Le nouveau casse-tête du NPD

Thomas Mulcair est encore un des plus redoutables parlementaires de sa génération. Mais tous les grands acteurs n’ont pas l’étoffe de metteurs en scène.

Le NPD a deux ans pour remplacer Thomas Mulcair à sa direction et assurer l’unité au sein de ses troupes, alors que bien des militants souhaitent un virage à gauche. (Photo: Jason Franson/La Presse Canadienne)

L’éclat de la performance parlementaire de M. Mulcair a-t-il éclipsé le fait qu’il était, d’autre part, un chef de parti plutôt moyen ? Difficile de ne pas se poser la question en le regardant aller vers son exécution aux mains des militants néo-démocrates, au congrès d’Edmonton, comme un mouton à l’abattoir.

Incapable d’établir un lien affectif digne de ce nom avec l’électorat l’automne dernier, il n’a pas mieux réussi avec ses propres militants. Dans les corridors du Centre des congrès d’Edmonton, M. Mulcair s’est transformé en courant d’air. Le seul discours qu’il a prononcé au rassemblement s’est résumé à un ramassis de phrases creuses.

Dans les faits, le ressort du leadership de Thomas Mulcair était brisé bien avant l’arrivée de ce dernier à Edmonton. S’il fallait désigner une raison de son incapacité de rebondir depuis le scrutin fédéral, ce ne serait pas tant la défaite du NPD que celle de… Stephen Harper.


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Pendant 10 ans, la gauche canadienne a mis en veilleuse ses sempiternelles querelles existentielles pour faire front commun contre un gouvernement fédéral de droite qui lui inspirait des inquiétudes sans précédent.

Une fois la menace écartée, bien des militants néo-démocrates ont voulu se faire plaisir. Ils se sont pris à rêver d’un virage à gauche, du genre de celui que Jeremy Corbyn a imposé au Parti travailliste britannique, ou encore de celui que fait miroiter Bernie Sanders dans la course démocrate aux États-Unis.

Bon nombre d’entre eux, dont des patriarches comme l’ancien chef fédéral Ed Broadbent et l’ex-leader du parti en Ontario Stephen Lewis, se sont entichés du manifeste social-démocrate Leap (Un bond vers l’avant). L’aile parlementaire québécoise n’échappe pas à cet engouement. Surtout que le manifeste appelle notamment les sociaux-démocrates canadiens à militer contre l’industrie pétrolière et gazière et les projets d’oléoducs comme celui d’Énergie Est.

Ce rêve de l’aile citoyenne du parti fédéral est un cauchemar pour les néo-démocrates qui ont le pouvoir dans leur mire en Colombie-Britannique et en Ontario, ou qui militent dans des provinces comme le Nouveau-Brunswick et Terre-Neuve-et-Labrador, dont les fragiles économies carburent au pétrole.

La première ministre néo-démocrate de l’Alberta, Rachel Notley, ne prêchait pas seulement pour sa paroisse quand elle a eu des mots très durs à l’endroit du manifeste dont les néo-démocrates fédéraux ont convenu de s’inspirer pour animer leurs débats des deux prochaines années.

Au lendemain du congrès d’Edmonton, elle a qualifié les dispositions d’Un bond vers l’avant sur le front de la lutte contre les chan­gements climatiques d’«irréfléchies». Le président de la Fédération du travail de l’Alberta, Gil McGowan, a décrit le manifeste comme un détritus de la gauche caviar de Toronto.

Le clivage auquel on a assisté à Edmonton teintera la course à la succession de Thomas Mulcair — en partie au détriment de réalités pratico-pratiques qui risquent de plomber encore davantage un parti divisé.

La machine électorale du NPD est désuète. Elle a besoin d’une importante mise à niveau. En matière d’engagement dans les médias sociaux, le NPD est à des années-lumière de ses rivaux. Aux fins de comparaison, le premier ministre, Justin Tru­deau, est suivi par un million et demi d’abonnés Twitter, contre 228 000 pour le chef sortant néo-démocrate. La chef du Parti vert, Elizabeth May, en attire davantage que Thomas Mulcair.

À cela, il faut encore ajouter une panne redoutée de financement. Thomas Mulcair n’a pas de successeur évident. Aucun des aspirants présumés au leadership n’est assez connu pour attirer les foules. Le plus en vue d’entre eux, Avi Lewis, coauteur du manifeste controversé, ne parle pas le français. La première ministre Notley est désormais la seule et unique vedette néo-démocrate encore debout au Canada. Ce n’est pas demain la veille qu’on la verra lever le petit doigt pour aider son brouillon parent pauvre fédéral à renflouer ses coffres.

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5 commentaires
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Merci Mme Hébert, j’apprécie toujours votre expertise et je savoure vos commentaires. J’aimerais bien vous voir et vous entendre plus souvent, surtout en cette période si maussade en politique.

Conduire un débat de préférence public sur les enjeux du futur et sur la future direction du parti, tout cela me paraît très sain, démontre la vitalité d’un parti, comme c’est un exercice utile pour déterminer les orientations. Il serait vain, cela traduirait un manque de maturité, si un parti recherchait à tous les stades l’approbation inconditionnelle de tous ses adhérents.

Nous constatons pour l’heure que les membres du NPD sont absolument représentatifs de la population. Que les dirigeants notoires de cette formation se divisent entre ceux qui bénéficient d’un mandat exécutif, ceux qui visent un mandat exécutif prochainement et ceux qui regardent un peu plus loin. Rien de trop préoccupant en cela.

Ce que nous constatons, ce sans partisannerie, c’est que les questions qui relèvent de l’environnement, des climats, de la production industrielle et énergétique sont déjà d’actualité, qu’elles le seront crescendo avec la sécurité — laquelle est elle-même en partie liée aux climats et à l’indépendance énergétique — pour les prochaines années ; lorsque nous relevons encore que les préoccupations canadiennes sont intimement liées à une réalité géopolitique globale qui rejoint les préoccupations de toutes les nations.

De sorte que les travaux entrepris par le Canada auront une répercussion ou bien positive ou bien négative sur le reste du monde et… réciproquement. Que pour les prochaines années, le NPD peut apporter une voix très utile dans la réussite et réalisation de cette transition.

Un parti quel qu’il soit qui entendrait rester au pouvoir, ou bien le reprendre ou le conquérir comme le NPD, ne peut pas se tenir stratégiquement à distance de cela, s’il entend être le choix des électeurs(ices) lors d’une ou des prochaines consultations.

En ce sens, si l’objectif du NPD est bel est bien dans un certain avenir d’être au pouvoir ou à tout le mois de participer à un éventuel gouvernement d’union en suite d’une prochaine élection…

… Il doit bien se trouver à l’avant-garde dès maintenant, émettre des propositions tant réalistes qu’audacieuses qui permettront de ravir une grande partie de l’électorat. Il est heureux de constater que ce parti se lance si prestement dans cette transformation au lieu de prendre le risque de tirer de l’arrière invariablement à toutes (ou presque toutes) les élections.

Les pragmatiques auront certainement bien compris qu’une transition économique et énergétique prend du temps, appelle des consensus, d’astucieux compromis, plus encore la volonté et la collaboration de toute la population. Quand ces enjeux seront encore plus frappants dans dix ans. Tout en espérant qu’on n’ait pas atteint le « point de non-retour » d’ici 25 ans.

Il est donc plus que temps de se hâter lentement… mais toujours sûrement.

Foutre vertement un gars à la porte mais du même souffle, lui demander de présider aux destinées de l’équipe jusqu’au prochain chef… Hum…

Alôôôôô???

Ça confirme ce que j’ai toujours pensé du NPD: une groupe de joyeux lurons très sympathiques mais qui n’ont absolument aucun enracinement dans la réalité.

On l’a échappée belle…

« L’éclat de la performance parlementaire de M. Mulcair a-t-il éclipsé le fait qu’il était, d’autre part, un chef de parti plutôt moyen ? »

Poser la question c’est y répondre. Mulcair est un mirage et je suis content que les Canadiens l’aient réalisé à temps. Toutefois, élire une coquille vide sous prétexte que ça fait tout un contraste avec le drabe Harper, n’était guère mieux. Trudeau va mettre le Canada « dans l’trou », mais ça fait notre affaire parce qu’on va recevoir des « nanannes » maintenant. C’est la même politique à courte vue que favorisait son père. On est dans la m…

Entièrement d’ accord avec vous Mme. Hébert, le NPD s’ est jeté dans un gouffre sans fin et redeviendra ce qu’ il a toujours été ; un parti marginal marginal comme québec solidaire au Québec qui rêve en couleur !!!