrique francophones à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. Devant des invités triés sur le volet, Al Gore ne ménage pas ses compliments.

«Merci à la population du Québec», lance-t-il avant de se tourner vers le premier ministre Couillard. «Vous êtes en train de devenir les vrais héros de la lutte mondiale aux changements climatiques. Vraiment!» Saoulé par ces paroles et flottant sur un nuage vert, rien ne semble pouvoir atteindre un Philippe Couillard au comble de l’extase, jusqu’à ce que la journaliste de Radio-Canada, Catherine Mercier, s’amène au micro.

«Je suis un peu confuse, dit-elle. On apprend que le Québec va investir 25 millions pour aider les pays les plus vulnérables à faire une transition énergétique. Et du même coup, on sait que le Québec va investir plus de 100 millions de dollars dans l’exploration pétrolière à Anticosti. Alors, je me demande un peu où est la cohérence».

Le visage de Philippe Couillard se durcit et le sourire qu’il affichait il y a quelques secondes, fait place à une irritation qu’il ne cherche même pas à dissimuler.

«Anticosti, moi j’ai rien à voir avec ce projet-là, répond-il sèchement. Je l’ai trouvé à mon arrivée au gouvernement. J’aurais préféré ne pas le trouver, madame. Parce que j’étais opposé à ce projet-là quand j’étais dans l’opposition. Le gouvernement du Québec, de nos prédécesseurs, a signé un contrat (…). S’il-vous plait, arrêter de dire que je suis le promoteur d’Anticosti, chu tanné là. Ça fait plusieurs fois que je dis que c’est pas mon projet», rage Philippe Couillard.

Le premier ministre vient de comprendre qu’il a perdu le contrôle de la conférence de presse et le dérapage ne fait que commencer. 

«Comment l’industrie doit décoder votre message?», demande Patrice Bergeron de la Presse Canadienne. «Je crois qu’elle doit décoder que je n’ai aucun enthousiasme pour développer les hydrocarbures au Québec», répond Philippe Couillard, déclenchant dans l’assistance, une salve d’applaudissements. Mais il n’est pas au bout de ses peines.

«Si vous dites que vous n’avez pas d’appétit pour les hydrocarbures, pourquoi ne pas tout simplement abandonner l’exploration?», lui demande un autre journaliste (moi-même).

«Le problème c’est qu’on a un contrat signé par le gouvernement du Québec, avec des pénalités en cas de non-respect. Croyez-moi, c’était pas mon choix de trouver ce contrat-là signé à mon arrivée», tonne Philippe Couillard.

Volant à son secours, le porte-parole du premier ministre, Harold Fortin, met fin à la conférence de presse. Mais au moment où invités et journalistes quittent la salle, Philippe Couillard se tourne vers ses conseillers. Ne se doutant pas que les micros sont toujours ouverts, il lance discrètement: «J’espère qu’y vont arrêter de m’écoeurer avec Anticosti, là!». C’était bien mal connaître les journalistes.

Le lendemain, la vice-présidente de Gaz Métro, Stéphanie Trudeau, également présente à Paris, s’étonnait de ces propos.

«Je suis assez convaincue que les gens qui veulent exploiter les hydrocarbures au Québec ont dû être déçus», dit-elle prudemment. Mais plutôt que de la rassurer, Philippe Couillard en rajoute.

«Il faut voir le gaz naturel comme un élément de transition dans l’objectif qu’on a de décarboniser presque complètement le Québec. On a quelques décennies devant nous, mais le temps passe très vite. 2050, c’est dans 35 ans. C’est long, mais c’est une partie d’une vie humaine qui passe assez vite», lance-t-il. Philippe Couillard vient de condamner l’industrie des hydrocarbures.

Depuis ces déclarations, les actions de Pétrolia et de Junex, deux pétrolières québécoises, n’ont cessé de chuter et le gouvernement, qui détient des parts dans les deux compagnies, aurait perdu près de quatre millions, selon le Journal de Montréal.

De quoi «écoeurer» davantage Philippe Couillard…

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28 commentaires
Les commentaires sont fermés.

Couillard n’est pas écoeuré d’Anticosti, il est écoeuré des journalistes comme vous, et ont le serait à moins monsieur Lacroix. Démagogie, populisme, péquisme même! Vous, monsieur Lacroix, vous voudriez être associé à l’exploitation des possibles ressources d’Anticosti? Étrange comme la gauche tourne à droite lorsque la droite tourne à gauche…

Notre PM Philppe Couillard est écoeuré des journalistes. Curieux si c’est vrais, ce n’est pas du tout rassurant.
Mais il y en a d’autres qui ressentent ce même écoeurement, est-ce pour les même raisons ?
Faites taire les journalistes et là vous pourrez parler de démagogie.

curieux ton commentaire…Port Daniel va produire plus de GES que le projet d’anticosti…pourtant Couillard l’appuie…Moi je suis écoeuré de cet énergumène qui se croit tout permis

Étrange aussi qu’il faille maintenant être un « facebookeux » afin que nos commentaires soient publiés sur les sites populaires comme MSN, car disons la vérité, quel quidam se rend sur le site de L’actualité…

De toute façon, le projet Anticosti est financé aux 3/4 par l’argent des contribuables, alors si le projet avorte, ça fera ça de moins de gaspillé…

Je ne vois pas où est l’incohérence lorsque monsieur Couillard alloue un montant de 25 millions pour aider des pays africains à faire la transition énergétique et son peu d’enthousiasme pour le développement des hycrocarbures en Anticosti. Et au contraire, aider la transition énergétique des pays africains et l’arrêt du développement des hydrocarbures d’ici me semble tout-à-fait cohérent. Pauvre madame Mercier, elle a raison de
se sentir un peu confuse…

Déchirer les ententes conclues de bonne foi et en bonne et due forme par un gouvernement dûment en autorité!! Voilà une bien étrange interprétation de ce qu’est la «succession d’état». Remarquez que Philippe Couillard n’est pas le premier P.M. provincial à présenter semblable comportement. MM. Frank McKenna et Clyde Wells ont fait de même avec l’entente du Lac Meech dûment signée par leur prédécesseur respectif. Et ces deux-là n’avaient pas l’excuse de ne pas être avocats et donc d’ignorer non seulement le principe mais aussi les divers traités internationaux régissant le sujet.
On objectera qu’en l’espèce, il s’agit non pas d’une entente internationale mais d’ententes conclues avec des firmes d’ici et qu’en conséquence, cela serait moins grave. Or, en matière d’énergie et en nombre d’autres matières, l’État du Québec, par l’entremise de ses dirigeants élus, s’engage formellement avec des partenaires internationaux. Le message envoyé par notre nouveau P.M. porte à penser que nonobstant l’engagement antérieur de l’État, il peut se permettre de désavouer ouvertement et unilatéralement une entente conclue par l’État avant sa propre arrivée en poste simplement parce qu’il n’apprécie pas ladite entente.
Cela envoie le message que l’État du Québec n’est pas fiable et que sa signature ne vaut que le temps durant lequel le signataire original demeure en fonction. C’est mauvais pour notre réputation même si cela peut nous attirer les félicitations d’un Al Gore qui, du temps où il était V.P des USA n’aurait certainement pas apprécié les états qui renient leur signature.

Si j’ai bien compris, M. Couillard ne veut pas déchirer l’entente même s’il n’est pas d’accord… Il dit qu’il est lié par ce contrat. Par contre, il est vrai que les gouvernements successifs ne se gênent pas pour déchirer les ententes prises par le gouvernement antérieur – on n’a qu’à penser au gouvernement Harper qui n’a pas hésité à déchirer l’Accord de Kelowna entre les gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux et les peuples autochtones du Canada… Ça démontre clairement que le gouvernement du Canada n’est pas fiable et que c’est un gouvernement d’opportunistes et de patroneux. Pourrait-on en dire autant du gouvernement du Québec?

L’entente du gouvernement péquiste a été faite avec Pétrolia, Corridor Resources et Maurel & Prom, tout en concluant un accord de principe avec Junex. Maurel & Prom est une petite société française opérant au Gabon et en Tanzanie. Devant un « si grand » potentiel, on aurait pu croire que le gouvernement aurait pu intéresser une grande pétrolière à l’exploration du territoire, mais non, il s’est associé à des nains.
La perspective de voir se développer une filière industrielle toute neuve n’a pas fini d’exciter les nationalistes qui rêvent depuis 1970 d’un vecteur
économique susceptible de porter le projet souverainiste en avant. Le PQ a d’abord cru au nucléaire, pour se rabattre sur les succès de Robert Bourassa à la Baie James. Il a cru à la production de l’essence synthétique à partir de la biomasse, avant de réaliser que la production en laboratoire se résumait à une éprouvette de 20 ml. Il a par la suite fabulé autour du moteur-roue du Docteur Couture, en ignorant l’absence d’intérêt de la part d’entreprises comme Toyota. Il s’est entiché de l’hydrogène à partir de l’électrolyse de l’eau qui ferait voler les avions de Lufthansa, d’un TGV Québec-Montréal, puis de l’éolien, enfin du pétrole d’Anticosti. Bien des libéraux ont fait de même.
Les filières industrielles ne se bâtissent pas à partir d’ententes bâclées et de projets-miracles, mais sur la réalité des marchés, de même que ;a ,mise en place de politiques soutenues, cohérentes et fondées sur la science et la technologie (environnement, méthodes, moyens). Il faudrait que l’on cesse, dans les officines gouvernementales, de bondir chaque fois qu’un conseiller ou une entreprise de Québec Inc. accrochée aux mamelles de l’État émet une idée « brillante ». Quelques mots à la mode et quelques belles photos ne devraient pas suffire.
L’impatience de Monsieur Couillard devant de tels projets me réjouit.

Je suis d’accord sauf pour la fin. Couillard a fait un « prêt » à bombardier et c’est une commande purement politique. D’ailleurs, les gens dans le milieu vous le dirons. Les commandes politiques, ça existe depuis toujours et, malheureusement, ça a empiré.

La CSeries n’est pas un rêve. L’avion est vraiment nouveau et menace le confort du duopole Boeing-Airbus, fortement soutenu par les gouvernements américain, français, espagnol et allemand. Bombardier vient déranger et ces deux entreprises qui ont rapidement équipé leurs plus petits modèles avec les mêmes moteurs que Pratt and Whitney a développé grâce initialement à l’intérêt de Bombardier. Ces avions sont moins silencieux, plus lourds (moins de composites) et moins économes que les CS-100 et 300. Au moins, ici, il ne s’agit plus d’aider au développement d’une vision discutable mais d’un succès technologique. Bien sûr, déplacer Boeing et Airbus n’est pas une sinécure et présente de grands risques.

Couillard a fait ce que les autres pays ont fait pour protéger Airbus, Embrair,Boeing! Mais ce n’ est pas à la province de Québec de sauver la technologie de Bombardier mais bien au gouvernement canadien ! Il y a plusiuers emploies en jeu.

Ce projet n’est pas le projet du PQ…il a été concocté par les libéraux…suis l’actualité avant d’écrire n’imprte quoi

FAUX!!!

Les Libéraux avaient étudié le dit projet mais il a été MIS EN BRANLE par l’infâme PQ!!!

Chose certaine M.Couillard est pris avec une grosse roche dans son soulier!! Il se targue d’ être visionnaire au sujet de l’ électrivication ! Mais n’ a aucun respect pour les partenaires Gaz Métro, Pétrolia, Junex ect…!

Mais pour qui se prend -t’ il ? Ce premier ministre est complètement dans le champ ; car je ne connais aucun contribuable que nous sommes à être prêt à payer les poursuites éventuelles de NOS partenaires dans ce dossier!!! Alors M. le premier ministre vous êtes prêt à donner 25 millions $ aux pays d’ Afrique pour le virage vert payé à même le fond vert qui est notre argent! Mais vous n’ êtes pas prêt à attendre les résultats des enquêtes du B A P E sur l’ exploitation des gazs de schiste à Anticostie !
Actuellement après l’ austérité , selon vos dires nous passons à une aire de prospérité et de création d’ économie et d’ emplois!! Ou sont vos projets? Vous tirez à boulets rouges sur tout ce qui s’ appelle hydrocarbure!

Les hydrocarbures sont là pour encore très longtemps!

J,aimerais bien critiquer les journalistes mais ils ont toujours raison et le derrnier mot. Une refonte journalistique et un code de conduite plus sévère est nécessaire. Les plus sérieux sont probablement en accord.

Le Québec fait « petit peuple » à la lumière de ce l’on apprend de nos politiciens. Le projet d’Anticosti va nous coûter collectivement des centaines de millions, en dédommagement à Pétrolia. Ce projet a été mis de l’avant par Jean Charest et le gouvernement (quelqu’il fut) a dû signer le contrat dans la forme usuelle. On va rater autant d’investissement au fil des deux années qui restent parce qu’un investisseur averti aura compris qu’un gouvernement peut décider de ne pas respecter un contrat…ni sa signature, en tant qu’entité. On a les politiciens que l’on mérite et on poigné avec.

Excellent, M. Lacroix..!! Que les journalistes continuent leur travail afin de faire sortir les « vraies affaires » de Couillard et du PLQ!

Et puis la cimenterie de Port-Daniel qui sera une des industries les plus polluantes de la province, il ne pouvait pas mettre fin à ce projet???