Le nouveau clivage québecois, selon Joseph Facal

L’ancien ministre, professeur aux HEC, chroniqueur et lucide Joseph Facal offre avec son nouveau Quelque chose comme un grand peuple (Boréal), un livre à son image.

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Éveillé, convaincu, systématique, pédagogique. Le lire, c’est l’entendre articuler chacun de ses arguments,  à sa singulière manière. Il nous avertit d’entrée de jeu que le Québec d’aujourd’hui est divisé sur une nouvelle ligne de fracture :

Le nouveau clivage dominant au Québec, en plus de celui qui persiste autour de la question nationale, semble opposer ceux qui osent et ceux qui craignent.

Ceux qui osent, donc, proposer des réformes majeures et essentielles et ceux qui militent pour l’immobilisme. Facal précise que, pour lui, « oser signifiera tantôt essayer du nouveau et tantôt revenir à des valeurs éprouvées dont nous avons eu tort de nous éloigner ».

Après avoir donné sa lecture du passé, du présent, de l’éducation et du débat sur les accommodements raisonnables, où ses arguments portent, Facal mord dans les questions économiques et de politiques publiques qu’il affectionne depuis son passage au Conseil du Trésor.  Au niveau de l’analyse, on trouve dans ces pages un Joseph Facal plus nuancé, moins cassant, que dans ses chroniques ou sorties précédentes.

Il met son intelligence et sa fougue au service de la direction à donner: effort, efficacité, productivité, épargne, responsabilité, prévoyance. Que du bon pain. Il se refuse cependant à dépasser ces généralités car, écrit-il, les réponses aux défis du Québec sont connues : « On ne compte plus les articles, les ouvrages et les rapports d’experts qui proposent des listes de réformes à accomplir. »

On reste ainsi sur notre faim car on croit Facal capable de synthèse, ce qu’il offre, et d’originalité, ce dont il nous prive. Ses chapitres sur la richesse et le progrès social se contentent de reprendre l’esprit, voire la lettre, de ce qu’on trouvait déjà dans le Manifeste pour un Québec lucide, dans le rapport Montmarquette-Facal-Lachapelle sur la tarification des services publics et dans plusieurs autres rapports remis aux autorités.

Ce qui le confine dans le sillon de la pensée dominante de centre-droit des élites économiques, sillon qu’il creuse avec ardeur. L’économie est ce qu’elle est, les défis sont ce qu’ils sont, ceux qui ne les voient pas sont aveugles et si on réunissait, selon lui, les 1000 personnes les plus intelligentes du Québec dans une même pièce, elles seraient pour l’essentiel d’accord sur les réformes à appliquer, celles des Lucides.

Facal n’est pas un néo-libéral — il prend soin de nous le rappeler et on le croit. Mais on comprend bien que son ouverture aux questions sociales ne viennent que teinter son approche économique classique. Elle n’en constitue nullement un des moteurs.  L’économie sociale et solidaire, l’entrepreneuriat syndical, l’investissement social comme création de richesse, la nouvelle logique écologique, même, n’apparaissent pas sur son écran radar.

Pour les progressistes qui, comme moi, se rangent dans le camp de ceux qui veulent oser, et non dans celui de ceux qui craignent, Joseph Facal est un interlocuteur valable au centre-droit. Et Dieu sait qu’il en faut. Mais on ne peut attendre de lui une capacité de concilier les défis économiques québécois et une volonté d’innovation sociale, voire de sortir des sentiers battus.

Pour les indépendantistes qui, comme moi, se rangent dans le camp de ceux qui veulent oser l’affirmation du caractère national québécois, de la prédominance de sa langue, de ses repères identitaires, sans inhibition ni fermeture, Joseph Facal est un précieux compagnon.

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16 commentaires
Les commentaires sont fermés.

Je crois bien que vous avez raison M. Lisée. À long terme( 2ou 3 générations) le système économique actuel ne peut conduire qu’à toutes sortes de catastrophes. La croissance continue excessive vue comme une réussite ne peut pas être supportée par les ressources planétaires telles que nous les connaissons aujourd’hui. Elle engendre elle-même la surconsommation excessive que nous observons de plus en plus et qu’on essaie de banaliser par tous les moyens.

Nous devons trouver par exemple un moyen de nous débarrasser des spéculateurs qui n’apportent rien à l’économie réelle et qui sont autant de cancers dans notre société. La sacrosainte main invisible du marché, régulatrice de l’économie n’est qu’un mythe que plusieurs spécialistes ont déboulonné depuis quelques temps déjà. Plus, on s’en réfère comme certain parent brandissent encore le bonhomme-sept-heures pour que les enfants naïfs aillent se coucher, laissant aux parents tout l’espace pour bien faire ce qu’ils veulent. En réalité elle est une main de marionnette manipulée par ceux-là même qui veulent nous faire croire en ses vertus.

Effectivement, les solutions pourraient venir d’une redéfinition de l’ensemble de nos valeurs humaines et sociales. La surconsommation au seul profit des géants financiers qui mettent tous leurs outils pour la maintenir doit-être dénoncée, voire combattue.

L’économie sociale et solidaire ( l’approche coopérative que nous connaissons bien notamment au Québec) parait être une avenue tout à fait intéressante. Mais il ne faut pas se leurrer. Il serait extrêmement surprenant de voir une grande partie de ces grands bonzes de la finances se faire harakiri pour nos seuls beaux yeux. Ils n’hésitent pas à déclarer la guerre à tous groupes qui font obstacles à leurs visées. Alors ne soyons pas dupes. Ils protègeront becs et ongles leurs empires financiers et justifieront leurs actions criminelles par des raisonnements idéalistes sur la liberté et la démocratie. Mais, comme toujours, à leur seul profit évidemment.

Beaucoup de bons points apportés par Joseph Facal tel une mise a niveau de l’état avec ses programmes sociaux qu’il ne préconise pas d’enlever mais d’établir les modes de financement pour la prochaine décennie ! Il faut oser se donner un pays mais mettre les chances de notre côté pour que ce pays soit viable et prospère ! Qui peut être en désaccord sur la protection du francais et de notre culture et de l’intégration des immigrants . Pour lui et la majorité d’entre nous , l’identitaire Québécois soit être sans ambiguités et aussi limpide que les américains intègrent les immigrants et même parfois les assimillent mais ceci n’est pas nécessaire et manifeste un respect pour leur culture et religion !
Il est souhaitable que le P.Q. forme une coalition élargie avec le retour des Legault et Facal et la défense d’une social démocratie adapté et défendue par Marois , Richard Draiville et autres ……

Facal est un grand parleur.

Très adroit il faut le dire, mais un parleur.

Il n’a aucune idée de ce qu’est une shop et comment elle doit vendre.

Sa tite morale arrive à m’irriter.

Son radar ne porte pas loin.

Plusieurs de ses idées sont bonnes, mais son melting pot ne porte pas beaucoup.

Merci pour moi mais les lucides (bouchard et cie) sont aveugles et complètement déconnectés. Ils n’ont aucune idée de ce qu’est la production et la productivité.

Pour eux il faut courir plus fort et plus longtemps.

Des arriérés.

Facal est un interlocuteur indispensable du mouvement indépendantiste. Que les autres se fassent entendre au plus tôt. Monsieur Parizeau l’a fait; à qui le tour ?

Nous avançons vers « nulle part », tout simplement parce qu’on nous fait tourner en rond! Ici, maintenant, la mission des libéraux consiste à démanteler, fragiliser l’État québécois.

Je suis convaincu que si une enquête publique était tenue, ce qui nous tient lieu de gouvernement présentement, serait décapité. Voilà la raison essentielle pour laquelle ils nous parlent de 2030.

En laissant aller les choses, ils font d’une pierre deux coups…D’une part, ils ne risquent pas de « froisser » leur électorat au contraire et d’autre part, ils laissent pourir la situation de telle sorte que, selon le principe de l’alternance du pouvoir, le parti québécois se retrouvera confronté à une tâche tellement titanesque qu’il ne fournira pas à colmater les brèches. Dans une situation de marasme financier, sans les leviers indispensables au redressement rapide et tangibles de notre économie, nous devrons mettre la souveraineté du Québec sur la glace…

Autrement formulé, plus la situation sera précaire pour le Québec, plus le nouveau gouvernement, limité dans ses moyens au sens large du terme, aura une pente abrupte à remonter. C’est la politique libérale de la terre brûlée. Madame Marois avait raison, cinq ans ça peut être long!

Il oublie les deux direction qui peuvent libérer enrichir et maximiser tous ceux qui veulent et peuvent agir en ouvrant toutes les régions du Québec au développement et en ouvrant la nation Québecoise sur les 200 pays du monde .
Ce que les lucides proposent c’est du provincialisme à la canadian, c’est d’accepter le non développement des régions et notre fermeture au monde . C’est de participer au vieux système colonial canadian et au vieux système impérialiste des USA au lieu de devenir un exemple planétaire de développement intelligent dans le l’aide au développement de toutes les nations du monde .
N’acceptons jamais de faire du Québec une République de bananes même prospère et lucide car ça serait aussi honteux et dommageable que le système royaliste impérialiste actuel qui bloque le Québec

Tant que les fédéralistes seront au pouvoir au Québec ,nous allons tourner en rond et atteindre le fond ,soit le démantèlement de notre état et se diriger vers son assimilation. Pour que nous avancions le PQ devra prendre le pouvoir et lorsque il sera élu une large coalition de souverainiste devra avec lui proposer un pays aux Québécois.Joseph Facal pourrait être un de ceux qui pourrait aider grandement à gagner un prochain référendum ainsi que tout les autres souverainistes au Québec L’avantage qu’ils ont sur les fédéralistes est leur crédibilité,lorsque les feds doivent s’en remettre à André Pratte pour faire la promotion du Canada avec enthousiasme ainsi qu.à Steven Blaney et quelques autres ,avouons que le calibre n’est pas fort et que tout demeure possible.Le talent est chez les souverainistes,la carte principale nous l’avons un peu comme chez les Américains lors de leur révolution.

En passant si André Pratte aime tant le Canada pourquoi ne se fait il pas élire? Ainsi il pourrait en toute légitimité faire de la politique à plein temps.

Heureusement que la confédération canadienne existe pour alimenter les lubies que je lis ici de la part des séparatistes québécois… Au moins, M. Facal fait preuve d’un minimum du lucidité!

Que deviendraient les rêves chimériques des séparatistes sans les $5 Milliards de beaux dollars PAR ANNÉE que leur procure la péréquation canadienne? Ils scient la branche sur laquelle ils sont eux-mêmes assis. Plus stupide que ça…

Mme. Marois nous a clairement promis cinq (5) ans de bordel économique si on entrait dans la cage à homards des séparatistes. Connaissant le proverbial manque de réalisme de nos politiciens, imaginez la réalité: 10 ans? 20 ans? Plus?

Oui, c’est vraiment au niveau identitaire que réside la force de Monsieur Facal.( n’est-il pas sociologue de formation?).

Il ne semble pas maîtriser la science économique, il doit donc s’en remettre au discours ambiant: néo-classique, néo-libéral, ultra-libéralisme….amené comme étant LA voie du progressisme humain….comme le démontre la crise mondiale dans laquelle nous somme plongés.

Raphaël

Monsieur Lisée,

j’aimerais attirer votre attention vers l’article de Bruno Bisson dans LaPresse du 25 Janvier (2010)au sujet du projet de la société du Havre envers l’autoroute Bonaventure.

Je crois que Monsieur Facal pourrait comprendre nos appréhensions face à son discours économique ( et non social).

Il y a dans cet article, le nerf de la guerre: croissance sociale: oui….destruction dû à l’appât de l’argent: non.

s’lut!

Raphaël

Les Québécois ont élu le PLQ Charest, 3 fois, de façon consécutive et, dès qu’il est élu, par leurs actions ou leurs omissions « ceux qui restent confortablement assis à la maison », ils commencent tout de suite à s’en plaindre.

Ceux qui ne vont pas voter doivent gentiment se taire s’ils ne veulent être logiques, en attendant la prochaine votation.

Suite au commentaire de Jean-François Côté – Tant qu’à y être Michel David devrait se présenter contre Pratte dans un comté – chacun en continuant leur travail au Devoir et à La Presse.

M. Lisée,

J’invite vos lecteurs à prendre connaissance des difficultés d’Obama. http://www.nytimes.com/2010/01/22/opinion/22brooks.html?emc=eta1.

Le cynisme des citoyens est tel à l’égard des élites et de la classe politique (aux États-Unis comme au Québec…), qu’il faut être réaliste quant aux réelles chances de succès d’un projet politique ambitieux. La gauche ne réalise pas à quel point la confiance dans l’État est mise à mal dans nos sociétés.

@ Fleurant no.3

Merci de ce commentaire rempli de sagesse, de bonne foi et surtout de vision. Une série d’injures et d’idées reçues sans argumentaire, une opinion opiniâtre. Tout ce qu’on sait après sa lecture c’est que vous haïssez M. Facal pour le grand crime de tenir des opinions contraires aux vôtres.

Pas fort !

Au moins M. Facal en a des opinions et il peut les étoffer, qu’on soit d’accord ou pas. Il a déjà dirigé un ministère avec compétence, mais pôvre lui, il ne connait pas de ‘shop’ donc un imbécile. Faudrait qu’il soit gérant d’un lave-auto pour satisfaire notre Fleurent irritant ?

«ceux qui veulent oser l’affirmation du caractère national québécois, de la prédominance de sa langue, de ses repères identitaires, sans inhibition ni fermeture»

Il est dur d’imposer une façon unique de faire et de se dire ouvert…

D’ailleurs, contre qui est dirigé le nationalisme de M. Lisée? Une minorité? Des voisins? En quoi cela peut-il être une idéologie d’ouverture?

Né 60 ans plus tôt, M. Lisée aurait ajouté «le christianisme» à son énumération.

Voyez comme il «ose», comme il innove. Il ne fait que répéter la pensée unique: nationaliste franco-québécoise, étatiste.

Les fédéralistes doivent avoir une dent contre Facal. Comment un immigrant sud-américain ose être souverainiste ? Je me souviens d’un député bloquiste originaire du Chili (Nunez, je crois) qui était considéré comme traitre parce que souverainiste. Il aurait du, selon bien des fédéralistes, être loyal au Canada qui l’avait reçu. Celui qui menait la charge contre lui était Coderre, qui l’a remplacé par la suite dans le comté de Bourassa. C’est ignoble.

Par ailleurs, il est vrai que M. Facal ne parle pas de l’économie sociale, de l’entreprenariat syndicalet des alternatives au libéralisme. Ca n’en fait pourtant pas un homme de droite.

Marc Tremblay