L’écolo, le PDG et le maire

Photos : (gauche) Steven Guilbeault - Équiterre / (centre) Jean-Yves Lavoie - La Presse/ (droite) François Roussy - D.R.
Photos : (gauche) Steven Guilbeault – Équiterre / (centre) Jean-Yves Lavoie – La Presse/ (droite) François Roussy – D.R.

« Il y a mieux à faire que le pétrole. »

Steven Guilbeault, cofondateur d’Équiterre

Il est illusoire de penser qu’une production pétrolière québécoise puisse remplacer ce qu’on importe. Ça ne sera pas la manne avant 15 ans, si ça marche. Et même si on produit du pétrole, ça ne coûtera pas moins cher à la pompe.

Les ressources du gouvernement seraient mieux investies dans le développement des énergies de remplacement et des mesures de réduction de la consommation. Depuis presque 30 ans, le Québec a réduit l’intensité énergétique [NDLR : l’énergie consommée par tranche de 1 000 $ de PIB] de 30 % grâce aux efforts de l’industrie. On a atteint les objectifs de Kyoto tout en produisant de la richesse. Le Québec devrait donc diriger davantage de ressources vers les énergies propres. Enerkem, de Montréal, est en train de révolutionner la production mondiale d’éthanol à partir de déchets domestiques. Et la société d’ingénierie RER, de Montréal, qui a mis au point une hydrolienne très fonctionnelle, vient de signer un partenariat avec Boeing. Il y a donc mieux à faire que le pétrole.

« La filière pétrolière québécoise boite des deux jambes, parce que le gouvernement, qui est propriétaire de la ressource, n’a pas de position claire. »

Jean-Yves Lavoie, Junex

Il faut procéder à des essais de démonstration là où il y a le plus de chances de réussite avec le moins d’impact. C’est le gouvernement qui doit instaurer ces essais, en toute transparence, sous la direction de scientifiques reconnus. L’industrie est naissante, et c’est le moment pour le gouvernement de s’impliquer, d’étudier comment ça doit être fait, d’établir les règles. Ce n’est pas le Texas, ici?: c’est le gouvernement qui est propriétaire, et les entreprises ne sont que locataires.

Québec se tromperait s’il élaborait une politique pétrolière orientée sur le pétrole «conventionnel». Il y en a peu. Par contre, il y aurait suffisamment de pétrole «non conventionnel» pour combler une bonne partie des besoins du Québec. Il faut en faire la démonstration économique. Et il faut que le gouvernement se branche.

« On ne veut pas juste pomper pour pomper. Quel legs voulons-nous pour les générations futures ? »

François Roussy, maire de Gaspé

Oui à l’exploitation du pétrole du Québec, mais avec le bon encadrement. Dans les années 1970, lors de forages en Gaspésie, des puits et des ruisseaux ont été contaminés par les hydrocarbures. J’ai voulu savoir qui fait le suivi au ministère de l’Environnement. Personne n’est responsable. Qu’est-ce qui permet de croire que la surveillance se fera ? Il faudrait que les sociétés pétrolières mettent de l’argent en fiducie en vue d’un fonds de surveillance à long terme. En cas de problème, un panel impartial, permanent et autonome, établirait ce qui est de la responsabilité des entreprises et ce qui est naturel. On ne veut pas juste pomper pour pomper. Quel legs voulons-nous pour les générations futures ? Il faut des structures qui assurent des retombées locales. Regardez l’éolien : Gaspé a la seule usine de construction de pales au Canada, un TechnoCentre éolien. Junex a construit la seule foreuse pétrolière au Québec, avec des gens de Gaspésie. Pétrolia paie 750 000 $ pour transporter chez nous une foreuse albertaine exploitée par des foreurs albertains.

 

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