Le monde selon Stephen Harper

Demain, 14 juin, le Parlement se demandera si la participation canadienne à la mission de l’OTAN en Libye doit être prolongée. Le gouvernement le souhaite, il a la majorité et aura gain de cause. Même si l’affaire est entendue, elle n’est pas sans intérêt pour autant. Parce que l’enjeu est d’une grande importance. Parce que les débats sur la politique étrangère sont plus rares qu’on ne le croit aux Communes et que ce sera le premier de ce Parlement.

Mais plus que tout, il survient quelques jours après un discours du premier ministre Stephen Harper devant les membres de son parti réunis en congrès à Ottawa dans lequel il exposait brièvement, mais avec beaucoup de clarté, ce qui différencie sa politique étrangère de celles de ses prédécesseurs. Des propos éclairants pour comprendre la logique du gouvernement dans les dossiers du Moyen-Orient, de l’Afrique, de l’aide internationale et de la Libye, par exemple. Une approche où la fermeté et à la force ont préséance sur la diplomatie. Pour mémoire, voici l’essentiel de son propos.

«Nous avons dit qu’un gouvernement conservateur assurerait que le Canada est en mesure de défendre notre souveraineté nationale et d`aider à protéger la sécurité mondiale, a-t-il dit. D’est en ouest, du sud au nord, partout dans le monde où le besoin se fait sentir.»

Ce qui explique, a-t-il poursuivi, que son gouvernement poursuive son programme à long terme d’acquisitation d’équipements militaires.

«Mais rééquiper les forces armées n’est que la pointe de l’iceberg quand vient le temps de faire du Canada un acteur international significatif. Nous avons aussi un dessein et ce dessein n’est plus de simplement suivre l’ordre du jour des autres. Ce n’est plus de faire plaisir à chaque dictateur lors d’un vote aux Nations unies. […] Maintenant, nous savons  où sont nos intérêts, et qui sont nos amis. Et nous prenons position de façon ferme et réfléchie quand nous traitons avec d’autres pays […], que ce soit populaire ou non.»

M. Harper estime que son parti est appelé à s’assurer que le pays  soit «aussi fort qu’il peut l’être dans ce monde changeant».

Un monde où, «après des décennies de relations internationales stables et parfois stagnantes, le changement est devenu la nouvelle constante. Les centres de pouvoir changent. De nouvelles puissances s’imposent, certaines avec lesquelles nous serons heureux de travailler, d’autres auxquelles nous devrons résister. Dans un tel monde d’immenses possibilités et de grands dangers pour le Canada, l’unité nationale, dans les faits comme dans le but, est notre plus grand atout. Dans un tel monde, la force n’est pas une option. Elle est une nécessité vitale. L’ambiguïté morale, l’équivalence morale ne sont pas des options, elles sont de dangereuses illusions.»

Dans ce contexte, le «grand dessein» des conservateurs, dit-il, est de préparer le pays à assumer un fardeau plus lourd dans un monde qui a besoin de lui, «un guerrier courageux, un voisin compatissant, un partenaire de confiance»…

 

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Malbrough s’en va-t-en guerre
Mironton ton ton mirontaine
Malbrough s’en va-t-en guerre
Ne sait quand reviendra

Hé bien, ma culture doit avoir besoin d’une remise à jour parce que si vous trouvez ça clair comme discours, moi je reste très peu éclairé…

Personnellement, je persiste à croire qu’en fait il ne veut que plaire au voisin du sud et donner l’apparence de force sans pour autant vraiment s’intéresser à la chose internationale.

« Maintenant, nous savons où sont nos intérêts, et qui sont nos amis. »

Qui sont les rebelles libyens au juste?

Gérer le changement avec des conservateurs?!?!?

Il y a un certain paradoxe avec les mots changement et conservateur!!!

Avant de faire le ménage ailleurs pour y « planter » la démocratie, Harper devrait fait preuve de plus de sens démocratique ici-même.
Le manque de transparence, le contrôle des média, l’élimination de l’opposition, privilégier les corporations par rapport aux citoyens sont plus des tendances de dictateur que de démocrate!

Ici le discours de monsieur Harper est destiné à plaire à ses militants. Sa conception du monde n’est pas extrêmement différente des politiques engagées par ses prédécesseurs. Ce qui en revanche est plus intéressant, c’est de voir combien l’image du Canada a changée et se change encore depuis Lester B. Pearson. Ce n’est pas avec ce genre de discours que monsieur Harper se méritera le Prix Nobel de la Paix. Encore que la signification même de ce Prix soit de plus en plus controversable elle aussi.

Je pense que la nécessité de moderniser et de renouveler les équipements de l’armée canadienne ne doit pas être interprété comme un véritable changement de cap. Seulement l’armée a besoin de voir ses matériels renouvelés car cet aspect avait été assez longtemps négligé. De toute façon si vous voulez envoyer des soldats au front, le mieux est encore qu’ils soient bien équipés. Nonobstant, faudrait-il clairement définir et établir le rôle des forces armées, ce qui guiderait aussi le recrutement et la formation. Car aujourd’hui nous n’avons que peu de guerriers et plutôt des soldats qui sont mal préparés pour tuer. Sans compter que ce n’est pas moral de tuer même lorsque le discours sur la cause est sensé être juste.

Je conçois pourtant que le rôle de la diplomatie canadienne devrait être d’observer une plus stricte neutralité, que le rôle de l’armée devrait se cantonner à protéger l’intégrité du territoire, puis essentiellement prêter notre aide pour les opérations de maintient de la paix et du soutient logistique pour les catastrophes naturelles. En outre, on ne saurait oublier dans ce cas que le militaire n’est rien s’il n’est pas supporté par des organisations humanitaires déployées et dotées d’un personnel en suffisance et des budgets assortis.

C’est pourquoi monsieur Clement a du pain sur la planche, s’il veut mener à bien son examen stratégique et fonctionnel, suivre scrupuleusement le grand dessein de son chef, tout en simultanément nous garantir de bien belles économies. – Vont-ils y parvenir ?

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