Le Parti conservateur a du plomb dans l’aile

C’est à se demander si les têtes d’affiche conservatrices au pays ont choisi de courtiser le 1,6 % d’électeurs qui ont voté pour le Parti populaire de Maxime Bernier aux dernières élections…

Photo originale : La Presse canadienne

Les sondages fédéraux du dernier mois n’ont pas été tendres envers Andrew Scheer et le Parti conservateur du Canada. Alors que seulement quelques points séparaient le PLC et le PCC au début de la pandémie, de nombreuses firmes de sondages canadiennes — comme Léger, Abacus Data, Innovative et EKOS — ont toutes mesuré des écarts de huit points et plus entre les deux partis. Voici les sondages fédéraux d’intentions de vote depuis la fin février.
Même l’Institut Angus Reid, dont les chiffres montrent un certain « House Effect » contre le PLC, et ce, depuis plus de cinq ans, a mesuré que les libéraux étaient en avance par trois points lors de son dernier coup de sonde à la mi-avril. C’était la première fois qu’Angus Reid donnait le PLC en tête des intentions de vote au pays depuis juin 2018 (consultez la liste des sondages fédéraux ici).

Voici les moyennes pondérées de la projection Qc125 depuis janvier 2020 sur le plan fédéral. Au 1er mars dernier (voir flèche noire dans le graphique ci-dessous), le PLC et le PCC étaient à égalité autour de 34 % chacun. En date du 26 avril, près de neuf points séparaient les deux partis. Considérant que le PLC a remporté les élections en octobre dernier, ces chiffres n’ont certes rien de rassurant pour les conservateurs :
Au Québec, le PCC semblait regagner quelques plumes dans la province avant le début de la pandémie, mais il a chuté à une moyenne de 14 % depuis. Le PLC et le Bloc québécois (BQ) se partagent toujours la tête du peloton au Québec. Le dernier sondage Léger publié plus tôt cette semaine montrait un regain du PLC dans la province avec 41 % des intentions de vote. Le Bloc prenait la deuxième place avec 31 % :

Voici la progression des intentions de vote au fédéral pour le Québec depuis le début de 2020 :

En Ontario, où les conservateurs devront impérativement améliorer leur sort s’ils espèrent regagner le pouvoir à Ottawa, le PCC accuse maintenant un retard moyen de plus de 15 points sur le PLC. Voici les sous-échantillons ontariens des sondages fédéraux :

Voici la progression des intentions de vote au fédéral pour l’Ontario depuis le Nouvel An :
Comment expliquer cette baisse de soutien au PCC ? Certes, les contextes politique et médiatique actuels ne sourient pas aux partis d’opposition, et ce, partout au pays : les derniers sondages Léger en collaboration avec l’Association d’études canadiennes indiquent qu’une forte majorité de Canadiens et de Québécois sont généralement satisfaits de la gestion de crise des deux paliers de gouvernement. En plus d’avoir interrompu la course à la direction du PCC, la pandémie a forcé l’annulation des débats entre les candidats à la chefferie conservatrice qui devaient avoir lieu en avril. Ces débats auraient certainement pu capter l’attention de la population pour quelques cycles médiatiques et sans doute lancer un débat d’idées hors des plateformes des réseaux sociaux.

Toutefois, il ne demeure pas moins que cette baisse d’appui au PCC coïncide aussi avec la fin des mises en candidature de la course à la chefferie. Seuls quatre candidats ont été retenus : Peter MacKay, les députés Erin O’Toole et Derek Sloan, ainsi que l’avocate Leslyn Lewis, une candidate conservatrice défaite en 2015 dans la circonscription ontarienne de Scarborough–Rouge Park. Or, en janvier dernier, j’avais signé une analyse s’intitulant Le Parti conservateur misera-t-il sur son aile progressiste ? Il est devenu clair depuis que la réponse à cette question est un non ferme et sans équivoque.

Le PCC sous Andrew Scheer, rappelons-le, avait remporté le vote populaire par un point lors des élections générales en octobre 2019. Toutefois, cette performance au scrutin cachait aussi des lacunes importantes à la répartition régionale du vote conservateur : le PCC a remporté la plupart des sièges albertains et saskatchewanais avec des majorités certes écrasantes, mais avait perdu du terrain dans plus de 140 des 199 circonscriptions du Québec et de l’Ontario par rapport à 2015.

D’un point de vue purement stratégique, le PCC aurait pu faire le choix de tenter de regagner une partie du centre du spectre politique canadien afin de se hisser au pouvoir d’ici la fin de la présente législature. Toutefois, avec Derek Sloan qui questionne ouvertement la loyauté de la Dre Theresa Tam, l’administratrice en chef de la santé publique du Canada — l’accusant d’être à la solde de l’Organisation mondiale de la santé —, et l’ancien militaire Erin O’Toole qui multiplie les associations entre Justin Trudeau et le régime totalitaire chinois, les têtes d’affiche conservatrices au pays auraient-elles plutôt choisi de courtiser le 1,6 % d’électeurs qui ont voté pour le Parti populaire de Maxime Bernier aux dernières élections ?

Maxime Bernier y est allé de son propre commentaire sur cette histoire :

Évidemment, lorsque le PCC aura élu son nouveau chef (les votes des membres seront compilés à partir du 21 août, apprenait-on hier), nous pouvons oser espérer que le pire de la pandémie sera derrière nous. Dès lors, le gouvernement fédéral devra composer avec une économie décimée et un déficit historique. La relance économique sera certainement épineuse et remplie d’obstacles pour Justin Trudeau et son équipe.

Le PCC saura-t-il alors mieux faire passer son message auprès de la population ? Nous le verrons bien.

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