Le patrimoine, c’est compliqué

Si on commence à vendre des édifices historiques comme la bibliothèque Saint-Sulpice, qu’est-ce que ce sera ensuite ?

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La bibliothèque Saint-Sulpice – Photo : jeangagnon/Wikimedia Commons

C’est François Cardinal, de La Presse, qui a sonné l’alarme : le gouvernement venait de mettre en vente la bibliothèque Saint-Sulpice, un monument historique.
Politique

Ou, plus précisément : «Un immeuble connu et désigné comme étant le lot 2 161 477 du Cadastre du Québec, circonscription foncière de Montréal, ayant une superficie de 3 150,90 m², avec bâtisse dessus construite.» (N’engagez surtout pas quelqu’un du gouvernement pour écrire votre annonce sur Kijiji.)

On a bien tenté de nous rassurer en disant qu’on installerait une petite plaque rappelant les origines du bâtiment avant d’en faire des condos, rien n’y fit : la vente de cet édifice patrimonial ne passait pas dans l’opinion publique.

Dimanche, la ministre de la Culture a donc fait comme on fait en politique quand notre tentative de passer de quoi en douce échoue : elle a reculé. Heureusement ! La bibliothèque est un magnifique édifice patrimonial rempli de sens historique, construit par les Sulpiciens en 1914.

Si on commence à vendre ce genre d’édifice, qu’est-ce que ce sera ensuite ? On va installer un A&W et des condos dans le plus ancien cinéma du Canada ? (Oups. On m’avise que c’est déjà fait avec l’ancien Ouimetoscope, sur Sainte-Catherine.)

En fait de patrimoine et de mémoire, rien ne semble trop niaiseux au Québec.

On peut penser sérieusement à changer le nom d’un pont, pour le faire passer du «père de la Nouvelle-France» au «gars qui a compté cinq buts après avoir déménagé un piano». On peut insister pour continuer à commémorer un nazi, parce que c’est trop compliqué d’apprendre une nouvelle adresse. Le crucifix de l’Assemblée nationale semble parfois être le seul objet «historique» que la politique essaie vraiment de protéger.

Il faut dire que 1914, c’était l’époque où on ne pensait pas vraiment à long terme en construisant. Aujourd’hui, au Québec, ce n’est plus comme ça.

Aujourd’hui, on construit des choses laides, pour ne pas avoir le «trouble» de les protéger comme du patrimoine dans 100 ans.

Dans 100 ans, personne ne va demander à ce que le Colossus de Laval entre dans le patrimoine. Personne ne va lancer de pétition pour sauver le stationnement «extérieur» et les belles couleurs du nouveau CUSM. Il n’y aura pas non plus de visites guidées du quartier historique du DIX30.

Si, dans 100 ans, un touriste pointe la Maison symphonique, ce sera pour demander : «Là ? Dans cette boîte rectangulaire ? Ah bon…»

Dans 100 ans, il n’y aura presque rien à sauver, et nos enfants vont nous remercier de ne pas être pris avec une autre bibliothèque Saint-Sulpice dont ils ne sauraient que faire.

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On nous demandera un jour de protéger le nouvel amphithéâtre de Québec, pour son caractère patrimonial, soit sa ressemblance avec l’abri Tempo, symbole des banlieues enneigées et des amateurs de hockey.

C’est beau protéger le « patrimoine », mais en même temps, a t-on vraiment les moyens de payer pour entretenir une flopée d’éléphants blancs qui coûte une fortune et donc personne ne veut.

Faut-il investir des dizaines de millions pour continuer de maintenir des coquilles vides qui ne servent à rien. Ce bâtiment a de sérieux besoins de rénovation et coûte cher à chauffer et des locaux pour des fonctionnaires coûtent une légère fraction de ce que coûterait utiliser cette belle bâtisse pour y loger des bureaux.

Les gens se plaignent des compressions budgétaires, la « méchante austérité », mais veulent que l’on gaspille des dizaines de millions, qui seraient mieux investie ailleurs, pour garder un « patrimoine ».

On est à l’heure de faire des choix pour notre société et c’est malheureusement des choix déchirants.

Il y a beaucoup trop de vieilles bâtisses partout au Québec et ailleurs qui ne servent strictement à rien. À quoi sert exactement cette vieille et laide bibliothèque Saint-Sulpice ? À rien ! Absolument à rien ! D’ailleurs même quand c’était la Biblio nationale, ça servait pas à grands choses. Abriter des livres poussiéreux franchement quelle idée !

Ce que les gens ne comprennent évidemment pas. C’est que l’immobilier c’est fait pour faire de l’argent. Pas pour distraire, abriter ou éduquer les gens ! Comme cet endroit bien placé dans le centre-ville de Montréal est susceptible de rapporter beaucoup de cash pour un bon investisseur privé aguerri qui va prendre tous les risques en mettant de son propre argent d’ailleurs emprunté au meilleur taux à une banque d’investissement. Les internautes devraient comprendre qu’il y a urgence de se départir au plus vite de cette vieille bâtisse complètement inutile, d’exiger de la Ministre de la culture qu’elle déclasse cet objet sur le champ. Après tout ce sont nos emplois qui en dépendent….

Ce qui permettrait de démolir une bonne fois pour toute cette structure absolument hideuse, issue d’une époque dépassée, laquelle dénature le paysage. À la place, je verrais bien des condos de luxe sur cent étages, il faudrait bien sûr une dérogation pour la hauteur du bâtiment, un restaurant destiné pour l’élite, divers services haut de gamme, avec une piscine et un observatoire payant au sommet, de préférence réservé aux membres d’un club sélect et à leurs invités. On pourrait appeler cela : The Saint-Sulpice Tower !

Bien sûr, il faudrait destiner et vendre cet ensemble d’un excellent rapport qualité-prix à des investisseurs transnationaux, qui pourraient empocher une belle plus-value après, grâce à une revente rapide de leur acquisition à d’autres investisseurs qui comme eux appartiennent au 1% (je fais référence ici au « trickle-down effect » pour ceux qui n’auraient pas compris).

Pour soutenir cet effort, ce projet prestigieux à plus de 2 milliards de gros dollars, unique en son genre, moderne et évidemment novateur ; il conviendrait que la ville accorde un bon gros congé de taxe foncière pour les dix prochaines années. Ce qui ne pourrait que plaire au chef de l’opposition au Conseil de ville, grand adepte — comme on le sait — de toutes les formes tellement utiles de la gentrification. Pas de logement social dans mon arrondissement !

Le patrimoine, le devoir de mémoire et j’en passe, tout ça, c’est complètement superflu et contre-productif. Ça rapporte rien, ça coûte de l’argent aux contribuables et ça pollue le champ visuel. Quant à celles et ceux qui ne seraient pas d’accord avec moi. C’est sûr, ce sont des ahuris hébétés qui ne comprennent rien aux extraordinaires bienfaits du capitalisme et de l’économie de marché. Cela m’apparait complètement évident ! Non ?

Avant que ce dossier ne devienne public, combien de Québécois savaient seulement où se trouvait cet édifice…? C’est ce que je pensais.

Nous commençons à devoir vendre nos « actifs » pour payer notre immense dette, tout comme la Grèce. Et ce n’est qu’un début.

Nos 50 dernières années où la philosophie débilitante socialiste et interventionniste a été prépondérante pèse lourd dans notre passif collectif et nous commençons à peine à nous en rendre compte.

Par chance, nous appartenons toujours au beau et grand Canada ce qui nous protège quelque peu contre les situations extrêmes que vivent d’autres endroits dans le monde qui n’ont pas cette chance.

La population a été consulté avant de changer un nom de rue? Ça aurait été le fun qu’ils fassent ça avant de changer le nom de l’autoroute Duvalon à Québec.

Personnellement je trouve ça très bien que des édifices non utilisés soient restaurés pour garder leur cachet ancestral, tout en leur donnant une nouvelle vie. Dans le quartier Limoilou, on a des églises partout. Une chapelle a été changé en maison et une église a été changé en école de cirque, mettant à profit sa haute voûte.

Quoi qu’en disent ceux qui ne voit la Culture dans une société que comme un poste de dépense et qui sont prêts à se départir de leur patrimoine pour bien faire paraitre l’exercice budgétaire en cours, d,autres voient plus grand, plus loin.

Moins d’une semaine après la découverte de la tentative de vente en douce de cet édifice par Gouv Couillard et le « cran d’arrêt » mis sur l’annonce de vente, quelqu’un de la base (du MPE) vient de trouver un usage pertinent à cet édifice patrimonial, les gens mandatés pour le faire n’avaient aucune chance de trouver cette solution à partir de leur tour d’ivoire et avec les paradigmes qu’ils doivent avoir.

Espérons maintenant que la Ministre responsable ne trouvera pas une autre bonne raison de passer à coté de la solution proposée:
http://ici.radio-canada.ca/nouvelles/societe/2015/05/29/004-bibliotheque-saint-sulpice-musee-histoire-naturelle.shtml