Le PLQ et le jugement : un truc simple

Comment transformer en désastre un bon coup politique? Mathieu Charlebois explique la recette libérale.

Photo: Jonathan Hayward/La Presse canadienne
Photo: Jonathan Hayward/La Presse canadienne

Frédéric Schautaud était jusqu’à tout récemment recherchiste à la CAQ, et il se préparait à recevoir la promotion dont rêvent tous les caquistes : un poste au parti libéral, où le cabinet de la ministre Dominique Anglade se préparait à l’accueillir.

Dans un élan de joie, le transfuge a profité de sa dernière journée au bureau pour s’envoyer par courriel une petite collection de documents de la CAQ comme des mémos internes, des analyses stratégiques et des mots de passe.

Qui n’a pas déjà volé un paquet de post-its ou imprimé son CV en secret sur l’imprimante du bureau avant de quitter son poste, hein ? Qui ? Ben voilà : ici, c’est pareil, mais avec des documents confidentiels qui pourraient donner un avantage au parti Libéral.

La réaction du clan libéral a été unanime, et on s’est indigné d’un fracassant « ouin, pis ? »

Dominique Anglade a bien sûr qualifié les actions du recherchiste de « geste inapproprié » et de « manque de jugement ». Mais si ce n’est pas le genre de qualités que vous recherchez chez un nouvel employé, franchement, vous faites la fine bouche. Mme Anglade n’est pas si difficile. « Ça ne le disqualifie pas pour un poste. Il peut très bien faire partie de mon équipe », a-t-elle expliqué.

« Si on commence à disqualifier le monde qui manque de jugement », ajoute un autre député, « il ne restera plus grand monde en politique ».

Parlant de manque de jugement, le premier ministre a également été questionné sur le sujet. Ne faut-il pas avoir du jugement pour travailler dans un cabinet politique, a demandé un journaliste ? La réponse, et je ne vous raconte pas de blague :

« Le jugement peut s’appliquer également dans le choix qu’une personne fait d’adhérer à une organisation qui correspond mieux à ses valeurs. Il faut regarder cet aspect. »

Bref, joindre le PLQ est en soi une preuve de bon jugement. Vraiment, on ne se prend pas pour des 7up dans le parti qui nous a offert Yves Bolduc, Jacques Daoust, Nathalie Normandeau et qui offre encore et toujours Sam Hamad.

Mais de toute façon, était-ce vraiment un vol ? Le premier ministre n’en est pas sûr. « Je vais vous laisser le choix du mot subtiliser. Je ne crois pas que c’est la seule interprétation qu’on peut donner. »

Là-dessus, il a raison. On pourrait aussi interpréter ce vol comme de l’espionnage, de la trahison, de la malhonnêteté ou une tactique politique cheap. Les interprétations sont multiples, mais si j’étais le PLQ, je m’en tiendrais à « il a subtilisé des documents ». Ça les fait mieux paraître.


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La réaction de « ouin, pis ? » était unanime, donc. Puis, deux heures plus tard, la réaction était toujours aussi unanime… mais de l’autre bord. Schautaud ? Pu bon. Le recherchiste ne sera pas à l’emploi de Dominique Anglade. Yark.

« Qu’est-ce que vous voudriez qu’on fasse avec des documents de la CAQ ? On a déjà leur programme et leurs candidats. C’est en masse. », aurait expliqué un député.

Ben coudon. Bravo, le Parti Libéral. Bonne nouvelle : vous avez fini par trouver la bonne réponse. Mauvaise nouvelle : le labyrinthe dont vous essayiez de vous sortir, il avait l’air de ça…

Y en aura pas de facile.
Y en aura pas de facile.

En juin dernier, j’ai commis un texte intitulé «La grande déconnexion libérale». Je m’étonnais alors que le PLQ décide de ne pas rembourser 3500 $ de dons reçus via des prête-noms liés à (roulement de tambours…) Tony Accurso. J’y partageais ma fascination de voir que les libéraux arrivent toujours à se fabriquer un choix de réponses avec des questions où il n’y a clairement qu’une seule option.

C’est pratiquement pavlovien. Quand ils entendent « magouille », leur réflexe est de s’exclamer « Qui sommes-nous pour juger ? C’est une bonne personne ! »

Pour l’avenir, je propose donc aux libéraux ce petit guide simple pour savoir s’ils doivent ou non défendre quelqu’un. Posez-vous la question suivante :

« S’il s’agissait d’un poste de plongeur dans un restaurant La Belle Province, est-ce que ce serait un comportement acceptable ? »

Si la réponse est non : ne défendez pas cette personne.

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4 commentaires
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Salut Mathieu
As-tu manqué l’information que c’était un employé du parti libéral parti en congé sans solde ? Pas un ex-employé, un employé en congé. Drôle de transfuge

Un opportuniste, en somme… Il semble y en avoir beaucoup dans ce « panier » rouge… Chacun parvient à trouver son contentement béat où il peut…