Le mouvement des plaques politiques

Le règne de 18 mois du Parti québécois est le plus court depuis la confédération, en 1867.

Philippe Couillard lors de son discours de victoire à Saint-Félicien, en compagnie de sa femme, Suzanne Pilote.
Philippe Couillard lors de son discours de victoire à Saint-Félicien, en compagnie de sa femme, Suzanne Pilote.

Il est toujours périlleux d’analyser les résultats d’élections à chaud. Mais quelques constats forts se dégagent néanmoins dans une soirée qui pourrait avoir fait bouger les plaques tectoniques de la politique québécoise. Un mouvement qui provoque des tremblements de terre, avec des conséquences imprévisibles…Politique

Il y aura des leçons et des bilans difficiles, mais inévitables pour certains.

Voici quelques faits et réflexions sur les événements:

C’est la première fois en 44 ans qu’un chef politique, quelque soit le parti, remporte les élections à sa première tentative. Avant Philippe Couillard, le dernier avait été Robert Bourassa en 1970. (On exclut Lucien Bouchard, qui avait une expérience de chef en campagne, alors qu’il était au Bloc québécois.)

Par rapport à 2012, les résultats sont les suivants:

PLQ  + 20 sièges. + 10 % du vote.

PQ  – 24 sièges. – 7 % du vote.

CAQ  + 3 sièges. – 3 % du vote

QS + 1 siège. + 1 % du vote.

Les questions d’intégrité, d’éthique et de charte de la laïcité n’ont pas pesé aussi lourd dans le choix des électeurs que la crainte du référendum, l’emploi et l’économie.

Le virage au centre-droit du PQ pour séduire les électeurs de la CAQ (avec les deux budgets austères et les questions identitaires) n’a pas fonctionné.

Malgré la campagne très dure (certains disaient «sale») et faible en contenu, la participation citoyenne s’est maintenue. Le taux de participation de 71,4 % est légèrement inférieur au 74,6 % de 2012, mais largement supérieur au 57,3 % de 2008, lors de la dernière majorité libérale.

 Depuis 2003 (1,75 millions de vote), le PLQ voyait son électorat stagner ou baisser. En 2007, le PLQ avait reçu 1,31 million de votes. En 2008: 1,36 million de votes. En 2012: 1,36 million de votes. La seule différence entre une majorité, une minorité et une défaite semblait être le taux de participation, qui profite aux autres partis lorsqu’il est haut. Avec 1,75 millions de vote en 2014, le PLQ est de retour dans les eaux de sa victoire de 2003. Le PLQ est le seul parti avec des députés dans toutes les grandes régions du Québec.

Le PLQ aura quatre ans pour manoeuvrer dans les eaux tumultueuses de la commission Charbonneau et les enquêtes de l’UPAC, ce qui lui facilitera la vie avec les révélations à venir. Un gouvernement minoritaire aurait été plus «rock’n roll»…

C’est la première fois que les libéraux remportent la circonscription d’Ungava, dans le Grand-Nord, depuis qu’elle existe (1980).

Le règne de 18 mois du Parti québécois est le plus court depuis la confédération, en 1867. Il fallait remonter à 1878 pour le précédent record, lors du gouvernement libéral de Henri-Gustave Joly de Lotbinière, qui avait duré 19 mois (8 mars 1878 au 31 octobre 1879).

Avec 25,4 % des suffrages, il s’agit du résultat le plus faible du PQ depuis sa première élection, en 1970 (23,06 %). Il n’est pas très loin des 23 % du Bloc québécois en 2011.

Les trois noms les plus souvent évoqués (il y en aura peut-être d’autres) pour une course au leadership au PQ ont été réélus ou élus: Pierre Karl Péladeau, Jean-François Lisée et Bernard Drainville. Est-ce que Véronique Hivon ou Alexandre Cloutier auront envie de plonger? On aura l’occasion d’y revenir.

La rapidité avec laquelle le vent a tourné dans la campagne lorsqu’il a été question du référendum et plus largement de la souveraineté est reflétée dans les résultats de la soirée. Depuis l’élection de 1989, il n’y a jamais eu si peu de députés ouvertement souverainistes à l’Assemblée nationale. En 1989, il y en avait 29, contre 33 maintenant (combiné PQ et QS). Il faut ensuite remonter à 1970, avec sept élus du PQ, pour obtenir un score inférieur. À l’inverse, 92 députés (PLQ et CAQ) ne veulent pas toucher à la question nationale.

C’est la première fois depuis les frères Johnson (Pierre-Marc et Daniel) en 1981 que deux membres de la même famille sont élus à l’Assemblée nationale dans deux partis différents. Françoise David (QS) a été élue, tout comme sa soeur, Hélène David (PLQ).

La Coalition avenir Québec, donnée pour morte en début de campagne, fait mieux qu’en 2012. Elle n’a obtenu que 23 % des voix (moins que les 27 % de 2012), mais elle a été plus efficace, obtenant trois sièges de plus (22). La CAQ a terminé deuxième dans plus de 30 circonscriptions.

La CAQ s’est étendue dans de nouveaux territoires et aura quatre ans pour s’implanter dans ces zones. Si la région de Québec n’a pas été aussi fertile qu’en 2012, le 450 autour de Montréal, où il y a beaucoup de circonscriptions, a bougé en leur faveur. Les gains sont au dépend du Parti québécois. Dix de ses 22 circonscriptions sont des gains dans de nouveaux comtés. En plus des nouveaux visages, les piliers de la CAQ sont de retour.

Pendant que le Parti québécois sera en course au leadership, soit pendant plusieurs mois, la CAQ sera implicitement l’opposition officielle.

Les débats des chefs ont encore une importance, même si le résultat n’est pas toujours celui qu’on attend. François Legault, avec deux bons débats, a réussi à relancer sa campagne. Il a surtout été patient, lui pour qui ce n’est pas la plus grande force. Il a répété son message avec constance pendant toute la campagne. Il a terminé à 98 240 votes du PQ.

Québec solidaire a réussi à grandir, passant de 2 à 3 députés. Une réussite. Elle talonne les autres formations dans Laurier-Dorion et Hochelaga-Maisonneuve. Avec 7,6 % des voix au total, la progression est toutefois modeste par rapport à 2012 (6 %). Et le résultat est inférieur aux prédictions des sondages. Ce n’est pas QS qui a fait le plein des électeurs déçus du PQ, c’est le PLQ et la CAQ.

Pauline Marois a été la première femme première ministre de l’histoire du Québec. Un fait d’arme qui lui appartient pour l’éternité. Il n’y a pas si longtemps, 87 % des Canadiens étaient gouvernés par des femmes (cinq provinces et un territoire). Depuis quelques mois, c’est la débâcle. Il ne reste que Christy Clark en Colombie-Britannique et Kathleen Wynne en Ontario. Mme Wynne est à la tête d’un gouvernement minoritaire qui ne va pas très bien dans les intentions de vote, à l’approche d’une élection qui pourrait survenir d’ici la fin du mois de juin.

Les prochaines élections au Québec devraient avoir lieu le 1er octobre 2018 (avec un gouvernement majoritaire, l’esprit de la loi sur les élections à date fixe devrait prévaloir).

* * *

À propos d’Alec Castonguay

Alec Castonguay est chef du bureau politique au magazine L’actualité, en plus de suivre le secteur de la défense. Il est chroniqueur politique tous les midis à l’émission Dutrizac l’après-midi (sur les ondes du 98,5 FM) et analyste politique à l’émission Les coulisses du pouvoir (à ICI Radio-Canada Télé). On peut le suivre sur Twitter : @Alec_Castonguay.

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14 commentaires
Les commentaires sont fermés.

QS est la déception de la soirée. On est loin de la vague des 10, voire 13% de certains sondages!
Il n’y a pas eu d’hémorragie à gauche du PQ. Personne n’a quitté de ce coté à cause de la charte
L’hémorragie a eu lieu à droite du PQ. La raison?
Marois vs Legault
Legault a canalisé l’oppositio aux Libéraux ce que Marois n’a pu faire.
C’est donc la défaite de Marois plutot que celle du PQ

C’est bel et bien la défaite (et aussi la débâcle) du PQ et de son option souverainiste, car dès l’arrivée de PKP et de son poing levé, le vent a tourné et s’est transformé en ouragan! Le PQ s’est battu lui-même. Une profonde remise en question devrait prévaloir dans les instances de ce parti coupé de la réalité.

Cette élection n’était pas du tout nécessaire! Ceux qui l’ont déclenchée en adoptant la stratégie alambiquée que l’on sait ont manqué de jugement politique. La réalité politique québécoise du moment était beaucoup plus complexe qu’ils ne l’ont imaginée. Les risques d’une telle entreprise étaient énormes pour le gouvernement en place. En se lançant dans cette aventure sans vision, ne prévoyant pas les accidents inévitables qui devaient arriver. Il arriva ce qui arriva! Un phénomène semblable qui aboutit à l’échec est connu dans les organisations de cette sorte. Il est défini dans une règle très simple, un adage nommé la loi de Murphy, et qui dit que: « Tout ce qui peut mal tourner va mal tourner ».Claude Poulin

Je crois justement que le PQ a tenté d’éviter le pire avant que les travaux de la commission Charbonneau ne leur rentre dedans. On le voit maintenant, ils étaient condamnés…

La vieille tactique de peur du PLQ a malheureusement encore fonctionné et les Québécois sont maintenant en sécurité dans leur cage à homard rouge jusqu’en 2018. À l’aide de quelques notes, Mme Marois a livré son discours avec son coeur; M. Couillard a lu son texte avec l’ardeur d’un comptable. Il n’y a plus rien à rajouter.

Peur de quoi? Je n’ai pas peur d’un référendum. Je n’en veux tout simplement pas.

Quand le gars à la caisse vous demande si vous allez prendre la garantie prolongée et que vous dites non, êtes-vous un sale lâche colonisé qui a peur des garanties prolongées? Non. Vous ne voulez simplement pas de la garantie prolongée vu que c’est à vos yeux une arnaque contraire à vos valeurs et vos certitudes quant au cadre légal ambiant.

Idem.

Valeurs et certitudes du colonisé; pas sale, ni lâche, juste colonisé et satisfait du cadre légal ambiant. Comme je l’écrivais précédemment, ce n’est pas une surprise, les peuples vaincus en ayant leur lot.

Votre commentaire est la représentation exacte de ce que les Québécois ont rejeté lundi: le sentiment de supériorité et de certitude intellectuelle que s’attribuent une frange des fanatiques séparatistes. Comme W. Bush, vous êtes du bon bord et avec nous ou vous êtes du mauvais bord et contre nous.

Dans la version québécoise de la pensée de W. Bush, le pauvre d’esprit qui ose se permettre de remettre en question la philosophie péquiste qui consiste essentiellement à utiliser n’importe quel outil démagogique à sa portée et à « référendummer » à gogo quitte à ruiner complètement le Québec est un « colonisé », un « vendu ». Rien d’autre.

Votre façon prétentieuse d’agir et de vous donner une importance intellectuelle que vous n’avez pas, comme J.-F. Lisée ou Bernard Landry vous a mené tout droit à la catastrophe et vous l’avez bien mérité. Le peuple a TOUJOURS raison même s’il a tort.

On appelle ça un complexe de supériorité et une psychiatre pourrait arriver à peut-être vous guérir si la dernière élection n’y arrive pas.

Oui, le peuple a toujours raison même s’il a tort et doit vivre avec les conséquences.

J’ajouterai que le choix d’hier est pour beaucoup d’électeurs et d’électrices celui de la stabilité. Un grand nombre de gens trouvent convenable de voter à dates fixes. De plus, je pense qu’une majorité de gens n’aiment pas les discordes à répétitions et les chicanes plus que ça, lorsque tout bien pensé le PLQ et la CAQ sont les plus en phase pour travailler ensembles à faire progresser l’option de la prospérité.

Je pense que monsieur Couillard a fait montre de vision en choisissant de se tourner vers les régions. Celles-ci ont démontré par leur vote qu’elles apprécient.

Enfin, ce sont les dissensions internes au sein du PQ qui le disqualifie de facto à l’exercice de toutes formes de gouvernement probablement pour longtemps.

C’est le bon sens et l’unité qui cette fois-ci auront réellement prévalu partout au Québec. Ce dont on ne peut que se réjouir.

Finalement, le seule femme qui a perdu sa job à cause de la charte c’est…Pauline Marois!

Tu oublie le première femme à perdre son emplois à cause de la charte.

Mme Fatima Houda-Pepin mise dehors par le parti libéral c’est-à-dire par le docteur qui ne sait pas compter.

BANG!!!

Leur grosse balloune leur est pétée en pleine face.

Comme je l’avais prédit.