Le Parti vert, version québécoise

L’aile québécoise du Parti vert a déposé son propre programme électoral… qui diffère de celui du parti national. De quoi rendre les électeurs perplexes !

Jonathan Hayward / La Presse Canadienne / Montage L'actualité

Si un Québécois appuie le Parti vert du Canada le 20 septembre prochain, pour quoi votera-t-il au juste ? 

La question se pose alors que l’aile québécoise de la formation a dévoilé mardi son programme électoral, qui n’a pas été soumis à la cheffe, Annamie Paul, et qui contient des nouveautés dont on ignore si elles ont reçu l’aval du parti national.

Des exemples ? Instauration d’une taxe de 15 % sur les investissements en immobilier faits par des étrangers afin de financer le logement social. Congé partiel d’impôt foncier pour les jeunes nouveaux propriétaires. Création d’un système de coupons alimentaires qui permettraient aux personnes démunies de se procurer des aliments locaux aux marchés publics de leur coin. Diminution de la production de porc et de bœuf, grands responsables d’émissions de méthane. Interdiction de la vente de bouteilles en plastique de moins de deux litres.

Il arrive souvent qu’une formation politique pancanadienne dévoile un programme particulier pour le Québec. Mais en règle générale, de tels documents illustrent comment les promesses nationales s’incarneraient sur le terrain québécois, en fournissant des exemples concrets. On n’y retrouve pas de nouvelles mesures !

L’aile québécoise risque surtout de causer un malaise en reconnaissant dans son document « le statut du Québec comme nation distincte au sein du Canada et le droit des Québécois de faire du français la seule langue officielle au Québec ». Cela revient à appuyer le projet de loi 96 de Québec. Le reste du parti approuve-t-il une telle position ?

Au printemps dernier, lorsque le Bloc québécois a fait voter une motion à la Chambre des communes prenant acte de la volonté du Québec d’inscrire dans la Constitution que les Québécois forment une nation et que le français est la seule langue officielle de la province, Annamie Paul a déclaré qu’elle aurait voté contre si elle avait été députée. Elle estimait qu’on avait dit trop rapidement qu’il n’y avait « pas de souci avec le projet de loi 96 ». Elle a plaidé que ce n’était pas tant un problème de contenu que de « processus » : certains constitutionnalistes doutaient que Québec puisse modifier à sa guise la Constitution.

Quelle est, sur le fond, la position d’Annamie Paul sur la nation québécoise et le français comme langue officielle du Québec ? Ce n’est toujours pas clair. Le parti nous renvoie encore à une déclaration imprécise d’août. Pendant le débat des chefs en français la semaine dernière, mon collègue Guillaume Bourgault-Côté lui a demandé pourquoi elle hésitait à inscrire dans la Constitution que le français est la langue officielle du Québec. Elle a répondu qu’elle « n’[hésitait] pas du tout », avant d’ajouter qu’il y avait des enjeux constitutionnels à éclaircir.

Soulignons que même la prédécesseure d’Annamie Paul, Elizabeth May, avait exprimé un malaise, disant craindre que d’autres provinces imitent le Québec pour faire de l’anglais leur seule langue d’usage. Bref, les grosses pointures du Parti vert ne sont pas nécessairement d’accord avec l’aile québécoise.

Ce n’est pas la première fois qu’une ligne de fracture apparaît entre Annamie Paul et l’aile québécoise de son parti. Celle-ci avait réclamé le départ de la cheffe au printemps dernier. Les cinq candidats québécois ayant présenté leur programme mardi ont affirmé en avoir envoyé un exemplaire à l’équipe de la leader, mais sans plus, et surtout sans attendre son feu vert. Annamie Paul ne s’est pas empêchée de dénoncer cette manière de faire. « Vous me demandez si j’aurais préféré ne pas recevoir la nouvelle de cette manière ? La réponse est absolument. »

Sur le fond, cette affaire met aussi en lumière cette façon particulière qu’a le Parti vert de faire de la politique. Dans ce mouvement, les militants ont beaucoup de latitude et le chef n’est pas nécessairement celui qui dicte la direction générale. Rappelons-nous dans quel pétrin s’était retrouvée Elizabeth May aux élections de 2019 quand elle avait admis qu’elle non plus, à l’instar d’Andrew Scheer, n’imposerait pas de ligne de parti à ses députés sur la question de l’avortement. « Je suis la porte-parole principale du Parti vert, mais je ne suis pas une dictatrice », avait-elle expliqué.

Mardi, les candidats québécois ont reconnu que certains des éléments qu’ils présentaient dans leur programme ne figuraient pas dans celui de leur parti. « Si on est élus, on va défendre cette idée au sein de notre parti et au sein du Parlement », a précisé le candidat et président de l’aile québécoise, Luc Joli-Cœur. Annamie Paul a fait écho à cette latitude en affirmant qu’il y a « suffisamment d’espace » au Parti vert pour accueillir « des différences d’opinions ». N’empêche que cela fait que les électeurs ne sont pas tout à fait certains de ce qu’ils auront s’ils élisent un député vert lundi prochain.

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« N’empêche que cela fait que les électeurs ne sont pas tout à fait certains de ce qu’ils auront s’ils élisent un député vert lundi prochain. » Hélène Buzzetti

Non mais une chose dont les électeurs sont certains, c’est que les PLC et PCC n’ont aucune intention de nous sortir du trou toxique dont l’industrie fossile nous a enfoncé.

Vous avez droit à votre opinion personnelle, Mme. Buzzetti, mais vous êtes journaliste et pour avoir de la crédibilité il faudrait que vous donniez un petit air de symétrie ou de neutralité dans vos descriptions des partis.

D’abord je suis surpris que vous écriviez sur le Parti vert, ayant lu et entendu tant « d’experts de politiques » et de média comme Radio-Canada ignorer totalement le Parti vert,
et d’un autre côté après vous avoir lu sur les autres partis je ne suis pas surpris de vous voir sortir de telles platitudes sur le Parti vert.

Je peux comprendre le manque de sensibilité pour la question de l’environnement, après tout nous sommes dans un était pétrolier très complaisant avec notre destruction des conditions d’existence de l’être humain.

Les mensonges et les incohérences du PLC concernant l’environnement et les fausses-solutions du PCC comme la séquestration du CO2 et l’hydrogène, qui feraient couler encore plus de pétrole, ne semblent pas vous indigner.

Comment pouvez-vous éviter le sujet de l’environnement, qui est la raison d’être du Parti vert, et de nous informer de leurs solutions?

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Bien que j’ai pris le parti de ne pas voter pour le Parti vert cette année. Je dois dire que je suis plutôt en accord avec les propos de Daniel Grant. La crise climatique, la nécessité d’amorcer une transition digne de ce nom demeurent une des premières préoccupations des Québécois, mais encore de tous les Canadiens. Je remarque une fois de plus dans cette campagne qu’on ne s’est pas réellement soucié de ces questions. Plutôt fondamentales disons.

À mon grand damne, madame Buzzetti — qui pourrait profiter de cette tribune pour mieux informer la population -, elle préfère mettre l’accent sur les contradictions (apparentes) des Verts au lieu de porter l’emphase sur les propositions avant-gardistes faites pour nous sortir une bonne fois pour toute des énergies fossiles, sans nuire pour autant à la qualité de la vie.

Si nous ne changeons pas de paradigme, c’est l’absence de changement qui nous transformera, la facture à payer dans les prochaines décennies sera autrement plus salée. Mais, disons-le franchement, on s’en fout complètement, puisque tout ce qui compte, c’est Erin ou Justin ou Justin ou Erin…. Peu importe l’ordre dans lequel l’élu franchira au finish la précieuse ligne d’arrivée….

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Les deux commentateurs précédents (Messieurs Grant et Drouginsky) ont un peu raison mais c’est un fait que le parti Vert s’est embourbé dans des questions qui ont peu à voir avec les changements climatiques et a démontré son incapacité à gouverner un pays.

Peut-être que ces messieurs aimeraient se faire «éduquer» par Mme Paul sur le racisme et la discrimination dont fait preuve le Québec avec les «infâmes» (selon elle) lois 21 et 96 qui visent d’une part à assurer la laïcité de l’état québécois (qui est sorti d’une théocratie il n’y a pas si longtemps) et la survie de la langue de la majorité des Québécois.

C’est vrai qu’en face des changements climatiques, ces lois sont des vétilles mais Mme Paul a quand même utilisé son poste de cheffe de parti pour s’attaquer à la société distincte qu’est le Québec (si on marchait du même pas que le ROC, on ne serait pas une société distincte, n’est-ce pas?).

Moi aussi je voulais voter Vert (surtout quand je vois le désastre écologique qui se produit en Colombie-Britannique avec le gouvernement BC-NDP qui encourage la destruction des forêts anciennes et les gazoducs avec sa police fédérale ce qui me fait craindre voter pour le NPD fédéral) mais je dois me résoudre à ne pas le faire cette année. Devenez vraiment verts et laissez les Québécois décider de leur société et on pourra s’en reparler.

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Vous avez raison Monsieur NPierre, moi aussi j’ai ressenti la même chose que vous.

Mais il reste que la capacité de gouverner vient plus de donner une bonne direction à ce qui existe déjà en place.
Ce sont les fonctionnaires en place qui font fonctionner l’état et ils seront encore en place après une nouvelle direction.

L’état a besoin d’oxygène à la direction.

Si la nouvelle direction ne se fait pas enfumer par les charlatans du fossile, nous pouvons nous tourner vers les énergies propres pour une prospérité sans pétrole.
Nous avons les vrais solutions, il ne s’agit que d’une volonté de les appliquer.

On ne peut pas diriger un pays de façon pire que ce que les PLC et PCC nous ont habitué avec leurs fausses solutions en matière d’énergie et environnement qui viennent de l’industrie du fossile.

Noua avons assez de leurs incohérences nauséabondes sur les sujets de l’environnement et l’énergie, comme dit bien M.Blanchet il faut concilier les deux.

Annamie Paul comme PM pcq c’est la seule qui a compris qu’on ne négocie pas avec la nature, avec une opposition forte par le Bloc.

M. Blanchet sera capable de la mettre à sa place sur les sujets de laïcité etc.

Un déversement d’énergie solaire, ça s’appel une belle journée et c’est plein de vitamine D.