Le nettoyeur

Sans grande surprise, Gérald Tremblay a posé en nettoyeur, jeudi lors de son témoignage à la commission Charbonneau. Un politicien intègre, qui a tout fait pour endiguer la corruption et la collusion. Un homme d’action qui a limogé sans ménagement son directeur général, Robert Abdallah, et son collecteur de fonds, Bernard Trépanier.

Le premier mangeait trop souvent avec son ami Tony Accurso, en plein milieu des préparatifs pour le lancement de l’appel d’offres sur le contrat des compteurs d’eau. Le second aurait tenté de soutirer un pot-de-vin d’un million à Smart Centres en se faisant passer pour un représentant officiel du maire.

Les avocats des deux hommes ont contredit la version de l’ex maire Tremblay. Pour en rajouter, l’ancien chef de police, Yvan Delorme, n’a qu’un vague souvenir d’une conversation sur l’affaire du pot-de-vin à un million avec M. Tremblay. Jamais il n’aurait été assez insouciant pour lui dire qu’il n’y avait «pas de tort de commis», et donc «pas matière à enquête».

Yvan Delorme a souffert de quelques problèmes de crédibilité avec sa démission hâtive et inexpliquée, juste après le renouvellement de son contrat de cinq ans à la tête du Service de police de la Ville de Montréal. L’octroi sans appel d’offres d’un contrat de surveillance du quartier général à Luigi Coretti, de BCIA, a jeté une ombre sur son parcours.

Mais je l’imagine mal régler ses comptes avec Gérald Tremblay après toutes ces années. Les explications du maire sont d’autant plus curieuses que M. Delorme savait très bien, en policier d’expérience, qu’il y avait matière à enquête pour tentative d’extorsion. Aurait-il été capable de la suprême indolence que lui prête le maire?

D’ailleurs, pourquoi le maire n’a-t-il pas transféré le dossier à la Sûreté du Québec (SQ), qui détient la compétence exclusive d’enquêter sur les affaires de corruption politique, en vertu de la Loi sur la police?

Les mêmes doutes pèsent sur le renvoi, bien fictif, de Bernard Trépanier, en février 2006. Son poste a été aboli officiellement en juin. Officieusement, «Monsieur 3 %» a continué de s’occuper du financement d’Union Montréal. Il a même gardé son certificat de collecteur jusqu’en 2009.

Pour un maire pressé d’en découdre avec les illusionnistes de la collusion et les corrompus, M. Tremblay a été bien bonasse. M. Trépanier a continué de s’occuper des cocktails de financement du maire après son départ pour la forme. M. Tremblay est même allé au devant pour le féliciter, lors d’une activité de financement particulièrement courue. Curieux, tout de même. Bernard Trépanier jette la honte sur Montréal et salit la réputation de Gérald Tremblay en essayant d’arracher un pot-de-vin à Smart Centres, et le maire court derrière lui pour le féliciter chaleureusement pour son aide.

À la commission Charbonneau, M. Tremblay profite de la dernière tribune de sa vie publique pour rétablir sa réputation. Et il n’y va pas avec le dos de la cuillère. Lorsqu’il s’est lancé à la conquête de la mairie, en 2001, c’était pour «sauver Montréal», rien de moins. Il a bien quelques réalisations à son actif: réinvestissement dans le transport en commun, développement du réseau de pistes cyclables, amélioration des règles de gouvernance et de consultation publique, etc.

Sur le front de la collusion, il a perdu la bataille dès le départ  en confiant la présidence du comité exécutif à Frank Zampino, et en lui renouvelant son appui jusqu’à son inévitable démission, en 2008. Si le maire s’est souvent battu seul contre la corruption et la collusion, c’est surtout parce qu’il a choisi de s’entourer des mauvais collaborateurs.

Le ménage à l’hôtel de ville ne fait certainement pas partie des corvées relevées avec brio par Gérald Tremblay, cet indigné tardif, toujours en mode réaction plutôt que proactif. Il est passé maître dans l’art de réinterpréter ses déboires et insuccès comme de prosaïques combats contre des forces occultes qu’il ne pouvait (ou voulait?) voir.

M. Tremblay a beau associer son nom à ce ménage — loin d’être terminé —, il n’en demeure pas moins qu’il porte la signature des journalistes et des policiers.

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