Le NPD va-t-il poursuivre sa transformation?

Tranquillement, le NPD de Jack Layton et Thomas Mulcair est devenu un parti comme les autres. Et ce n’est pas une mauvaise chose.

Photo: Adrian Wyld/La Presse Canadienne
Photo: Adrian Wyld/La Presse Canadienne

Pour les membres d’un parti politique, la solution la plus simple pour modifier le déroulement d’un film dont ils n’ont pas aimé la fin consiste à changer l’acteur principal. Changer de chef est rapide et permet de faire porter le blâme à quelqu’un.

Jusqu’à présent, les militants du NPD ont toujours résisté à cette tentation de dévorer leurs chefs. Sans leur patience, Jack Layton n’aurait jamais fait décoller la vague orange, puisqu’il en était à sa quatrième tentative électorale en 2011. Être «la conscience du Parlement», comme les néodémocrates aimaient l’affirmer, était généralement suffisant. Pendant longtemps, influencer le débat primait sur la victoire. Ça ne semble plus être le cas.

Le simple fait que 1500 membres du NPD se rendront au congrès du parti à Edmonton en fin de semaine sans savoir s’ils vont renouveler leur confiance envers Thomas Mulcair — qui a pourtant réussi la deuxième meilleure performance de l’histoire du parti, avec 44 députés, en pleine vague rouge — montre à quel point le NPD s’est transformé en quelques années.

Humer brièvement l’odeur de la victoire électorale cet automne, alors que le NPD fédéral était à cinq petites semaines de l’emporter pour la première fois, a achevé le long virage amorcé par Jack Layton en 2003, et poursuivi par Thomas Mulcair. Ce dernier pourrait périr pour les mêmes raisons qui l’ont propulsé à la tête du parti en 2012: plusieurs néodémocrates se perçoivent maintenant comme un parti qui aspire au pouvoir, et ils cherchent un chef capable de l’incarner, avec passion et audace. Cette vision menace bien plus Thomas Mulcair que l’agitation de la frange radicale du parti, plus marginale que ne le laisse penser le bruit qu’ils font.


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Depuis janvier, Mulcair parcourt le pays et rencontre ses troupes afin de leur démontrer qu’il est encore l’homme de la situation. On verra dimanche à quel point il a réussi à les convaincre et s’il est à l’aise avec le résultat.

N’en déplaise à ceux qui aiment les formules simplistes, le virage qu’on attribue souvent à Jack Layton et Thomas Mulcair n’en est pas un vers le centre de l’échiquier politique. Le NPD est encore un parti de gauche. Quiconque a lu la plate-forme électorale du parti lors de la dernière campagne ne peut en conclure différemment. En entrevue pour mon grand dossier sur le NPD, publié dans le magazine en mars dernier, l’ex-députée néodémocrate de Toronto, Peggy Nash — qui ne sait pas si elle appuiera Mulcair dimanche — affirmait que la plate-forme néodémocrate de 2015 était plus à gauche que celle de Jack Layton en 2011. Hausse d’impôt pour les grandes entreprises, système de garderie à rabais, assurance-médicament, réforme généreuse de l’assurance-emploi, coup de barre pour lutter contre les changements climatiques… Les mesures identifiées à la gauche étaient nombreuses.

Le virage Layton-Mulcair en est un vers le pragmatisme. Au fil des ans, ils ont libéré le parti des mesures les plus radicales afin de rendre la formation plus attrayante à un électorat canadien qui loge en majorité à l’enseigne du «gros bon sens» et qui craint les idéologies trop marquées. Bye bye les références au socialisme, à l’opposition au traité de libre-échange avec les États-Unis, à un retrait de l’OTAN, à la nationalisation de pans entiers de l’économie, etc.

Mulcair et Layton n’ont rien imposé aux membres. Ce sont eux qui ont souhaité un parti plus pragmatique, plus facile à vendre aux électeurs, afin de cesser de critiquer et d’enfin s’installer aux commandes de l’État. C’est pour accompagner ce changement qu’ils ont choisi le programme de Jack Layton en 2003. Lors de la course à sa succession, en 2012, aucun des trois principaux candidats ne prônait un retour en arrière, à une gauche marginale pour qui les beaux principes suffisent. Thomas Mulcair, Brian Topp et Nathan Cullen avaient des styles différents, mais leurs plate-formes n’étaient pas aux antipodes. Même que Cullen souhaitait une discussion avec les libéraux fédéraux sur une possible stratégie électorale commune, et qui sait, une fusion!

Et le plan a fonctionné. L’appui au NPD n’a cessé de grimper pendant une décennie, jusqu’à tard cet automne. Pendant cette période, la formation orange a eu de bonnes et de moins bonnes saisons. Elle a frappé des coups de circuit et fait des gaffes. Elle s’est imposé au Québec. Elle a composé avec ses adversaires, accepté de se repositionner, fait des compromis pour progresser et séduire plus d’électeurs…

Tranquillement, le NPD est devenu un parti comme les autres. Et ce n’est pas une mauvaise chose.

Pour une frange du parti, les mots «un parti comme les autres» est un crime de lèse-majesté. Ils parlent d’un «retour aux sources» comme si le parti avait abandonné son âme dernièrement.

Mais pour la vaste majorité des électeurs, un «parti comme les autres» signifie simplement qu’il peut gagner et qu’il s’ajuste en conséquence. Que le NPD est un parti qui mérite d’être pris au sérieux et qui doit être évalué en fonction de ce qu’il offre. Ce qui était loin d’être le cas — particulièrement au Québec.

Les critiques de Mulcair oublient qu’il est aussi celui qui leur a permis de lancer la campagne électorale en tête des sondages pour la première fois de l’histoire du parti. Une situation impensable sans le travail abattu entre 2003 et 2015. En matière de financement politique, le troisième trimestre de 2015 a été le meilleur du parti en 50 ans. Le NPD a amassé plus d’argent que le PLC, qui s’est pourtant installé au pouvoir. Il a aujourd’hui moins de dettes qu’après la course de 2011, même si celle de 2015 a été plus longue et plus coûteuse.


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Pour la première fois, un chef du NPD fédéral s’est lancé dans la mêlée électorale avec l’étiquette d’un parti qui peut gagner, comme le Parti libéral du Canada et le Parti conservateur en ont l’habitude. Mulcair et ses stratèges ont senti la pression d’être en tête, le poids des décisions, le regard du pays. Et comme ça arrive également aux autres partis qui aspirent au pouvoir, ils ont mal lu l’électorat. N’ayant jamais gouverné à Ottawa, ils ont voulu être rassurants au possible, jouer de prudence pour gagner la confiance des citoyens. Boucler la boucle du pragmatisme. Mais trop, c’est comme pas assez. Ils ont laissé Trudeau être plus inspirant au moment où les électeurs cherchaient une rupture franche avec les années ternes de Harper. Un rapport interne complet sur les hauts et les bas de la campagne, dévoilé il y a deux semaines par le parti, aborde cet enjeu.

À partir de ce week-end et pour les prochains mois, les membres du NPD devront se demander s’ils poursuivent la normalisation de leur parti ou si un retour au NPD plus idéologique, plus radical, est la voie à suivre pour battre Justin Trudeau dans quatre ans?

Dans quatre ans, Trudeau ne sera plus en lune de miel avec les électeurs. Il aura fait des gaffes, brisé des promesses, accumulé des dizaines de milliards de déficit… Une réforme du mode de scrutin aura peut-être été adoptée, évitant une fuite des électeurs néodémocrates vers le PLC à la dernière minute pour barrer la route au Parti conservateur, comme cela a été souvent le cas, y compris en 2015. Comme dirait l’autre, l’avenir est long. Il y a quatre ans, on évoquait la disparition du Parti libéral du Canada…

Dans ce contexte, le NPD doit-il en ajouter une couche à gauche, ou simplement trouver des idées plus intéressantes pour séduire les électeurs, comme tous les partis le font après une défaite?

Quel type de parti le NPD souhaite-t-il être? Veut-il continuer d’aspirer au pouvoir ou redevenir la «conscience du Parlement»?

Le choix du chef — maintenant et en 2018, puisqu’il y aura un autre vote de confiance avant les prochaines élections — devra s’aligner avec ce choix.

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7 commentaires
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Lorsque je lis une phrase comme celle-ci, je cite : « Dans ce contexte, le NPD doit-il en ajouter une couche à gauche, ou simplement trouver des idées plus intéressantes pour séduire les électeurs (…) ? », je ne peux m’empêcher de songer à un homme politique classé à gauche : François Mitterrand qui eut le mérite de gagner ses paris électoraux, jusqu’à rester à la tête de l’État français pendant 14 ans (un record)….

Ce qui a fait le succès d’un Mitterrand en politique, ce n’est pas son intelligence qui certes était vive, ni ses talents aiguisés de stratège…. C’est plutôt la pratique du : « ni », « ni » !

Ainsi ce qui aurait pu faire le succès d’un Thomas Mulcair, c’eut été de n’être « ni » à gauche, « ni » à droite. « Ni » pour le port du niqab, « ni » contre l’interdicition. De ne promouvoir « ni » le déficit public, « ni » l’équilibrage budgétaire par la force. De n’être « ni » pour l’austérité, « ni » pour des réinvestissements en toutes choses inconsidérées.

La puissance du « ni », « ni » ne met pas le politicien au centre de l’échiquier politique. Il fait beaucoup mieux que cela : il met le chef au centre de toutes choses. Toutes. Il met le chef dans le fauteuil de l’arbitre. Qui place le chef dans ce fauteuil, place son parti en position d’arbitrer, pour être en situation alors d’exercer le mandat suprême : le gouvernement, une mission confiée au même instant par la population.

Si monsieur Mulcair qui est un politicien aguerri, n’a toujours pas compris cela. Il ne l’avait pas compris visiblement voici quelques mois ; Il semble assez probable qu’il n’aura pas appris cela d’ici les prochaines élections. Trop tard, c’est trop tard. Si bien qu’il ne sera tout juste bon qu’à donner la réplique à Justin Trudeau qui dispose indubitablement d’un talent naturel pour répondre aux questions.

Il me semble virtuellement impossible que Mulcair puisse un jour déloger le parti libéral, bien en selle désormais et ce de quelque façon que ce soit, lorsqu’il doit sans cesse se battre contre lui-même et son tempérament fulminant.

Alors, dans ce contexte précisément, que doit faire le NPD ? Eh bien c’est tout simple : Il ne doit « ni » ajouter une couche à gauche, « ni » se chercher des idées plus intéressantes pour séduire les électeurs. Ce qu’il doit être et faire ; c’est « focuser » sur un seul objectif : la prise de pouvoir, le pouvoir, le pouvoir, le pouvoir et rien que le pouvoir coûte que coûte…. Pour se faire, il se doit de choisir un chef ou une cheffe qui soit bien déterminé(e) à aller cette fois-ci jusqu’au bout.

« Il me semble virtuellement impossible que Mulcair puisse un jour déloger le parti libéral, bien en selle désormais… ». Personnellement, j’aime les micro-phénomènes et je vous en présente deux. 1) Le mari de la justice veut redevenir lobbyiste à Ottawa, l’homme a cessé de l’être en 2011. On paie un lobbyiste, car il a accès au pouvoir. Dans son cas, on espère pour lui que c’est cas, car sinon, il ne dort pas à la maison. Le demande n’est pas illégale, mais avouons qu’elle est questionnable. 2) CBC nous apprenait que la même ministre de la justice organisait des soupers à 500$ le couvert (en passant pas très classe moyenne). Encore rien d’illégal, mais si vous êtes un bureau d’avocats, vous pouvez facilement réserver, disons, 50 places et bingo vous venez de donner en une soirée 25000$ au PLC. Vous me direz que nos médias québécois n’en n’ont pas parlé, c’est exact comme le scandale des commandites a été dévoilé par un journal du Canada-anglais. Bref, mon point est que le PLC est le PLC, chasser le naturel et il revient au galot alors l’invicibilité du PLC ne sera pas éternelle et cela ne prendra pas une grosse poussée pour le faire glisser.

@ Martin Beaulieu,

Je vous cite : « Le mari de la justice veut redevenir lobbyiste »

Vouliez-vous écrire : Le mari de la ministre de la justice et procureur général du Canada, Jody Wilson-Raybould ?

Donc, vous vouliez parler de Tim Raybould.

Vous évoquez ici, la possibilité qu’il y ait un éventuel conflit d’intérêt entre les activités de son mari et la bonne conduite des affaires de l’État. Tout comme la possibilité que cela puisse générer des activités de financement illégales au niveau du PLC, ce qui pourrait devenir préjudiciable lors d’une prochaine élection.

La question serait de savoir si c’est le scandale des commandites qui aurait engendré la défaite des libéraux ou une certaine usure du pouvoir ou l’arrivée dans l’arène politique d’un politicien qui en 2006 semblait prometteur ou un ensemble de toutes ces composantes. Un défaite qui rappelons-le avait été courte.

Somme toute, je comprends bien sûr vos motifs de questionnement. Si ce n’est que comme dit le proverbe : « Si ma tante en avait, ce serait mon oncle ! » — J’en conclus et je conjecture que vous n’êtes sans doute pas dépourvu d’imagination….

Très juste votre article sur l’ avenir du NPD M. Castonguay ! Ceci me fait penser au Parti Québecois et son traditionnel article no. 1. Le NPD est voué à la troisième position au fédéral s’ il persiste à se maintenir à la gauche! Donc ce que j’ aurais à dire aux délégués de ce parti est simplement de viser l’ avenir et de mettre de côté la gauche syndicaliste !
C’ est d’ ailleurs le mëme conseil que je donnerais au PQ !

Vous écrivez que le NPD avait un programme plus à « gauche » que les Libéraux lors de la dernière élection mais, ce qui est évident c’est que ce n’est pas ce qu’ont compris les médias et l’impression de l’électorat c’était que Trudeau offrait les meilleures options pour remplacer les Conservateurs de Harper. M. Mulcair est un politicien traditionnel et il a démontré sa force aux Communes comme chef de l’opposition mais comme chef d’état j’ai de gros doutes qu’il soit le candidat qui fasse pencher la balance vers le NPD. M. Layton avait beaucoup de charisme, ce que M. Mulcair n’a pas, et une certaine empathie pour l’électorat et les plus faibles et démunis alors que M. Mulcair est perçu comme une espèce de chef de guerre.

Je doute que le NPD gagne une élection fédérale tant que M. Mulcair en sera le chef et je doute que ce soit le fait du programme mais plutôt de la personnalité de son chef. Mais, il est aussi évident qu’il n’y a aucune relève évidente, à la Justin, au NPD et la question est de savoir si ce parti peut être élu avec un chef politique traditionnel… Avec un bon chef, le NPD peut faire des miracles (par exemple l’élection de Rachel Notley en Alberta), sinon, il peut demeurer la « conscience » du Parlement… avec les Verts.

Avec mini-PET, qui est plus à gauche que le NPD, au pouvoir, ce dernier n’a aucune chance. AUCUNE!