Le long parcours de Mary Simon jusqu’à Rideau Hall

Jeune fille, elle a été contrainte de fréquenter les externats fédéraux. Aujourd’hui, la nouvelle gouverneure générale marque l’histoire en héritant d’une fonction qui la place au centre du processus de réconciliation. Entre les deux, elle avait gagné le respect de René Lévesque.

Sean Kilpatrick / La Presse Canadienne

Elle voyageait en traîneau à chiens lorsqu’elle était enfant. Plus tard, c’est dans des camions blindés soviétiques qu’elle a parcouru la Sibérie pour aller à la rencontre des Inuit de la région. Des terrains les plus froids aux cercles diplomatiques internationaux, Mary Simon n’a cessé de défricher des chemins difficiles. Jusqu’à Rideau Hall.

Nommée le 6 juillet, la 30e gouverneure générale du Canada n’a pas la notoriété immédiate des Adrienne Clarkson, Michaëlle Jean ou Julie Payette qui l’ont précédée.

Bien peu l’ont reconnue quand elle s’est présentée au lutrin aux côtés du premier ministre Justin Trudeau. Mais pour ceux qui connaissaient déjà son parcours, c’était une évidence : elle était toute désignée pour devenir la première gouverneure générale autochtone de l’histoire du Canada — mis à part le fait qu’elle ne parle pas français, ce qui a été dénoncé par certains, mardi.

Questionnée à cet égard, Mary Simon a eu une réponse éloquente : « Je veux que les choses soient claires. Je suis bilingue, mais en inuktitut et en anglais. C’est parce que j’ai grandi au Québec [au Nunavik] qu’on m’a refusé la possibilité d’apprendre le français pendant mon séjour dans les externats fédéraux », a dit la femme née en 1947.

En temps normal, nommer au poste de gouverneur général une personne qui ne parle pas français aurait suscité plus que quelques critiques, plutôt un vrai tollé, surtout à l’heure où la question des langues officielles est au cœur du débat politique.

Mais il y avait sur la table un enjeu plus pressant que celui du bilinguisme, a conclu Justin Trudeau : celui de la réconciliation avec les peuples autochtones. Les découvertes récentes de centaines de sépultures anonymes d’enfants morts dans les pensionnats ont donné un caractère d’urgence inédit à ce gigantesque dossier.

Et c’est bien dans cette optique que Mary Simon a accepté ce rôle pour le moins… paradoxal. Elle représentera tout de même la reine et la Couronne, qui symbolisent pour plusieurs un « système de gouvernance colonialiste », comme le rappelait mardi l’Association des femmes autochtones du Canada.

Long parcours

Son curriculum vitæ impressionne. Dans les années 1970, elle est animatrice de radio à ce qui est aujourd’hui CBC/Radio-Canada Nord. Elle travaille ensuite à l’Association des Inuit du Nouveau-Québec, et est présidente de la Société Makivik, qui gère le développement économique et social dans le Grand Nord québécois.

À ce titre, elle participe directement à la mise en œuvre de la Convention de la Baie-James et du Nord québécois ainsi qu’à la protection et à la promotion des droits des Inuit en vertu de cette même Convention. En 1982, Mary Simon se retrouve — à l’invitation de René Lévesque — à la table des négociations entourant le rapatriement de la Constitution canadienne, pour le volet qui mènera à l’inscription des droits ancestraux et issus de traités.

Ce n’est que le début : Mary Simon remplit par la suite deux mandats à la présidence de la Conférence circumpolaire inuite (aujourd’hui le Conseil circumpolaire inuit), une organisation non gouvernementale internationale représentant les Inuit des États-Unis, du Canada, du Groenland et de la Russie. Elle est commissaire à la Commission d’établissement du Nunavut, codirectrice des politiques à la Commission royale sur les peuples autochtones, ambassadrice aux Affaires circumpolaires (1994-2003), ambassadrice du Canada au Danemark (1999-2001)…

À compter de 2006, Mary Simon est présidente de l’organisation Inuit Tapiriit Kanatami, qui représente les Inuit du Canada. En 2008, quand le premier ministre Stephen Harper présente les excuses officielles du gouvernement pour les pensionnats pour Autochtones, elle fait partie des leaders appelés à prononcer un discours de réponse à la Chambre des communes.

« Ne nous laissons pas bercer par l’illusion que demain, au lever du soleil, la douleur et les cicatrices se seront miraculeusement résorbées. Ce ne sera pas le cas, dit-elle alors. Un nouveau jour s’est levé pourtant, un jour nouveau marqué d’une volonté de réconciliation et d’édification d’un nouveau rapport avec les Inuit, les Métis et les Premières Nations », souligne-t-elle. Treize ans plus tard, son nouveau rôle la place au centre de ce projet.

La liste de ses engagements est non exhaustive, mais donne la mesure du personnage. Une trame de fond s’en dégage : Mary Simon a toujours travaillé pour la défense des droits et de la culture des Inuit.

Vu en 1989

C’est déjà ce que soulignait Carole Beaulieu dans un portrait de Mary Simon publié par L’actualité en juillet 1989. On la présentait comme une « étoile polaire » qui « fait le pont entre le monde des Blancs et celui des 115 000 Inuits dispersés de la Sibérie au Groenland ».

À l’époque, Mary Simon était présidente de la Conférence circumpolaire inuit, un organisme international qui a la délicate mission de représenter et regrouper les Inuit « dispersés sur des centaines de milliers de kilomètres de glace et de toundra » que se partagent le Canada, les États-Unis, le Groenland et la Russie (alors Union soviétique…).

« Née à Kangiqsualujjuaq, un petit village de 400 habitants sur les rives de la baie d’Ungava, Mary May grandit dans la toundra, entre une mère inuit et un père blanc », rapportait L’actualité. « Son père, garde-chasse puis gérant d’un magasin de la Baie d’Hudson, parle huit dialectes inuit et s’assure que les enfants suivent les bulletins de nouvelles chaque soir à la radio. La famille de huit enfants voyage en traîneau à chiens d’un camp de chasse à l’autre. Sous la tente, à la lumière des lampes à huile, Mary écoute sa grand-mère Jeannie raconter la difficile vie d’avant et apprend à coudre des kakis et des parkas. Jusqu’à l’âge de six ans, Mary ne parlera qu’inuktitut. « J’ai découvert l’anglais à l’école. » »

On notait aussi qu’elle avait dû faire « ses études secondaires par correspondance, le gouvernement fédéral refusant à l’époque de financer l’éducation des enfants de femmes inuit ayant épousé des Blancs ».

En 1989, Mary Simon brisait déjà des plafonds de verre : première femme présidente de la Société Makivik, seule femme participant à la plupart des conférences constitutionnelles sur les droits des Autochtones, on disait que « René Lévesque avait un plaisir profond à travailler avec elle », selon ce qu’a raconté à Carole Beaulieu son ancien adjoint Éric Goudreau.

« Mary est une personne qui sait s’exprimer, qui va droit au but et fait toujours appel à la raison de celui qui l’écoute », soutenait cet ancien sous-ministre chargé des Affaires autochtones. Bob Epstein, un ancien conseiller des Cris, la qualifiait de « femme de détails » qui maîtrisait bien les formules d’amendements constitutionnels. Elle avait été « formidable » dans un débat sur le sujet avec René Lévesque et deux de ses ministres, disait-il.

« À Calgary, en 1988, lors d’une conférence sur la souveraineté canadienne [dans l’Arctique], le plaidoyer de Mary Simon en faveur de la démilitarisation de la région lui a valu une ovation », mentionnait le texte.

Être inuk

Femme d’écoute plus que de grandes déclarations, Mary Simon soulignait au magazine que « la vraie question est de savoir ce que cela veut dire d’être inuit aujourd’hui. Comment prendre part à un monde en évolution tout en préservant [cette] culture et [ce] mode de vie ? »

« Ce qui me plairait, ce serait de savoir que je n’ai plus à m’inquiéter. Que mon peuple ne va pas s’éteindre. Que nous vivrons encore des milliers d’années. »

Présentée comme une bâtisseuse de ponts par ceux qui l’avaient côtoyée jusque-là, Mary Simon disait s’inquiéter d’une multitude de problèmes qui touchaient les communautés : alcoolisme, violence conjugale, agressions sexuelles, suicide. « Le temps joue contre nous », évoquait-elle. « Mais je suis optimiste. »

Un optimisme qui lui sera utile à l’heure d’un nouveau mandat difficile. On présente souvent la fonction de gouverneur général comme étant essentiellement symbolique : chose certaine, le symbole d’y voir une Inuk ne manque pas de force.

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Je reconnais que cette femme a une feuille de route remarquable . Mais étant vice-président du Comité des langues officielles au Sénat . Je considère que le Premier Ministre Trudeau donne une sérieuse gifle à tous les francophones du Canada . Aurait-il fait la même chose avec une personne unilingue francophones .

À lire ce texte, qui nous fait connaître davantage Mme Simons, je suis encore plus convaincue que c’est un sinistre calcul de la part du Premier ministre de l’avoir nommée gouverneure générale, et c’est une erreur de « casting » qu’elle ait accepté de jouer ce rôle. Elle servira ainsi de caution morale au gouvernement Trudeau et de paravent dans les heures sombres de ses relations avec les Premières Nations. Un rôle qui vient totalement en contradiction avec ce qui a été le moteur de son action jusqu’à maintenant. En effet, cet emploi en sera un purement décoratif, comme il se doit. Nul doute pourtant que cette femme a toutes les compétences pour défendre les droits de sa nation et qu’elle les a mises durant toute sa vie au service de ceux et celles qu’elle considère comme les siens, sans faire de compromis. Difficile de l’imaginer maintenant dans un rôle aussi passif.
Par ailleurs, le fait qu’elle n’ait pas cru bon apprendre le français à la suite de ses études primaires et jusqu’à maintenant , malgré ses séjours prolongés au Sud, est significatif. Il m’apparaît clairement que ce n’est pas maintenant qu’elle aura la motivation nécessaire pour développer ces compétences linguistiques. Elle ne sera pas la première, parmi les unilingues anglais nommés à un poste important par le gouvernement fédéral, à faire cette promesse…et à ne pas la tenir. La plupart des francophones qu’elle aura l’occasion de rencontrer auront sans aucun doute l’amabilité de lui parler en anglais. Bref, tout ceci est du bien mauvais théâtre, et l’actrice principale de la pièce est véritablement à contre-emploi.
Heureusement, même si Mme Simons ne s’intéressait pas au sort des francophones du Québec pendant son mandat, ce ne sera pas très lourd de conséquences puisqu’elle n’aura qu’un seul rôle à jouer: représenter la Reine lors d’activités sociales et caritatives ou lors d’inaugurations, etc. Et aucun pouvoir à exercer. Ce qui a choqué, et non sans raison, plusieurs représentants des communautés autochtones. On doit reconnaître qu’historiquement, ça fait un peu désordre…c’est le moins qu’on puisse dire.

« Ce qui me plairait, ce serait de savoir que je n’ai plus à m’inquiéter. Que mon peuple ne va pas s’éteindre. Que nous vivrons encore des milliers d’années. » Les Québécois pourraient certainement dire la même chose quoique la situation identitaire est moins critique que celle des Inuits. Mme Simon a certainement les qualités et le parcours pour faire beaucoup plus que servir de potiche à un Canada toujours très colonialiste dont le chef d’état est un monarque étranger et qu’elle va dorénavant représenter ici.

Pour les Québécois, le poste de GG est un rappel de la défaite de nos troupes aux mains des Anglais et du peu d’intérêt de la mère-patrie pour sa Nouvelle-France, les écuries de la France selon le ministre de la marine en 1758 (Quand la maison brûle, on ne s’occupe pas des écuries) et qui nous a carrément abandonnés en 1763.

Mais si les francophones qui sont restés ici après la cession du Canada à l’Angleterre ont eu à souffrir du colonialisme, c’est peu en comparaison avec ce que les peuples autochtones ont eu à endurer, un véritable génocide et, surtout, ont encore à endurer aujourd’hui; il est assez incongru qu’une telle personnalité inuite ait été tentée par un posste aussi typique du colonialisme canadien. Elle ne pourra certainement pas combattre pour ses frères et sœurs inuits pendant la durée de son mandat, devant rester neutre et représenter la reine au Canada.

Pendant ce temps là, nous les francophones, n’aurons rien à faire avec une telle institution colonialiste et le fils de PET nous envoie peut-être le message que c’est le temps de mettre fin à cette aventure coloniale anglo-américaine! Peut-être même pourrons-nous travailler à un meilleur partenariat avec les Inuits du Nunavik pendant que Mme Simon va jouer à la reine…