Le moment de vérité pour Erin O’Toole

L’étonnant nouvel homme de l’heure dans cette campagne ne passe plus sous le radar et devra offrir la performance de sa vie au cours des prochains jours s’il veut passer à l’histoire.

Ryan Remiorz / La Presse Canadienne

L’auteur est un ancien stratège conservateur, ayant conseillé l’ex-premier ministre Stephen Harper lors de trois élections générales. Il est vice-président de TACT, une agence de relations publiques.

Osons une prédiction : dans les sociétés démocratiques, une majorité de gouvernements subiront la défaite lors de la campagne électorale qui suivra la fin de la pandémie, sauf exception.

Ce qui se passe au Canada depuis quelques jours semble accréditer cette thèse. Et si la tendance qui se dessine se maintient, Erin O’Toole a de réelles chances de devenir premier ministre. À condition, bien sûr, qu’il réussisse les gros tests à venir. 

Plusieurs personnes, au Canada comme ailleurs, pourraient vouloir remplacer leur gouvernement, qu’elles associent à une période traumatisante de leur vie, afin de tourner la page. Il est difficile d’imaginer l’avenir avec ces mêmes dirigeants politiques. 

Je ne sais pas si les Canadiens sont rendus à cette étape ou non. Toutefois, nous pouvons constater une évolution dans nos vies depuis que les vaccins sont administrés. Plusieurs se disent que ceux et celles qui voulaient se faire vacciner l’ont fait et que dorénavant il faut changer le paradigme. C’est-à-dire apprendre à vivre avec ce virus qui sera peut-être parmi nous encore longtemps.

Et c’est ainsi que les élections du 20 septembre semblent de plus en plus se dessiner comme étant un référendum sur Justin Trudeau. L’image du premier ministre, qui était l’atout principal des libéraux jusqu’à récemment, pourrait être devenue une faiblesse si les gens veulent tourner la page et que M. Trudeau leur rappelle la pandémie malgré lui jusque dans les livres d’histoire.

Une tendance en faveur des conservateurs

Dans ce contexte, la tendance actuelle est en faveur des conservateurs. L’aiguille de l’opinion publique pointe en même temps vers leur remontée et vers une chute des libéraux. Il y a d’autres éléments intangibles qui confirment les observations des sondeurs, comme l’attitude des partis ainsi que les attaques qui se multiplient à l’égard d’Erin O’Toole, de ses candidats et même de… Stephen Harper. C’est habituellement un signe de ce que les partis voient sur le terrain et dans leurs recherches sur l’humeur de l’électorat. Ils ont l’habitude de détecter du mouvement bien avant les sondages publics.

Les adversaires du PCC ont sorti l’artillerie lourde contre les conservateurs depuis quelques jours. Tout y passe : les droits des femmes seraient à risque, on les qualifie de dinosaures au sujet de l’environnement, des complotistes feraient partie du caucus, les places en garderies seraient en jeu, etc. 

Le plus difficile reste à venir

Alors que les projecteurs se tournent vers lui, Erin O’Toole doit améliorer sa performance : éviter les pièges et assumer ses positions sans ambiguïté.

Jusqu’à maintenant, Erin O’Toole n’a pas le même problème qu’Andrew Scheer sur les enjeux moraux, comme le droit à l’avortement. Non seulement sa position personnelle d’être pro-choix est-elle en phase avec une majorité d’électeurs, mais il l’assume également mieux lorsqu’il en parle. Cela fait en sorte que le concept d’intentions cachées évoqué par les autres partis ne lui correspond pas — pour l’instant, du moins.

Le chef conservateur devra également survivre politiquement à l’examen minutieux que feront les médias de ses propositions ainsi que de la qualité de ses candidates et candidats.  

Sa position de tête dans les sondages lui apporte une plus grande attention. Ce n’est plus une vue de l’esprit de croire qu’il pourrait devenir le prochain premier ministre du Canada. Et même si les élections se gagnent avec les émotions plutôt qu’avec la raison, il faut que l’impression générale par rapport à sa campagne — tant la valeur de son plan que celle de son équipe — soit bonne, s’il espère l’emporter.

Mais au-delà de ces défis, Erin O’Toole peut compter sur le contexte pour l’aider : la population en général en a assez des nuages gris et des jours sombres. Les gens sont impatients de revoir le soleil dans leur vie, et la gauche n’a pas le monopole de l’optimisme. Le chef du PCC semble avoir compris que le négativisme est à proscrire dans un contexte où nous en sommes inondés depuis une année et demie. Son positivisme, son audace et son conservatisme de compassion semblent plaire à l’électorat depuis deux semaines. 

Le moment de vérité approche pour Erin O’Toole

La victoire est toutefois encore loin pour les conservateurs. Tout peut encore arriver. Erin O’Toole s’apprête à vivre une étape cruciale de sa carrière politique au cours des prochains jours alors que les débats des chefs se tiendront du 2 au 9 septembre, dans les deux langues et selon des formats différents.  

Deux de ces trois débats seront en français. C’est une langue qu’il maîtrise de mieux en mieux, mais elle demeure une deuxième langue pour lui. 

Plusieurs électeurs seront pour la première fois véritablement attentifs à Erin O’Toole. C’est donc dire qu’ils développeront leur première impression de lui. Et nous savons que nous avons rarement une seconde chance d’en faire une bonne.

Pour devenir premier ministre, Erin O’Toole a l’obligation de réussir ce test. Il faut compter sur ses adversaires — qui sont de très bons débatteurs — pour tenter de le lui faire échouer.

Aux yeux de plusieurs électeurs, ces trois rendez-vous en huit jours risquent donc d’être l’occasion d’évaluer si Erin O’Toole a ce qu’il faut pour diriger le Canada et remplacer Justin Trudeau. Ils accéléreront ou freineront la tendance actuelle : ce sera son moment de vérité.

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Non ce ne sont pas que les adversaires du PCC qui sortent l’artillerie lourde,
il y a aussi ceux qui veulent un avenir durable pour l’humanité et qui comprennent qu’on ne peux pas négocier avec la nature.

Vous aurez beau tourner l’aiguille des tendances dans le sens que vous voulez M. Plante, la nature elle se fout de la compétitivité et des lois du marché pcq elle va selon les lois de chimie, de physique et de thermodynamique.

Les bottines de M. O’Toole dégoulinent de Dilbit et ça ce n’est pas une solution.

Quand on parle de vrais solutions: zéro-émission et taxe kilométrique
Énergies Renouvelables, Mobilité électrique, Agriculture bio et Autonomie alimentaire.
la seule personne qui l’a compris c’est Annamie Paul.

Le problème est de sortir de ce trou toxique dans lequel nous a entraîné l’industrie fossile.
La moindre des solutions serait de cesser de creuser et le PCC ne veut que continuer à creuser comme le PLC et le NPD n’est pas mieux de ce côté.

Le seul que je comprend quand il parle est M. Blanchet et la seule qui fait rêver d’un avenir prospère sans pétrole est Annamie Paul.

Alors Annamie Paul comme PM et une opposition forte du Bloc pour faire avancer les choses.

M.O’Toole n’a pas de solution autre que du réchauffé.

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Au Canada on le sait c’est le même jeux depuis des décennies. On se tanne du rouge on se tourne vers le bleu et vice et versa. J’appelle ca le syndrome « Bell/Vidéotron/Bell etc.. ». Je n’ais pas sonder le Canada mais a voir les photos et commentaires sur les réseaux sociaux y’a pas personne qui supporte Trudeau. Alors, a moins que la « magie » des votes par la poste ne s’opère, il y a de tres fortes chances que peux importe la plateforme électoral nous allons avoir un gouvernement conservateur.

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