Le PLQ et les régions

La « reconstruction » du Parti libéral passera par sa capacité à renouer avec les électeurs des banlieues et des régions qui l’ont déserté en 2018. Mais y arrivera-t-il ?

Montage L'actualité

Le fossé entre Montréal et les régions n’est pas un phénomène nouveau dans l’histoire politique du Québec. Toutefois, en analysant les résultats des élections québécoises de 2018 et les sondages sur les intentions de vote depuis la victoire de la Coalition Avenir Québec (CAQ), on constate que cet écart s’est nettement accentué depuis le début de la présente législature. Pour le Parti libéral du Québec (PLQ), dont tous les députés actuels sauf deux (André Fortin, dans Pontiac et Maryse Gaudreault dans Hull) représentent des circonscriptions de la grande région de Montréal, le défi de reconquérir ses anciens bastions francophones est d’autant plus considérable.

Or, c’est justement la mission que s’est donnée la nouvelle chef du PLQ, Dominique Anglade, qui a lancé dans les derniers jours une grande consultation auprès des militants libéraux hors de Montréal, afin de peaufiner sa charte des régions en vue des prochaines élections.

Jetons d’abord un bref coup d’œil aux résultats de 2018. Si l’on ne tient compte que des circonscriptions des régions administratives de Montréal et de Laval (33 au total : 27 à Montréal et 6 à Laval), le PLQ a reçu un peu plus de 400 000 votes, soit 44,4 % des voix, et a remporté 24 des 33 sièges.

Dans ces mêmes circonscriptions, la CAQ s’est hissée en deuxième place quant au suffrage universel avec 21,3 % et a mis la main sur trois sièges (Pointe-aux-Trembles, Bourget, Sainte-Rose). De son côté, Québec solidaire (QS) a terminé tout juste derrière la CAQ avec 21,2 %, mais en raison d’une forte concentration de son vote, il a fait élire six députés (tous à Montréal). Le Parti québécois (PQ) a terminé loin derrière avec 13,0 % des voix et aucun siège.


Toutefois, si nous considérons seulement les circonscriptions hors de Montréal et de Laval, les situations sont presque parfaitement inversées : la CAQ a obtenu 44,7 % d’appuis dans le reste du Québec, contre seulement 20,3 % pour le PLQ. Au chapitre des circonscriptions, la CAQ en a raflé 71 sur 92, alors que le PLQ a dû se contenter d’une maigre récolte de sept sièges : deux en Outaouais, trois en Montérégie, Jean-Talon à Québec et Roberval au Saguenay–Lac-Saint-Jean. Ces deux dernières circonscriptions ont par la suite été remportées par la CAQ lors d’élections partielles après les démissions de Sébastien Proulx et de l’ancien premier ministre Philippe Couillard.
Il serait néanmoins incorrect d’affirmer que le PLQ n’a perdu des plumes que hors de la métropole : la baisse de l’appui au PLQ entre les élections générales de 2014 et celles de 2018 est généralisée dans tout le Québec. En comparant les résultats détaillés de 2014 (transposés sur la carte de 2018), nous remarquons que le PLQ a reculé dans chacune des 125 circonscriptions du Québec, même dans ses bastions montréalais et lavallois.

En 2014 à Montréal et à Laval, le PLQ avait récolté 59 % des suffrages. Cela signifie donc que le PLQ a perdu pas moins de 15 points en 2018 dans ces circonscriptions, un recul semblable à celui de son score national entre les deux élections, soit une chute de presque 17 points.

Évidemment, cette baisse généralisée de l’appui au PLQ s’est naturellement traduite en une perte substantielle de sièges. En 2014, le PLQ avait remporté l’entièreté des circonscriptions de la Mauricie (5), de l’Outaouais (5) et de l’Estrie (6). Quatre ans plus tard, le PLQ était rayé de la carte en Mauricie et en Estrie — toutes ces circonscriptions ayant été enlevées par la CAQ, sauf Sherbrooke, qui est allée à Québec solidaire — et réduit à deux sièges en Outaouais, soit Pontiac et Hull. Le PLQ avait aussi fait le plein dans la Capitale-Nationale en 2014 : parmi les 11 circonscriptions de la région, les libéraux avaient récolté 40 % du vote et fait élire huit députés. Quatre ans plus tard, le vote libéral à Québec ne représentait plus que 23 % de l’électorat et le PLQ a dû se contenter d’un seul député, dans Jean-Talon.

À 20 mois des prochaines élections générales au Québec (prévues pour le 3 octobre 2022), quelles sont les circonscriptions les plus favorables au PLQ — hors de Montréal et de Laval ?

Voici la liste selon la plus récente projection québécoise Qc125 :
La circonscription de Pontiac, dans l’ouest de l’Outaouais, devrait demeurer dans le giron libéral. Toutefois, le reste de la liste est beaucoup plus incertain. La CAQ cogne à la porte de trois circonscriptions libérales dans la moitié ouest de la Montérégie : Laporte, Vaudreuil et La Pinière. La députée libérale Maryse Gaudreault avait remporté le siège de Hull par une marge de sept points en 2018, alors cette circonscription devrait être considérée comme pivot si nous nous fions aux chiffres actuels. Plus loin dans la liste, ça se complique royalement pour le PLQ.

Il ne fait aucun doute que la « reconstruction » du PLQ passera par sa capacité à renouer avec les électeurs des banlieues et des régions qui l’ont déserté en 2018.

Certes, les bastions montréalais et lavallois du PLQ, qui totalisent environ une vingtaine de circonscriptions, constituent une fondation solide assurant une députation continue du parti à l’Assemblée nationale, mais cela est utile aussi comme appât pour recruter des candidats de qualité, ce dont toute formation politique a besoin pour se réinventer.

Toutefois, ces assises à elles seules ne peuvent hisser le PLQ aux portes du pouvoir. Au cours de leurs mandats respectifs, Robert Bourassa, Jean Charest et Philippe Couillard ont tous pu compter sur une base solide d’électeurs francophones dans presque toutes les régions du Québec. Mme Anglade doit trouver un moyen de reconnecter le parti à ces électeurs, sinon le PLQ demeurera sur les bancs de l’opposition encore longtemps.

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